Histoire (dé)coloniale de la philosophie française : de la Renaissance à nos jours

Recension rédigée par Josette Rivallain


La philosophie a peu traité de l’histoire coloniale et, quand cela est le cas, elle apporte un regard nouveau sur cette question. L’auteur est philosophe et connait bien l’histoire naturelle du siècle des Lumières, autour des questions concernant sexe, race, croisement entre biologie et société. Ici, il fait débuter la question coloniale avec la découverte de l’Amérique, de ses nouvelles terres et ses nouvelles populations. Tout au long de l’étude, avec à l’appui les documents des époques correspondantes, il analyse les modes de pensée, tant dans leur fonctionnement en Occident que du regard porté sur les mondes nouveaux. Les Américains, paraissant être dans un grand dénuement, au regard des critères de l’époque, furent assimilés à des sauvages.

Ceci nous fait repenser notre passé, époque après époque, l’une insistant sur Dieu, puis sur la morale, ce qu’explicitent les philosophes de chacune. Ce n’est que récemment que l’on a réalisé que les autres sont des humains à part entière, dotés de structures complexes, et également que l’on a pris conscience des souffrances que l’on a pu leur imposer.

En contrepartie, les nouvelles découvertes ont entraîné de forts bouleversements chez nous, classant les autres par catégories, taxant les esclaves de formes d’infamies, à une époque où l’Occident vivait de graves crises religieuses. Fallait-il les convertir ? Dans le même temps, en Occident, certains assimilaient notre univers au culte de l’argent, soulignant, en contre partie, l’aspect hygiénique de la vie sauvage.

Au XVIIIe siècle naquit la volonté de lutter contre l’esclavage : Diderot dénonçait la colonisation responsable du dépeuplement de l’Amérique. Et tout cela se déroula au milieu de contradictions, les gens s’engluant dans des mythes dans lesquels s’entrechoquaient paganisme et monothéisme, la Bible restant la référence, alors que l’on se posait la question de savoir où placer la limite entre l’homme et l’animal, moeurs et foi étant décrétées liées au

climat. Toutefois, les observations de Bougainville autour de Tahiti permirent de constater que les sociétés y étaient hiérarchisées.

La Révolution française posa le problème de la citoyenneté, le droit naturel primant sur le droit divin, aboutissant, en 1791, à la Déclaration des Droits de l’homme. Ce qui entraîna les protestations des planteurs dans les colonies. Fin XVIIIe/début XIXe siècles, la France diffusait l’idée de la liberté tout en poursuivant ses conquêtes. Ceci fut alors dénoncé, notamment par Madame de Staël, car l’esprit de justification des actes se cachait derrière celui de la conquête.

La traite était dénoncée par beaucoup : en 1830, on proclama l’égalité des droits aux hommes libres et de couleur. A la même époque, la France se sentant déclassée, profita de la situation de l’Algérie vis à vis de l’Empire ottoman pour accentuer les tensions entre ces ceux entités. La France se fit un devoir de libérer l’Algérie, ce qui était en même temps une revanche prise sur les Britanniques. La conquête paraissait alors comme une bonne solution. En pleine période de révolution industrielle, Napoléon III apparut pour certains comme coupable de faire renaître l’esclavage, notamment ceux qui étaient partisans de la machine, et non de l’esclave.

Au XIXe siècle, de nombreux penseurs remettaient en question la notion de colonie, dont Auguste Comte, pouvant être admiratifs de l’islam qu’ils plaçaient comme pôle attractif de la vie mondiale.

L’auteur voit dans ces théories politiques, la mise en place d’un impérialisme qui entraîna les guerres de 1870, 1914 et 1940, la colonisation étant l’émanation du capitalisme, bien que n’étant qu’un évènement dans l’histoire humaine. Au XIXe/début XXe siècles, même chez nos grands penseurs, l’idée que l’indigène n’était pas fait pour l’effort avait court.

Le tournant de 1930 fit prendre conscience autrement du monde colonial : la colonisation préparait l’ensauvagement de l’Europe, conséquence du développement du mercantilisme, de la volonté de puissance, prémisses de la prochaine guerre mondiale.

Enfin l’auteur passe en revue les grands philosophes qui s’exprimèrent à partir de 1945, tant en France que dans les colonies : Sartre, Houtondji, Lévi-Strauss, revisitant l’appareil répressif qui permettait la surexploitation, le culte du dominant, tout cela autour du racisme, cœur de l’idéologie coloniale. Et l’auteur de conclure que cette violence mène aux attentats.

Nécessité est de s’ouvrir à l’autre, de ne pas s’enfermer dans des cadres rigides, afin de découvrir, analyser, tirer partie des traditions de tous, nouvelle façon de penser l’universel, autour de visions qui cherchent à être synthétiques, et rendre compte autour de nous des regards et des liens existant entre l’Europe dominante et le reste du monde.