Quels lieux pour les littératures en langues africaines ?

Recension rédigée par Guy Lavorel


Xavier Garnier, avec la participation de Karin Barber, Mélanie Bourbet et Alice Chaudemanche, veulent faire connaître des langues africaines méconnues et leurs autrices et auteurs, par le biais de l’écolinguistique, c’est-à-dire une linguistique dépendant du contexte local, pour comprendre la culture et l’influence des lieux. 51 langues et plus de 100 renvois en index aux autrices et auteurs. Voilà donc un défi. On nous a si souvent proclamé la disparition de tant de langues africaines, que cette présentation d’une nouvelle sociologie apparaît bienvenue.

Des myriades d’allusions, d’anecdotes empruntées au wolof, au poular, au swahili, au zoulou au yoruba et à bien d’autres langues locales, viennent montrer et révéler une part de la sagesse accumulée, des proverbes, de la pensée du quotidien, des échanges qui confrontent oralité et écriture, des légendes et de la transmission par les ancêtres. C’est au sein de communautés, de « milieux » littéraires qui ont su profiter d’installations locales, que cette littérature, d’abord régionale mais s’extériorisant petit à petit, a pu s’installer, relayée ensuite par les réseaux sociaux et les échanges numériques.

On est face à des témoignages qui en disent long sur des territoires trop ignorés. Bien sûr il y a une multitude de références, un foisonnement pour ces 50 langues et 125 autrices et auteurs, mais comment y échapper dans cette volonté de sauver un trésor caché souvent mal connu ou même inconnu. Sont alors mis à la lumière des auteurs comme D.O. Fagunwa, Boubacar Boris Diop, Shaaban Robert, pour des « écrits mêlés à la terre » ou des « affleurements », selon les beaux titres de chacune des deux parties.

C’est donc un livre qui a voulu réhabiliter une littérature que les éditeurs n’avaient que peu promue. C’est un défi, une dynamique d’allure dispersée, mais un espoir de découverte dans un monde qui se restreint aux grands phénomènes. L’auteur alerte en conclusion sur « l’œil noir de la censure d’autant plus vigilant qu’ils savent que ces petites brochures véhiculent une énergie puissante et nécessaire ». Selon un proverbe peul, « « Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle ramène le fagot qui lui plaît. » Et pour le bois vivant, la cueillette est multiple et fournie. Marci à ceux qui ramassent !