| Auteur | Denis Fadda ; Christine Lacanette-Pommel |
| Editeur | Dacres |
| Date | 2025 |
| Pages | 179 |
| Sujets | Coopération internationale 1970-.... Hauts fonctionnaires 1970-.... Maintien de la paix 1970-.... Récits personnels français |
| Cote | 70.006 |
Denis Fadda, né à Annaba aura parcouru enfant, toute l’Algérie avec ses parents, mais ses découvertes du pays natal devront cesser en 1954 (p.16). Sa famille, en Algérie depuis cinq générations, porte un patronyme sarde (p.18). Il évoque la Basilique Saint Augustin à Hippone, consacrée en 1900, détruite par la municipalité à l’indépendance mais reconstruite et réinaugurée par Bouteflika, les nombreux vestiges archéologiques, le marabout de Sidi Brahim, lieu de pèlerinage fréquenté (p.25) et le dialecte bônois truculent, « pataouète » ou « tchapagate », composé de mots français, arabes, maltais, italiens, berbères et qui avait donné naissance à une floraison de pièces comiques (p.31). Notre confrère a connu le danger quotidien des premières années de la guerre d’Algérie en se rendant au lycée ou même dans l’appartement de ses parents où une bombe avait éclaté (p.47). Avec lucidité, il constate qu’aucune communauté n’imaginait un retrait si brutal de la France et encore moins un départ massif des Français d’Algérie (p.49). Le père de l’auteur connu comme « libéral » avait été menacé par le FLN et l’OAS (p.52). M. Fadda n’admet pas que soit niée l’œuvre des Français d’Algérie que Camus a célébrée dans son Premier Homme (p.121), confessant que la terre d’Algérie reste la sienne et qu’elle l’accueillera après sa mort (p.120). C’est pourquoi, il aura appris l’arabe classique à l’INALCO (p.32).
Par contre, les dirigeants du FLN auront privé de liberté toute voix dissidente de Ferhat Abbas à notre confrère Boualem Sansal (p.50).
Étudiant en droit à Paris, un vol charter lui fait découvrir Mexico et l’ensemble de l’Amérique du sud (p.35) pour laquelle il va rapidement ressentir un sentiment d’appartenance et lui consacrer plusieurs de ses travaux universitaires (p.36). Occasion pour lui de reparler de l’auteur vénézuelo-chilien Miguel Bonnefoy (p.37) auquel il avait remis le Prix Renaissance qu’il évoque plus loin.
Attiré par le droit dès l’âge de 14 ans (p.41), il a été très vite appelé par ses maitres à assumer des fonctions d’enseignement à la faculté de droit de Nanterre et il a fait partie de la première équipe de recherche qui a lancé en France le droit du développement (p.44). Il s’est spécialisé en droit international public qu’il a enseigné dans les universités de Paris I, Paris V, Perpignan, Dakar, Senghor d’Alexandrie dont il fut aussi administrateur (p.112) et à partir de l’an 2000, dans les universités algériennes d’Oran, de Bône et d’Alger. Ainsi, en 2007, il a pu présider le premier jury de soutenance d’une thèse française en droit constitutionnel en Algérie depuis l’indépendance (p.116).
La vie des organisations internationales l’enthousiasmait également. Après avoir été stagiaire à l’ONU avant la fin de ses études, il a intégré les Nations Unies en 1979 dans le cadre de la FAO sans abandonner l’université comme il était Secrétaire Général de l’Institut des sciences juridiques du développement, ni la recherche (p.78). Ses responsabilités lui ont fait constater que la crise du pétrole en 1973 a permis à tous les États de se rendre compte de leur interdépendance. De nombreux textes ont pu être adoptés alors en faveur des pays en développement (p.61) mais la mondialisation qui a largement contribué à la montée en puissance de la Chine a engendré une guerre économique désespérante pour les pays du sud (p.64). C’est en ce sens qu’il a tenu à toujours servir les pays en développement (p.77) du fait que les organisations des Nations Unies jouent un rôle d’intermédiaire, de catalyseur et font ce que les États, pour des raisons politiques, diplomatiques, techniques ou autres, ne peuvent faire (p.87). L’ONU a l’avantage de travailler dans le moyen et le long terme alors que les gouvernements des États agissent dans le court terme (p.88). En fait, les plus grandes difficultés viennent de la corruption, de la prévarication, du népotisme en usage dans nombre de pays (p.89). Il n’en demeure pas moins qu’il faut continuer à se battre pour les populations en détresse quels que soient leurs gouvernants (p.90). La FAO rassemble tous les États sauf Singapour, Brunei et le Vatican. Cet universalisme a permis à la FAO de pouvoir vraiment parler au nom de la communauté internationale (p.92). Malheureusement, en 2022, le nombre de personnes sous-alimentées dépasse 750 millions (p.94) à cause de la spéculation boursière sur les denrées alimentaires qui déstabilise les marchés (p.96).
D. Fadda commente le conflit russo-ukrainien du fait que l’OTAN étant née pour assurer la défense de l’Occident face à la puissance soviétique, l’Europe a commis l’imprudence de vouloir faire une politique en direction de l’Ukraine en négligeant la Russie (p.67). D’où la guerre actuelle fragilisant les États européens qui subissent durement les conséquences des sanctions économiques imposées à la Russie (p.71). C’est un conflit entre le libéralisme de l’Union Européenne et le conservatisme russe (p.73).
Travailler avec des gens dont les cultures sont différentes de la sienne étant effectivement son désir depuis son enfance (p.99), D. Fadda décrit la latinité qu’il admire pour son héritage de l’hellénisme qui a fondé avec le christianisme le terreau de notre civilisation (p.39). Pour lui, le latin aurait pu devenir langue de communication au sein des institutions européennes, entrer dans Rome par la Voie Appia c’est suivre une leçon d’histoire ; on met ses pas dans ceux des légionnaires romains et de l’apôtre Pierre. Il retrouve chez les Romains contemporains cette joie de vivre des gens d’Afrique du Nord (p.130). Entre Bône et Paris, Rome constitue pour lui une synthèse (p.131).
Mais le fonctionnaire international ne doit pas pour autant couper tout lien avec son pays d’origine. Il ne doit pas être acculturé ; il n’est pas un citoyen du monde et il doit maintenir dans son pays des engagements et des responsabilités compatibles avec ses fonctions (p.109).
Notre confrère a trouvé à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer des amis avec lesquels il partage la possibilité inestimable d’échanger des idées et de les confronter. Notre Académie
offre un cadre idéal de concertations et de confrontations avec des scientifiques, des administrateurs, des hommes politiques, des universitaires venus des cinq continents (p.137).
M. Fadda nous avait déjà dans son précédent livre Leur langue paternelle, recensé dans ces colonnes, parlé de l’association La Renaissance Française Culture Solidarité Francophonie, dont il assure la présidence internationale. La Renaissance s’emploie à faire découvrir la culture francophone (p.160) en travaillant en coopération avec les universités Senghor, Federico II de Naples et Internationale de Rabat en diffusant la littérature d’expression française, en attribuant un Prix annuel en liaison avec l’ASOM (p.165) et en mettant sur pied le Cercle universitaire international qui rassemble des universitaires de toutes disciplines (p.164).
Admirateur de Camus pour sa philosophie de l’humilité, de l’émerveillement et de la mesure, une anti-hubris dont nos temps feraient bien de s’inspirer (p.172), notre éminent confrère réalise ainsi ce que notre Académie demande à chacun d’entre nous, une ouverture consciente sur notre monde.