| Auteur | Natasa Raschi ; préfaces Germain-Arsène Kadi, Ozouf Sénamin Amedegnato |
| Editeur | Peter Lang |
| Date | 2025 |
| Pages | 116 |
| Sujets | Français (langue) Afrique subsaharienne XXIe siècle Thèses et écrits académiques |
| Cote | 70.381 |
L’auteure, maître de conférences de l’université italienne d’Urbino Carlo BO, souhaite vérifier l’état actuel du français à l’intérieur de certains contextes de l’Afrique francophone subsaharienne afin d’y entrevoir une réciprocité entre les français africains et le français qui ainsi s’enrichit grâce à l’hétérogénéité linguistique et culturelle du continent noir (p.27).
Dans sa préface, Ozouf Amedegnato, professeur de l’Université de Calgary au Canada, constate que « Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté l’Organisation internationale de la Francophonie et défait le français de son statut de langue officielle. Le Gabon, le Togo, le Rwanda, le Cameroun (p.22), les Seychelles ont adhéré au Commonwealth (p.21). Il conviendra donc de repenser la centralité de la langue française dans les glottopolitiques des pays africains, d’autant plus que pour Natacha Raschi, le français avait été imposé par la force en Afrique subsaharienne. Les Africains qui souhaitent aujourd’hui étudier ou s’exprimer en français n’ont pas les mêmes opportunités ni des contacts réguliers avec des Français (p.25). Il en est de même pour la Belgique qui avait introduit le français dans la République Démocratique du Congo, au Burundi et au Rwanda (p.28).
De leur côté, les locuteurs ivoiriens francophones ont peu à peu évincé le français normé et ont créé une variété autonome « métissée », pratiquée par les jeunes de la rue déscolarisés des quartiers populaires, le nouchi,(p.34) né au début des années 1980 (p.33). Ce langage accompagnera les genres musicaux appréciés des jeunes générations confrontées aux difficultés économiques dues à la chute des prix du cacao et du café entraînant le chômage. « Nouchi » est un nom composé de « nou » et de « chi », du dioula « nou » (nez) et « sii » (poil), littéralement les poils du nez ou de la moustache portée à l’époque par les héros populaires de westerns (p.34). Ce parler des jeunes marginaux a été adopté par l’ensemble de la jeunesse urbaine (p.35). Les mots les plus récurrents appartiennent aux domaines sémantiques de la surveillance des autos en stationnement par de jeunes « djosseurs » (de « djo », prendre soin), des aventures amoureuses « filer du jus » (faire l’amour), de la politique comme « gbangban » (palabre) (p.37). Le nochi emprunte aussi à l’anglais comme « enjailler » (to enjoy). Des acronymes célèbres sont parfois resémantisés comme BMW qui devient « belle-mère Wobé » dans le sens d’ignorant (p.38). Parfois, des suffixes à base de mots anglais sont utilisés comme
« bakrôman », enfant des rues (man) (p.39). Le nouchi a fini par être adopté par les politiciens qui reconnaissent son pouvoir rassembleur et par des romanciers comme Diégou Bailly ou Maurice Bandaman (p.42). On en relève des traces dans la société ivoirienne parisienne pour laquelle le nouchi constitue un élément de repère et de divertissement (p.43).
Le toponyme Cameroun est dû aux premiers explorateurs portugais qui, en 1471, baptisèrent ses côtes « Rio dos Cameroes » (crevettes). Ce pays mène une politique linguistique bilingue, français et anglais (p.45) mais 280 autres langues sont présentes sur le territoire, ce qui a déterminé la naissance d’un idiome hybride appelé « camfranglais », connu sous l’acronyme de « CFG ». Ce langage est composé de 60% d’occurrences françaises, 25% anglaises et le reste emprunté aux langues camerounaises (p.46). De ces dernières, les vocables « nga », fille ou petite amie, « bilibili », bière locale, « zouazoua », carburant de mauvaise qualité. De l’anglais, « knower », connaisseur ou « byfooter », grand marcheur (p.49). Pour les verbes, des désinences de la conjugaison française ont été adoptées sur des radicaux anglais ou des langues locales (p.51).
Au Rwanda, la presque totalité de la population s’exprime en kinyarwanda, d’origine bantoue. Le français reste une langue officielle depuis 1962 (p.59) mais le Gouvernement a adopté, pour le remplacer, l’anglais en 2008 (p.55) alors que l’ancienne Ministre des Affaires Etrangères Louise Mushikivabo occupe depuis 2018 le poste de Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (p.56). Le Rwanda subit un génocide du 7 avril au 4 juillet 1994 faisant un million de victimes, deux tiers de Tutsis et des milliers de Hutus « modérés » (p.63). La France a été accusée d’être restée aux côtés d’un Régime génocidaire contre les Tutsis mais sans en avoir été complice (p.64). D’où la volonté du Président Paul Kagamé de substituer l’anglais au français comme langue officielle (p.70) tout en maintenant un quadrilinguisme incluant le swahili aux côtés du kinyarwanda, de l’anglais et du français (p.61).
L’auteure estime que le manque d’une recherche spécifique dans le domaine des mots empruntés à l’Afrique Noire n’a fait qu’enregistrer des mots sous la définition générique d’africanismes alors qu’on parle d’un espace immense sans aucune attention pour l’origine de chaque entrée (p.73). Elle a donc choisi des vocables venant du bantou, du hottentot, du malinké, du sango, du swahili, du wolof, du yorouba et du zoulou et qu’elle a répartis selon des champs sémantiques spécialisés (p.74). En ce qui concerne la flore (p.75) comme l’igname, attesté dès 1515, le karité, connu comme « arbre à beurre », le gambo, attesté en 1757, l’okoumé, utilisé en ébénisterie. Pour la faune (p.77), lechimpanzé, adopté en 1738, la mouche tsétsé, le boubou d’abord un singe puis la peau pour se couvrir, l’okapi en 1900, le gnou en 1775.
Dans le domaine de la cuisine (p.79), le pilipili en 1957, le yassa plat sénégalais, l’acra ou boulette de viande ou depoisson en 1863. Deux instruments de musique, le bamboula ou bombalon adopté du bantou en 1688, tambour, et lebalafon du malinké en 1688 (p.81). Pour ce qui concerne la dénomination ethnique (p.82), le peuple wolof (1727), peul et zoulou (1847) et bantou (1885). Parmi les maladies récentes, l’ebola découverte en 1976 et portant le nom d’une région zaïroise (p.84), ou le chikungunya du mot swahili « celui qui est courbé », en 2004 (p.83). D’autres mots sont passés dans le langage courant depuis longtemps comme banco matériau de construction (Niger 1679), bougnoul d’un mot wolof qui veut dire « noir » (p.86),grigri, mot du Bénin en 1797, harmattan désignant un vent chaud au Ghana, acquis en 1765 (p.85).
Le lecteur découvrira avec intérêt une abondante bibliographie (p.97 à 109), une discographie (p.111) et un index des noms (p.113 à 116).