Biodiversité d'outre-mer

Recension rédigée par Jean-Marie Breton


L’ouvrage présenté est un très bel ouvrage, en grand format in-folio, enrichi de très nombreuses illustrations. À la fois livre d’art, documentaire scientifique et ouvrage grand public, il sera en mesure de combler un panel de lecteurs aussi large que divers. Il est dû au Comité Français de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) dont on sait l’importance des travaux et des interventions en la matière, au plan national autant qu’international.

Celui-ci œuvre de manière déterminante, aux côtés des États et des organisations internationales spécialisées en vue de la préservation, de la conservation et de la valorisation de la faune et de la flore, des écosystèmes et des habitats, en faveur de la sauvegarde d’une biodiversité par ailleurs gravement et de plus en plus menacée. On sait pourtant que sa pérennisation est indispensable au maintien de la vie sur terre, et notamment de la présence de l’homme, alors que celui-ci en est paradoxalement le plus grand et dramatique prédateur.

L’initiative de la rédaction et de la publication de ce bel ouvrage était donc particulièrement bienvenue, à la fois pour accentuer la prise de conscience de la richesse exceptionnelle de la biodiversité, dans l’Outre-mer français en l’occurrence, et pour répondre à la nécessité vitale de sa sauvegarde face aux menaces et aux atteintes diverses dont elle est aujourd’hui l’objet, en raison des impacts des activités anthropiques qui sont le fait d’une société moderne toute entière tournée vers le progrès technologique et une croissance purement quantitative et spéculative. Ceux-ci s’avèrent en effet trop souvent indifférents aux exigences fondamentales et incontournable d’un développement qui se voudrait à la fois durable et viable, ou qui n’a pas encore toujours saisi les enjeux (ou voulu en prendre conscience, sous prétexte d’autres prétendues « priorités ») qui sont ceux d’une remise en cause impérative de ses choix essentiels.

Il convient en effet de ne pas perdre de vue, avant d’entamer la découverte et la lecture de cet ouvrage, que si l’Outre-mer français, puisque c’est lui qui est en cause, abrite des richesses et un patrimoine naturels exceptionnels, en matière de biodiversité, que ce soit dans la Caraïbe et l’Océan Atlantique, l’Océan Indien ou l’océan Pacifique, voire dans les zones antarctique et subantarctique, ceux-ci sont gravement menacés dans la mesure où les pertes de biodiversité, souvent irréversibles en matière de faune et de flore, y sont quatre fois plus rapides qu’en métropole, avec des chiffres de disparition des espèces et de destruction des habitats, depuis un siècle, aussi catastrophiques que déplorables, phénomène dont tout annonce, s’il n’y est pas fait obstacle, qu’il ira s’accélérant à l’horizon des années 2050.

C’est dire l’urgence qu’il y a à préserver des « joyaux naturels », notamment dans les nombreux « hot spots » mondiaux qu’abritent les différentes collectivités françaises d’outre mer, dont l’importance a été reconnue et consacrée, depuis quelques dizaines d’année, par la création de plusieurs parcs nationaux, de nombreux parcs naturels, marins y compris, et d’innombrables réserves naturelles. S’y ajoutent et s’y superposent les outils de protection et de conservation d’origine internationale, tels que les réserves de biosphère (du réseau UNESCO MAB), les zones humides couvertes par la convention de Ramsar, ainsi que les différentes interventions sectorielles émanant de dispositifs conventionnels régionaux, dans le cadre communautaire notamment (dont il serait souhaitable, par exemple, qu’il permettre l’extension rapide et systématique à l’Outre-mer, soit directement soit, mutatis mutandis, dans une démarche similaire, du réseau Natura 2000 concernant les aires protégées d’intérêt communautaire).

L’ouvrage, subdivisé en développements qui suivent un  découpage géographique, dans le sens susmentionné, met en exergue, de manière liminaire, le fait que les patrimoines naturels de l’outre mer français constituent, pour notre pays en premier lieu, un atout exceptionnel, tout en impliquant des responsabilités internationales en vue d’en aménager et d’en garantir durablement la préservation et la conservation.

Fondé sur les contributions de très nombreux spécialistes et d’experts de toutes disciplines, biologistes, zoologues, géographes, pédologues, etc., il est enrichi de nombreux graphiques, cartes et photos, ainsi que de tableaux graphiques, de données statistiques et d’incises explicatives particulièrement bienvenues. Il offre l’intérêt de présenter, de manière aussi claire que pédagogique des développements toujours très complets, assortis des données scientifiques indispensables à la compréhension des phénomènes et des mécanismes naturels présentés.

Chacun des chapitres s’articule autour de la présentation de paramètres géographiques, démographiques et politiques, avant de développer la connaissance des milieux et des habitats, des espèces de flore et de faune, tant terrestres qu’aquatiques ; puis de recenser les menaces et d’envisager les modes et les processus possibles de protection, à partir de l’identification d’outils de connaissance pertinents, assortis de la proposition d’actions appropriées, à travers une gouvernance et une gestion adaptées tant aux menaces recensées qu’aux milieux sur lesquels elles pèsent. 

On a compris que l’on prendra un plaisir particulier à feuilleter ce magnifique ouvrage, agrémenté d’une iconographie sans égale, sans pouvoir résister pour autant à celui de s’y plonger plus profondément en quête non seulement des multiples découvertes qu’il propose au lecteur à la recherche d’exotisme et d’horizons mythiques, mais également de l’appropriation personnelle d’un patrimoine trop souvent méconnu dont il importe que chacun de nous prenne conscience qu’il en est, quelque part et à un titre ou un autre, à la fois dépositaire et responsable.

Les propos figurant dans la préface de l’ouvrage, dus au directeur du Comité Français de l’IUCN, sont à cet égard tout à fait édifiants, en rappelant quelques constats bienvenus à l’endroit de ceux qui ignoreraient ou méconnaîtraient l’importance autant que la richesse de la biodiversité dans l’Outre mer. Ils n’omettent pas d’en tirer les conséquences, quant à ce qui devrait être l’axe stratégique de développement des régions considérées, fondé et ancré sur les richesses écologiques qu’elles recèlent, à partir d’actions privilégiées et ciblées de conservation.

On ne pourra dès lors que souscrire sur ce point à l’affirmation selon laquelle « avec la préservation de la biodiversité, c’est donc à la fois la transmission d’un héritage naturel unique mais aussi l’avenir économique et social de l’Outre mer qui sont en jeu ». Ce « patrimoine  commun de l’Humanité » impose en ce sens de nouveaux choix et de nouvelles politiques de développement, désormais inscrites dans une durabilité dont dépendent la vie des générations actuelles, mais plus encore le devenir des générations futures.

On nous fera grâce de céder ici, en conclusion, au rappel de la fameuse citation d’Antoine de Saint-Exupéry, qui résume parfaitement et de si belle manière la situation et la problématique qui constituent la trame sous-jacente de cet ouvrage, selon laquelle « nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, mais nous l’empruntons à nos enfants » !