| Auteur | Antoine Perrier |
| Editeur | CNRS |
| Date | 2025 |
| Pages | 299 |
| Sujets | Alawītes (dynastie) Politique et gouvernement Maroc XIXe siècle 1801 1900 Politique et gouvernement Maroc 1912-1956 Maroc 1912-1956 (Protectorats espagnol et français) |
| Cote | 70.252 |
Cet ouvrage se propose d’étudier une partie de l’histoire du protectorat marocain, négligée ou carrément oubliée au profit de l’histoire exclusive de la zone dévolue à la France. Il s’agit de l’histoire de Tanger, administré sous statut international, et du territoire du Rif, administré par l’Espagne. Antoine Perrier, loin de se contenter d’une chronique, tient à montrer comment, derrière l’apparente renonciation à son action directe, l’État marocain a pu conserver sa souveraineté, avant de refaire l’unité en même temps qu’il retrouvait son indépendance. À travers cette recherche qui intéresse le Maroc dans son ensemble, l’auteur s’efforce de définir plus largement la nature de la souveraineté marocaine, à partir des liens spirituels, économiques et juridiques qui unissent le monarque et son peuple.
Cette capacité est due tout d’abord aux liens séculaires forgés par le Makhzen, autrement dit l’État marocain, avec les notabilités locales, et qu’ont renforcés et rénovés, à partir des années 30, la montée du nationalisme. Mais les rivalités entre les deux puissances protectrices ont joué pour maintenir l’unité du royaume.
Les autorités françaises, soucieuses de s’appuyer sur leur position privilégiée auprès du souverain marocain, longtemps réduit par eux à une fonction symbolique, ont contribué à freiner les velléités séparatistes des Espagnols. De leur côté, ces derniers, en revendiquant une part de l’administration de Tanger (dont ils confisquèrent brièvement le contrôle par un coup de force entre août 1940 et 1944), puis en critiquant la politique menée par les autorités françaises pour s’assurer la docilité du sultan Mohammed V après 1947, ont contrarié les tendances françaises à l’hégémonie.
Enfin, les représentants respectifs du sultan, le mandub de Tanger et le khalifa de Tetouan, issus tous deux de l’aristocratie marocaine, ont su s’émanciper de leur image de créature du pouvoir colonial pour faire allégeance à leur souverain et participer à son entreprise pour recouvrer l’indépendance.
S’appuyant sur des sources françaises, espagnoles et marocaines, l’auteur se livre à une série d’analyses approfondies qui contribuent à faire mieux comprendre la nature du système politique marocain. On peut regretter que la période déterminante de la Seconde Guerre Mondiale, sur laquelle l’auteur paraît passer trop vite, n’ait pas été précisée davantage, à l’aide notamment des livres de Chantal Metzger et de Michel Catala[1]. Par ailleurs, le choix de restreindre l’étude au nord du Maroc fait paraître un peu artificiel le développement consacré en conclusion au Sahara occidental.
Cet ouvrage qui fait un emploi rigoureux de sources rarement ou jamais exploitées ne constitue pas moins une importante contribution à la connaissance de la période et à la nature de la souveraineté marocaine.
[1] Michel Catala, Les Relations franco-espagnoles pendant la deuxième guerre mondiale. Rapprochement nécessaire, réconciliation impossible. 1939-1944, L’Harmattan, Paris, 1997 ; Chantal Metzger, L’Afrique du Nord dans la stratégie du Troisième Reich, Bruxelles, PIER Peter Lang, 2002.