La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à l'horizon 2050

Recension rédigée par Roland Pourtier


            Résultat des réflexions d’un groupe de travail d’une vingtaine de chercheurs (principalement de l’INRA) et acteurs du développement, cette étude part du constat de la dépendance alimentaire croissante des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au cours des cinquante dernières années, dont elle analyse dans un premier temps les principaux déterminants à partir des données de la FAO. Dans un deuxième temps elle projette, à l’aide de modèles élaborés par l’INRA et le CIRAD, un scénario de la dépendance alimentaire à l’horizon 2050.

            Sur la période 1961-2011, la dépendance alimentaire s’est considérablement accrue, passant de 10% à 40%. Les systèmes productifs ont été incapables de répondre aux besoins d’une population multipliée par 3,6. L’explosion de la demande, multipliée par 5  en un demi-siècle, n’est pas seulement due à la croissance démographique, mais aussi au développement économique global qui s’est traduit par une augmentation de la disponibilité alimentaire passée de 2000 à plus de 3000 kcal/hab/jour, et par une transition nutritionnelle marquée par une forte hausse de la consommation en huile et sucre. La part des huiles végétales et des produits sucriers est passée de 5% à 10% d’une ration alimentaire qui reste dominée par les céréales : à la différence de la consommation occidentale, les produits d’origine animale ont peu augmenté.

            Au total, la consommation alimentaire d’origine végétale représente au début du
XXIe siècle 90% des apports caloriques, incluant une proportion croissante de produits destinés à l’alimentation animale qui accroissent la dépendance aux importations (notamment en tourteaux de soja). En cinquante ans, la demande en production végétale a été multipliée par 6, quand dans le même temps l’offre régionale l’était seulement par 4, à peine plus que la croissance démographique. La région MENA (Middle East North Africa) connaît de fortes contraintes foncières et hydriques qui pèsent sur la production agricole, en dépit de l’extension des terres irriguées, en particulier en Égypte et en Turquie, et la productivité agricole demeure basse, à quelques exceptions près.  Globalement, la région est très fortement dépendante en céréales dont elle est la principale région importatrice au monde, en oléoprotéagineux et en sucre.

            Qu’en sera-t-il en 2050 ? Aux facteurs déjà pris en compte (croissance démographique, régime alimentaire, productivité) s’ajoutent les effets probables du changement climatique. La prospective n’est évidemment pas une science exacte, les auteurs reconnaissent d’ailleurs qu’ils manquent d’informations locales pour étayer leurs hypothèses. Ils estiment néanmoins que la dépendance globale pourrait atteindre 50%, avec des différences régionales accentuées : plus de 60% au Moyen-Orient, 70% au Maghreb. L’Égypte passerait de 31 à 53%. Seule la Turquie, à l’économie plus développée et qui devrait échapper aux effets négatifs du changement climatique, tranche avec ces perspectives et pourrait même devenir exportatrice nette de produits alimentaires.

            Pour limiter l’accroissement d’une dépendance qui apparaît inéluctable, plusieurs pistes sont mentionnées : progrès technique au service d’une meilleure productivité ; modification du régime alimentaire avec un retour au « régime méditerranéen » en limitant  la consommation d’huiles importées (huile de palme) et de produits sucriers qui, au demeurant, sont la cause de maladies, notamment l’obésité ; réduction des pertes et gaspillages. Ces différents points auraient mérité d’être davantage argumentés.

            De ce petit livre on retiendra surtout la présentation précise et rigoureuse du poids croissant de la dépendance alimentaire et celle de l’évolution de ses composantes, en regrettant que les aspects économiques et la dimension géopolitique sous-jacente ne soient que trop brièvement évoqués. Car les taux de dépendance très élevés de la plupart des États de la région contribuent à leur vulnérabilité – les émeutes de la faim en 2008 pourraient n’avoir été qu’un signe avant coureur - une vulnérabilité aggravée pour les pays mono exportateurs d’hydrocarbures qui ont négligé le développement de l’agriculture. L’ouvrage a toutefois atteint son but en alertant sur la probable aggravation d’ici 2050 d’une dépendance alimentaire d’ores et déjà très préoccupante.                                                                                                      



 
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