Les Cahiers d’Images et Mémoires : la Haute-Volta 1900-1940. Quarante années d’images d’édition

Recension rédigée par Marc Aicardi de Saint-Paul


Les publications des Cahiers d’Images et Mémoires, ses expositions, sont toujours d’une grande qualité et procèdent d’une passion dévorante, celle de témoigner de ce qu’a été l’Afrique subsaharienne à travers les âges, les photos et les cartes postales. Cette nouvelle livraison se situe dans la droite ligne des précédents ouvrages. Elle nous présente la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, au début du XXe siècle, grâce à des documents qui pour la plupart d’entre eux n’ont pas fait jusqu’à présent l’objet d’une publication spécifique.

L’auteur justifie lui même le choix de la période 1900-1940 par l’impératif de « limiter notre travail à une période de durée raisonnable ». En réalité, elle ne correspond à aucun événement historique majeur. L’espace géographique de la Haute-Volta a jusqu’à son indépendance, été morcelé, dépecé, rattaché, au gré des réorganisations administratives, militaires et des besoins économiques de son environnement proche. Territoire militaire de la Sénégambie-Niger en 1904, la Haute-Volta passa à l’administration civile à partir de 1909. Mais elle ne fut pas uniforme puisque cette transformation s’effectua dans les années 1920 et même 1930, pour le pays Lobi. L’étape suivante consista à faire passer cet ensemble sous la coupe de l’Afrique Occidentale Française (AOF), avec Dakar comme capitale le 1er mars 1919. Les planteurs de Côte d’Ivoire ayant un besoin urgent de main d’œuvre, et l’Office du Niger prévoyant la mise en valeur du delta du fleuve, les autorités coloniales démantelèrent la Haute-Volta en 1932. Des régions entières furent réattribuées au Soudan français, futur Mali, au Niger, et tout le reste prit le nom de Haute-Côte d’Ivoire.

Ce n’est que le 4 septembre 1947 que l’Assemblée Nationale française ressuscita la Haute-Volta en tant qu’entité propre (Marc Aicardi de Saint-Paul « De la Haute-Volta au Burkina-Faso, tradition et modernité au pays des Hommes intègres » Albatros, Paris1993). Ces changements arbitraires ne favorisèrent pas la mise en valeur du territoire, de surcroit enclavé. La présence française fut relativement modeste, par rapport aux autres régions de l’AOF. Néanmoins, elle tenta parfois avec succès d’imposer des schémas occidentaux en substitution ou en complément de ceux, plus traditionnels qui préexistaient ; ce qui ne se fit pas sans frictions.

Sans avoir à l’esprit le passé tumultueux de ce territoire, d’aucuns pourraient être tentés, au vu de l’iconographie très riche qu’offre ce livre, de conclure hâtivement qu’il reflétait l’état de développement de l’AOF, dont il faut bien le dire, il fut le parent pauvre, tout au moins jusqu’à sa reformation en 1947.

Cet ouvrage est organisé par périodes, pour des contraintes de sources, beaucoup plus rares dans la première période, 1900-1920, que dans la seconde, 1920-1940. Cette disparité s’explique par la faiblesse du patrimoine iconographique voltaïque - vingt fois moins nombreuse qu’au Sénégal - développé beaucoup plus tôt. D’autre part, on s’aperçoit que sur un total de 48 prises de vues, les deux-tiers concernent l’Ouest du pays, essentiellement la région des Hauts-Bassins dont Bobo-Dioulasso est le chef-lieu, le dernier tiers relevant des régions centre. Deux autres facteurs sont susceptibles d’expliquer ces différences : celui des missions religieuses catholiques qui a conduit à une surreprésentation de ce qui concerne la vie catholique au regard de celle de la vie musulmane ; il en va de même pour les nombreuses ethnies, dont certaines sont privilégiées, comme les Lobi et les Bobo.

Le patrimoine iconographique étant en grande partie privé, il a semblé préférable aux auteurs de présenter ces images sans les commenter, laissant le lecteur libre de son interprétation. Elles ont été classées par maison d’édition, avec quelques mots sur chacune d’entre elles, ce qui est plus neutre. Toutefois, cela oblige à feuilleter en permanence ce très riche catalogue, si l’on souhaite approfondir tel ou tel aspect de la Haute-Volta. Mais pouvait-il en être autrement ?

Au demeurant, ce travail de fourmi que nous livre Stéphane Richemond est unique en son genre, par son travail de recherche, son souci du détail et l’intérêt qui est le sien pour faire revivre ce pan entier de la vie des Voltaïques dans la première moitié du XXe siècle.