GrandMère DixNeuf et le secret du Soviétique

Auteur Ondjaki
Editeur Métailié
Date 2021
Pages 184
Sujets Roman angolais
2000-....
Cote 64.395
Recension rédigée par Hubert Loiseleur des Longchamps


Ondjaki est le pseudonyme de Ndalu de Almeida, né en 1977 à Luanda. Écrivain et réalisateur, il a écrit plusieurs romans, nouvelles et recueils de poésie, ainsi que des ouvrages destinés aux enfants.

A Luanda, aux pieds de la forteresse São Miguel, une plage s’ouvre sur l’océan en face de la grande presqu’île de Mussulo. Avant l’expansion urbaine de la capitale angolaise de ces vingt dernières années, cette plage, Praia do Bispo (plage de l’Evêque), accueillait des petites maisons regroupées autour d’un village de pêcheurs. En 1981 y fut construite une tour de béton et de marbre de 120 mètres de hauteur, où repose la dépouille mortelle du premier président de la République d’Angola, Agostino Neto.

Le roman d’Ondjaki, écrit à la première personne, décrit la vie d’un garçon d’une dizaine d’année vivant avec ses cousins chez sa grand-mère Agnette, au début des années quatre-vingt, alors que Soviétiques et Cubains appuient le MPLA dans sa lutte contre l’UNITA soutenue par l’Afrique du Sud et les États-Unis. Ce jeune garçon, éveillé et entreprenant, apprend que les militaires russes (les « fourmis bleues » ou les « langoustes bleues » à cause de la couleur de leur uniforme) travaillant au mausolée ont reçu l’ordre des généraux soviétiques de détruire les maisons existantes pour achever la construction de l’ouvrage. Il va chercher à s’y opposer en utilisant les bâtons de dynamite approvisionnés pour faire disparaître les maisons regroupées à proximité du mausolée.

Aidé de son ami de cœur « Pi », il va s’employer à reconnaître les lieux pour y installer les préparatifs d’une explosion qui fera disparaître le mausolée. Un officier soviétique, Botardov (avatar déformé de boa tarde – bon après-midi), doté d’une faible capacité d’adaptation dans un univers radicalement différent du sien, mais généreux et mettant secrètement en doute les objectifs de sa hiérarchie, courtise la grand-mère Agnette. Celle-ci doit être opérée en urgence d’un orteil gangréné, lui valant ainsi le surnom de « GrandMère DixNeuf ».

Après une installation très artisanale des bâtons de dynamite effectuée par les deux garçons, une explosion se produit, due en réalité aux préparatifs simultanés et très professionnels de Botardov, qui décide de rentrer en Russie, renonçant à se faire accompagner de GrandMère DixNeuf.

Ce roman se lit comme un conte où l’auteur utilise une grande variété d’écritures adaptées aux différents personnages qui évoluent autour des deux garçons et qui sont nécessaires au récit : la grand-mère, les autres enfants, Botardov, le fou « Écume de Mer », le propriétaire d’une station-service qui ne dispose pas d’essence, le boulanger, dont les clients sont symbolisés chaque jour par une file de pierres de couleurs différentes alignées devant la boutique dans l’attente de la livraison du pain, et même les perroquets de la grand-mère, répétant à l’envi des slogans politiques détournés et grossiers. Il y a aussi quelques jolies trouvailles bien transcrites en français, et les expressions typiquement luso-angolaises sont parfaitement décryptées par la traductrice.

Ondjaki se révèle comme un écrivain talentueux, dans la lignée des auteurs angolais majeurs comme Pepetela, et il s’est déjà vu décerner des prix littéraires. Il a ouvert une librairie à Luanda.