Villes portuaires au Maghreb : acteurs du développement durable

Recension rédigée par Marc Aicardi de Saint-Paul


       Fruit de séminaires de travail organisés entre 2011 et 2013, ce recueil de monographies écrites par une équipe pluridisciplinaire et de nationalités différentes étudie minutieusement les principaux ports nord-africains sous différents angles, et en particulier sous celui du développement durable.

            Ces dix articles, très techniques, agrémentés de très nombreux graphiques et cartes, tout en s’adressant prioritairement au spécialiste, sont tout à fait lisible par un « généraliste » désireux d’appréhender le sujet des villes portuaires au Maghreb. La présentation de l’ouvrage par le coordonnateur, qui se révèle être à la fois complète, informative et compréhensible par le profane y est d’ailleurs pour beaucoup.

            Comme le souligne Daniel Labaronne dans son propos liminaire, Les villes portuaires du Maghreb « …sont aussi en pleine phase de recomposition urbaine… Elles constituent des places où se rencontrent, s’articulent voire se confrontent l’économie globale et l’économie locale ». De même, s’insèrent-t-elles de plus en plus dans la division internationale des processus de production des firmes multinationales.  Ce sont des lieux d’observation privilégiés des tensions existant  entre les contraintes de la mondialisation et l’aspiration au développement durable.

            L’insertion des villes portuaires magrébines dans la circulation maritime mondiale, étudiée à partir du cas des hydrocarbures souligne leur spécialisation « vraquière » au détriment du trafic conteneurisé, alors que ces ports représentent le tiers du trafic africain.

La contribution de Karim Kammoun, à travers l’exemple de Sfax,  met en lumière l’importance des villes portuaires dans la « maritimisation » des économies. Il met en évidence la difficulté de faire cohabiter développement et développement durable, dans la mesure où l’industrie se développe autour de ces ports.

            F.Charfi, A.Ghédira et K.Kammoun reprennent ce thème, ainsi que celui d’une approche intégrative de la ville et du port, à travers une approche comparée de Sousse et Sfax.

Emna Gana-Oueslati  s’intéresse  aux impacts des choix manégériaux sur le développement durable d’une ville portuaire comme Radès, premier port tunisien en termes de trafic. Ses entretiens avec les différents acteurs publics l’ont convaincu de la faiblesse de leur prise en compte des impératifs du développement durable.

            En présentant le cas d’espèce de Casablanca, Nachou Mostafa étudie les relations entre la ville et son port. Il constate que les projets de développement du port et d’aménagement urbain « s’adossent l’un à l’autre ».  Ainsi, la ville « urbanise le port » et que le port « maritimise la ville ». Mustapha El Kayat complète cette analyse dans sa recherche sur la compétitivité du port de Casablanca.

            L’exemple de la ville-port de Dakhla dans l’environnement saharien et présaharien, donne l’occasion à Mohamed Ben Attou d’étudier un cas atypique. La question qui se pose ici consiste à étudier dans quelle mesure les villes portuaires sahariennes peuvent faire cohabiter appareil productif local et amélioration du cadre de vie.

            Daniel Labaronne étudie quant à lui la responsabilité sociale des entreprises et le développement durable des villes portuaires, en analysant le cas de Béjaia en Algérie. Cette ville fait figure de précurseur puisque la stratégie sociale d’une entreprise et celle de l’Entreprise Portuaire de Béjaia ont eu un impact direct sur le contexte social et environnemental de la ville.

            L’étude de Mohamed Cherif et Fatima Zohra porte sur les risques industriels et le développement durable des territoires portuaires en prenant le cas de Skikda. Cet exemple est emblématique des terminaux pétroliers qui, tout en étant indispensables  à l’économie d’un pays, n’en comportent pas moins des risques environnementaux accrus.

La dernière contribution : Ecologie industrielle dans les territoires du Maghreb traite de la dimension particulière du développement durable, i.e., celle de l’écologie industrielle dans les territoires portuaires du Maghreb. Les auteurs font un certain nombre de recommandations susceptibles de faire progresser ce concept.

            La conclusion que tire Daniel Labaronne de ces articles fait apparaitre des conflits entre développement économique et préservation de l’environnement dans les villes portuaires. L’équilibre est très difficile à atteindre en la matière et selon les cas l’un ou l’autre sont privilégiés. De toute évidence, la notion de développement durable n’est pas encore vraiment intégrée par les acteurs économiques des villes portuaires du Maghreb, à quelques exceptions près. Mais comment en serait-il autrement alors que cette problématique a déjà bien du mal à être prise en compte par les pays dits développés.