| Auteur | Yannick Naré |
| Editeur | l'Harmattan |
| Date | 2026 |
| Pages | 149 |
| Sujets | Relations extérieures Burkina Faso Chine 1945-.... Relations extérieures Burkina Faso Taïwan 1945-.... Aide économique chinoise Burkina Faso 1945-.... |
| Cote | 70.457 |
La formation de l’auteur est pluridisciplinaire : spécialiste en « communication et média » de l’Université internationale de langue française au service du développement africain Senghor d’Alexandrie et juriste : titulaire d’une Maîtrise de Droit de l’Université Ouaga I Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Il a été impressionné par le développement phénoménal de la République Populaire de Chine (RPC) lors de ses séjours. Il est ressortissant d’un pays africain, le Burkina Faso qui a, comme tant d’autres, alterné les reconnaissances diplomatiques entre la RPC et la République de Chine (ROC), plus connue aujourd’hui sous le nom de Taiwan.
Cette étude qui concerne les relations bilatérales tumultueuses avec les deux pays asiatiques rivaux, est assez différente de celles des autres chercheurs. En effet, elle est le produit des réflexions d’un Africain qui nous permet de « décentrer notre regard », pour prendre en considération celui de l’« autre ».
Yannick Naré reprend chronologiquement ces changements de partenaires chinois pendant la période 1960-2020, qui a vu se succéder au pouvoir nombre de chefs d’État dans son pays. Certains ont d’ailleurs noué des relations diplomatiques alternativement avec l’un, puis l’autre. Du côté chinois, même si le régime se réclame toujours du communisme, il a connu des changements de dirigeants qui ont opéré des revirements radicaux essentiellement dans la gestion de son développement. L’ouvrage débute par des considérations d’ordre général, présentant la coopération afro-chinoise comme un partenariat « gagnant-gagnant » et caractérisée par un « développement partagé ».
Il ne manque pas de rappeler la différence entre ce nouvel état d’esprit et celui qui a prévalu pendant des décennies, lorsque les Occidentaux intervenaient dans les « affaires des Africains. Il désigne ainsi essentiellement les « chasses gardées » françaises, dans le domaine de la coopération en général : de l’aide au développement (APD), militaire, avec le maintien de nombreuses bases, ainsi que l’ingérence de la « démocratie blanche souvent imposée au continent noir » ; sans compter les « valeurs sociétales » contraires aux traditions africaines. D’autre part, l’auteur n’est pas avare de critiques envers l’« …Afrique (où) l’immobilisme est criard malgré le cri du cœur poussé par de nombreux intellectuels panafricanistes ».
Il déplore le fait que la coopération avec la Chine étant potentiellement « une mine d’opportunités à la fois pour les pays africains et pour la Chine », « les manœuvres et leur doctrine diplomatique visent… à engager la coopération avec la Chine comme une vache à lait pour leur enrichissement personnel et immédiat ». Il aurait pu également porter un jugement identique sur la coopération Taiwan / Afrique.
Les développements ultérieurs sont une illustration du regard sans concession que l’auteur porte sur ces relations entre les deux continents, qu’il s’agisse de la RPC ou de la ROC. Il en est ainsi des dessous des tractations diplomatiques entre les protagonistes des deux côtés du détroit au fil du temps. Au début des années 1960, la Haute-Volta d’alors s’était rangée dans le camp occidental et avait noué des relations diplomatiques avec la République de Chine. Puis de façon intermittente, les reconnaissances diplomatiques ont alterné avec les deux pays asiatiques, au gré de l’évolution des relations internationales, des impératifs budgétaires du pays qui conditionnaient les promesses d’aide, ainsi que des intérêts personnels des dirigeants burkinabè. Le « serpent de mer » du projet de chemin de fer de Tambao, pour faciliter l’exploitation du manganèse, ainsi que celui de l’adduction d’eau de Koudougou et de Ouagadougou ont longtemps été proposés par les deux Chine.
L’auteur relate le rôle de Thomas Sankara, animé par sa foi anti-impérialiste, pendant la brève période révolutionnaire, brutalement arrêtée lors de la « rectification » mise en œuvre par son successeur Blaise Compaoré. C’est d’ailleurs lui qui, après avoir constaté la baisse de l’aide chinoise, et surtout avoir subi un affront de la part du ministre des affaires étrangères chinois, qui préféra se rendre à Bamako plutôt qu’à Ouagadougou, qu’il rompit avec Pékin. Dès la reprise des relations diplomatiques avec Taipeh en 1994, il fut le partenaire privilégié de Taiwan, jusqu’à sa destitution en 2014 ; et cela grâce à son influence qui dépassait, il faut bien le dire, l’importance du Burkina Faso en Afrique. Yannick Naré fait longuement état de cette coopération quasiment sans nuage avec la République de Chine pendant cette longue période.
Après un bref intérim du colonel Isaac Yacouba Zida puis de Michel Kafando, Roch Marc Christian Kaboré, ancien premier ministre de Blaise Compaoré, poursuivit provisoirement la ligne de son mentor, jusqu’au rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine en mai 2018.
Très bien documentée, cette étude des relations bilatérales alternativement avec les deux frères ennemis chinois, nous fait non seulement entrer dans les arcanes du pouvoir à Ouagadougou, mais présente également les motivations qui ont conduit à tous ces revirements pendant une soixantaine d’années.