| Auteur | Bernard Dupaigne ; préface de Titouan Lamazou |
| Editeur | Ginkgo |
| Date | 2024, 2025 |
| Pages | 253, 450 |
| Sujets | Artisanat Afghanistan Architecture vernaculaire Afghanistan Art populaire Afghanistan |
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Bernard Dupaigne, dans deux tomes, s’est attaché à dresser le vaste panorama des techniques et réalisations artisanales en Afghanistan des plus simples aux plus élaborées.
Il les introduit par une présentation du pays et de sa population. A la lisière de l’Asie centrale, l’Afghanistan est traversé par la barrière montagneuse de l’Hindou-Kouch et se caractérise par un climat continental semi-désertique. Il est composé de populations diverses réunies par un sentiment d’opposition aux voisins iraniens, pakistanais et ouzbeks.
L’ouvrage décline au long des pages les différents aspects et étapes de la vie quotidienne.
Ainsi, l’habitat diversifié reflète une longue expérience des invasions. La ferme fortifiée (qal’a) est répandue dans les régions pachtounes. Les toits sont plats quand le bois ne manque pas. Ailleurs, les toits en coupole sont édifiés en brique crue. Les nomades adoptent des tentes noires ou des yourtes transportables. Les mosquées (et autrefois les synagogues), les maisons de thé, les maisons d’hôte flattent l’œil par des peintures florales ou calligraphiques ou des décorations en stuc. Un art populaire anime de même les camions « décorés comme des arbres de Noël » : les thèmes antiques comme celui du lion se saisissant d’une biche perdurent.
Aux activités agricoles sont liés les instruments aratoires, les cultures pratiquées (à côté des céréales, la culture du pavot a gagné depuis 1980 beaucoup de terrain), des systèmes rigoureux d’irrigation (puits, canaux souterrains ou karez) ou encore les moulins à vent, notamment horizontaux, tout en y ajoutant l’élevage et ses apports à la vie courante. La chasse utilise appeaux et appelants ; des tissus en coton imprimé au tampon servent à se dissimuler pour chasser la perdrix avec des reproductions de volatiles et de félins.
D’autres activités portent à une distraction de plus en plus contrôlée. En musique, les instruments sont le luth (rabâb) et les tambours. Les sifflets sont courants, notamment en terre cuite à forme animale destinés principalement aux enfants. Ils élargissent la panoplie des poupées articulées et des marionnettes. Les batailles de cerfs-volants colorés appartiennent à une vieille tradition très ancrée à Kaboul ; elles sont désormais interdites au motif de détourner de la prière. Le sport national reste le jeu de « l’attrape-chèvre » ou bouzkachi, qui est un ancêtre du jeu de polo.
Pour faire le pain, les boulangers utilisent traditionnellement des fours en poterie en forme de jarre généralement enfoui dans le sol.
La consommation de la poudre à tabac a généré une grande production de tabatières, souvent à base de courges peintes ou parfois garnies d’argent. On trouve aussi des pipes à eau en courge. Les bijoux sont recherchés. Les citadines affectionnent en argent les aiguilles de coiffure surmontées d’oiseaux et autres accessoires de toilette. Ailleurs et selon les ethnies, les goûts varient : bijoux d’oreilles et de tempes, bandeaux de front garnis d’émaux et de pièces de monnaie, porte-amulette, ornements de poitrine, boucles de nez. Chez les Arabes, les femmes portent un voile orné de bijoux d’argent. Les Turkmènes portent dans le dos de larges cœurs protecteurs incrustés d’or et de cornaline.
Le Nouristan, la région montagneuse et isolée dans l’est du pays, a ses propres traditions. Les hommes y ont la particularité de porter des torques en argent. Le travail du bois sculpté est sa spécialité : parmi les poutres et fenêtres, le mobilier et la vaisselle gravée, les statues funéraires sont justement célèbres.
