L'empire de la presse : une étude de la presse coloniale française entre 1830 et 1880

Recension rédigée par Patrick Forestier


Jeune docteure en littérature française née à Nîmes, actuellement enseignante-chercheuse à l’Institut franco-chinois de l’université Renmin de Chine, agrégée de Lettres modernes prolixe, Laure Demougin a exhumé de la Bibliothèque nationale de France les collections des journaux coloniaux.

Une thèse soutenue à l’université Paul-Valéry de Montpellier 3 en 2017 est devenue une étude sur la presse des colonies françaises, en particulier celle d’Algérie, des Antilles et de la Guyane, de la Réunion, de la Nouvelle-Calédonie et de Tahiti. L’Estafette de Constantine, la Goguette, le Sirocco, le Courrier de Saigon : le professeur n’a négligé aucun de ces titres qui respirent l’aventure, un monde lointain, en particulier pour les jeunes de l’époque qui ne voyaient pas forcément l’outre-mer comme une mission coloniale, mais comme un appel du grand large pour fuir la société corsetée de la métropole. Une erreur à l’échelle de l’histoire, à différencier des colons, mus davantage par l’aspect économique de leur expatriation. Ces journaux peuvent aujourd’hui apparaître « kitsch », mais c’est en se plongeant dans leurs colonnes avec la patience d’une archéologue que Laure Demougin a pu reconstituer un pan de l’histoire de France, dans un ouvrage où se croise presse et littérature. « Son enjeu est bien, de fait, de ne pas réduire la presse coloniale à un statut de simple archive historique mais de la considérer comme une  « littérature médiatique » dotée d’une double mission : donner corps à des identités coloniales spécifiques, tout en marquant l’appartenance des territoires coloniaux à un même empire et partant, à une métropole qui peut servir tout à la fois de modèle, de repoussoir et de destinataire » écrit le professeur de littérature française Marie-Eve Thérenty dans la préface du livre.

 Les journaux, surtout au début de la présence coloniale, affichent des tirages confidentiels. En 1845, L’Océanie française de Papeete distribue quatre-vingt-dix-huit feuilles. En Algérie, plus peuplée, l’Écho d’Oran, bénéficie de trois cents abonnés. En 1870, « le vieil Akhbar » tirait à 2000. Son propriétaire et rédacteur en chef, Arthur de Fonvielle, soutint la politique de Ferry, se montrant hostile à toute violence antisémite. Il restait attaché à sa formule ancienne, a