Les Mayas n’ont pas disparu

Recension rédigée par Jean-Claude Voisin


Le titre de l’ouvrage annonce déjà le parti pris de l’autrice, archéologue, chercheur au CNRS, qui fouille depuis 2016 une cité maya au Guatemala.

D’emblée, Chloé Andrieu pose le décor : la première image répandue en Occident, censée nous guider dans la connaissance de cette civilisation ancienne, est celle « de pyramides noyées dans une jungle foisonnante, des cités d’or déchues exhalant un parfum d’aventure et de mystère ». A cette image s’ajoute l’évocation « de sagesses millénaires, de la connexion à une nature vierge dotée de pouvoirs magiques » ; le tout nourri par les lectures des aventures de Tintin, avec des confusions mêlant Incas, Aztèques et Mayas. Des interprétations modernes tentent des rapprochements entre la disparition supposée de cette civilisation au IXe siècle et la notion de déclin qui nous frappe aujourd’hui, conséquence de catastrophes environnementales. L’exemple des Mayas devient « une figure de style pour illustrer la notion d’effondrement ». Ainsi dès le XVIIIe siècle, les ruines repérées dans la jungle mexicaine ou guatémaltèque ont alimenté un discours de secret, de nostalgie « modelant les rêveries d’un ailleurs disparu qu’aventuriers, archéologues et voyageurs continuent de chercher ».

L’ouvrage traite dans un premier temps de cette période dite de l’effondrement des cités. Une fois le décor de la jungle envahissante planté, l’autrice retrace rapidement l’histoire de cette civilisation durant le premier millénaire, puis aborde assez vite la question de sa disparition, conséquence de conflits et de déforestations. N’ayant jamais réussi à mettre en place une gestion centralisée comparable à celle des grandes civilisations du Proche et du Moyen-Orient, la fin du premier millénaire se caractérise par des rivalités de factions et un effondrement à la fois politique et économique. Les archives brûlées lors de la conquête espagnole ne permettent plus de comprendre les mécanismes de cette disparition somme toute rapide. La conquête visait d’ailleurs à faire disparaître tout ce qui pouvait nourrir un sentiment nationaliste.

L’autrice passe ensuite en revue l’après. Que sont devenues ces populations, ces cultures, ces langues ? Peut-on réellement parler d’un effondrement « type » ? C’est alors le moment, pour Chloé Andrieu, d’ausculter l’Après, de révéler ce qui n’a jamais été perdu. L’indépendance de 1821 remet les vestiges au cœur du nationalisme naissant. Militaires et archéologues revêtent leur habit d’aventuriers rêvant de trésors enfouis.

 A partir du chapitre 4, l’autrice aborde la naissance d’un monde légendé : les symboles anciens sont magnifiés. Peu à peu, l’archéologie prend des allures de mysticisme, l’espace devient un endroit idyllique, et les croyances mayas façonnent un nouvel univers à conquérir, cette fois par le tourisme. L’ouvrage propose alors une analyse du rôle et de l’importance du milieu naturel,

à la croisée de la lecture historique, ethnologique et environnementale.

Il se conclut sur une formule à contre-courant des tendances habituelles : un monde « ni disparu, ni découvert ». Tel est le parti pris que Chloé Andrieu souhaite nous faire partager.