| Auteur | Laura Ulonati |
| Editeur | Actes Sud |
| Date | 2025 |
| Pages | 292 |
| Sujets | Jérusalem Roman français XXIe siècle |
| Cote | 70.099 |
Il y a des enfants rois ; en voici un qui a gardé son enfance et le chante au son de son oud ; il le dit : « Moi, je suis surtout un homme qui rit, un homme qui joue. Moi, Wasif, fils de Jiryis Jawharyyeh, j’étais roi à Jérusalem. » Roi de bric et de broc, roi kaléidoscopique puisque tout à la fois « musicien, employé de mairie, buveur, coureur, croyant incertain ». Or, à Jérusalem-Est, on ne saurait l’oublier, on rencontre des « tremblements de terre » et il faut faire face ! Ce sont des séismes, mais aussi les antagonismes sortant de la diversité d’une ville « qui mélangeait, qui mangeait ensemble tous les dialectes de la Méditerranée, les faisait rimer » et regroupait les religions et les « gens de terre sainte », avant bien des conflits.
Mais Jérusalem vit, et c’est ce que ce roman veut dire ; vit de plaisirs, de regrets, d’amour et d’amitié. Il y a tant de boutiques, de rencontres possibles, d’ivresse, tout ce qui permet de se raccrocher à quelque joie, entre deux désespoirs : « Aux heures de désespoir, ce qui compte, c’est ce qui aide le présent à durer ; c’est ce qui l’empêche de partir tout à fait. C’est lui offrir une cachette, un refuge, une chose à laquelle s’agripper. Ça peut être un abri aussi petit qu’une chanson ou une musique, aussi simple qu’une photographie ».
Voilà donc un livre qui pétille de poésie du quotidien, de confidences, celles d’un roi de fête et aussi d’heures plus amères. Et l’on mesure la ville et la vie avec une aune variant au gré des professions et des aléas de la vie. On nous avertit dès le début : « Pour bien raconter, il faut interpréter, faire miroiter ensemble toutes les facettes d’un thème. Faire sonner sur un rythme commun les ornements, les variations et développements, pour qu’à la reprise, le barrage entre le passé et l’avenir cède ». Nul doute que le but est atteint, tout se révèle quand on dit et aussi quand on quitte. Car la frontière entre passé, présent et futur disparaît : « Dans notre langue, il suffit d’ajouter un signe à la racine pour dire l’avant ou l’après. D’un geste, d’une arabesque, je suis peut se transformer en j’étais ou je serai. Quand vous êtes du futur, vous êtes du passé. Je peux creuser en moi et retrouver l’enfant que j’étais. Il ressemble à l’un de ceux réfugiés qui grandissent dans des camps. Des princes héritiers à qui l’on a transmis la conscience du malheur et le devoir d’y survivre mais aussi la lumière qui là-bas accompagne le vent, le parfum des agrumes qui s’y attarde parmi les maisons ». Le lecteur suivra donc cette pérégrination aux multiples découvertes, grisé par un style vif, alerte, poétique, et sera sans doute tenté de dire après : « J’étais roi à Jérusalem »…