Certains artisanats sont spécifiquement masculins. En vannerie, les nattes servent aux toitures des maisons et à la couverture des sols. Le bois peint sert à fabriquer les berceaux et les coffres. Peuple de cavaliers, les Afghans sont réputés pour leurs selles et cravaches ou encore leurs étriers. En cuivre, la vaisselle peut être gravée et étamée. En fonte, cadenas et fers à briquet présentent des formes ouvragées.
Dans la poterie, la production vernissée d’Istâlef, proche de la capitale, était déjà distinguée par l’orientaliste français Jean Sauvaget.
Les textiles jouent un grand rôle dans le pays par leur beauté et leur fonction. Aussi, Bernard Dupaigne leur a-t-il entièrement consacré le tome II de son étude. Ils sont généralement travaillés par les femmes qui gardent vivantes les traditions alors que toutes les activités domestiques et artisanales ont été malmenées par la guerre et la concurrence industrielle. Le coton est de moins en moins cultivé, le prix de la laine a beaucoup augmenté, le tissage de la soie qui était actif à Kaboul dans les années 1970 est en voie de disparition.
Les vêtements se distinguent selon l’ethnie. La tunique ou le manteau en coton sont généralement brodés de motifs géométriques et fleuris. Une mention spéciale est faite aux hautes coiffes de femmes mariées en Asie centrale dont les manteaux peuvent être vus comme leur prolongement. Les bonnets définissent la région d’origine de celui qui le porte et répondent à la prescription de se couvrir la tête ; ils sont de quatre types : forme conique, calotte, toque à sommet plat, mitre brodée.
Dans l’art de la broderie, les femmes pachtounes excellent dans la confection de large robes brodées à fleurs au plastron ouvragé de motifs géométriques. Les nomades s’enveloppent dans un grand voile de laine ou de coton brodé d’or sur le devant et de motifs multicolores dans le dos. Les Tadjiks enferment leur natte unique dans un fourreau de tissu brodé. Les broderies chez les Hazaras se reconnaissent à la finesse de leurs motifs multicolores ; ils sont connus pour leurs gants et chaussettes en laine. Les Ouzbeks présentent une abondante production de tentures brodées de rosaces et de motifs floraux, dites suzani.
En soie, les tissages célèbres dans le nord du pays de Hérat à Qondoz se raréfient. Leur renommée tenait aux manteaux de soie à rayures colorées appelés tchapan. Ils sont encore souvent portés. Autrefois, les artisans vendaient pour le hammâm beaucoup de tissus de bains à rayures multicolores. De nos jours, l’artisanat s’est dégradé.
L’une des techniques textiles qui a le plus contribué à la réputation de l’émirat de Boukhara est celle de l’ikat. A Hérat, la tradition continue avec des serviettes de bain ikatées pour femmes dont la production ne cesse de se réduire en nombre et qualité.
L’auteur réserve de larges développements aux décors par teintures sur les textiles.
Elément essentiel de la culture pastorale d’Asie centrale, le feutre sert à confectionner des capes brodées et des tapis à décor coloré intégré dans la masse. Il est concurrencé par le tapis.
Si les tapis afghans sont plus connus que les étoffes tissées dénommées gilim, celles-ci sont plus riches d’inspiration. Dans une grande variété de production, servant généralement à couvrir le sol de la maison, elles ont gardé une fonction familiale. Les tapis en laine à fond rouge sont noués dans le Nord dans des compositions animées de motifs géométriques ou stylisés. La laine étant devenue rare, les tapis sont réservés à l’exportation pour le profit que l’économie en retire et dès lors répondent aux exigences du marché international.
Pendant cinquante ans, Bernard Dupaigne a arpenté en tous sens l’Afghanistan sans craindre le danger pour saisir, collecter, documenter et illustrer traditions, techniques et produits. Ce patient travail dont il est difficile de rendre compte de toute la richesse mérite d’être salué car il préserve une mémoire qui s’efface.
Il a bénéficié des soutiens du musée de l’Homme auquel il est attaché et de la DAFA (Délégation archéologique française en Afghanistan). Depuis plus d’un siècle, la DAFA s’est mise au service de l’archéologie et maintient par vents et marées la présence culturelle française dans le pays.