1914-1918 : lieux de mémoire canadiens : d'Ypres à Amiens

Recension rédigée par Jeanne-Marie Amat-Roze


Jérôme Janicki est historien, professeur des écoles, garde d’honneur à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette (Pas-de-Calais).

La Grande Guerre a fait de la Belgique et des Hauts-de-France (Nord - Pas-de-Calais et Picardie) un lieu d’histoire et de mémoire du Canada. En 200 pages, l’auteur nous invite à parcourir cette histoire et ce patrimoine.

Avant de suivre ce périple mémoriel, l’auteur aborde en introduction les circonstances du déclenchement de la guerre vues du Canada et l’entrée en guerre ; il rappelle le poids des hommes engagés : plus de 650 000 hommes, volontaires, venus du Canada, de Terre-Neuve et du Labrador participèrent au conflit ; 64 997 Canadiens perdirent la vie, 1 570 Terre-Neuviens et Labradoriens ; 39 715 sont inhumés en France et 14 043 en Belgique. Les allers et retours furent continus entre les deux pays.

Les routes des Hauts-de-France, de la Flandre et de la Wallonie sont jalonnées de sites commémoratifs :

- des parcs, 9 en France, 4 en Belgique. Relevons le parc terre-neuvien de Beaumont-Hamel (Somme),  les parcs canadiens du Quesnel (Somme), de Vimy (Pas-de-Calais) ;

- des cimetières, la Belgique et la France comptent 861 cimetières dans lesquels des soldats canadiens sont inhumés. Des emblèmes identifient les tombes : une feuille d’érable pour les Canadiens, un caribou pour les Terre-Neuviens ;

- des stèles et mémoriaux sont une autre forme d’hommage, le mémorial canadien de Passchendaele en Flandre occidentale, le mémorial de la porte de Menin à Ypres, où figurent les noms de 6 940 Canadiens tombés dans le Saillant d’Ypres ;

- des sites sont plus discrets : vitraux de l’église de Ligny-Saint-Flochel dans le Pas-de-Calais, noms de soldats gravés sur le monument aux morts communal de Bellaing (Nord).

Ce patrimoine mémoriel est le support d’une chronique de l’engagement des Canadiens gravée dans le bronze et dans la pierre. L’auteur articule la présentation des lieux de mémoire selon une trame chronologique en onze chapitres de mars-mai 1915 à octobre-novembre 1918. Les batailles sont décrites, les lieux de mémoire et leur patrimoine, présentés, illustrés de très nombreuses photographies. Ainsi :

1.      La guerre des tranchées en France. Festubert et Givenchy, mars-mai 1915

2.      La deuxième bataille d’Ypres (avril 1915) et la bataille du mont Sorrel (juin 1916)

3.      L’offensive des alliés dans la Somme (1er juillet-18 novembre 1916)

4.      La bataille de Vimy (9-12 avril 1917), etc.

Le douzième chapitre est consacré aux Médecins et infirmièr(e)s du Canada.

Somme, Pas-de-Calais, Flandres furent un creuset de la nation canadienne. La bataille de Vimy saisit les forces des quatre divisions canadiennes appartenant au Corps colonial de l’armée britannique ; tous donnèrent l’image d’une nation unie (p. 10). Dans le sillage des batailles « émergea un Canada différent et des Canadiens (Terre-Neuviens et Labradoriens) différents » (p. 193). Le 31 mars 1949, Terre-Neuve et le Labrador adhérèrent à la Confédération. Le gouvernement canadien assuma immédiatement la responsabilité de tous les monuments (p. 11).

En associant l’histoire des engagements canadiens et leurs lieux de mémoire, l’auteur participe, de façon originale, à l’inscription de l’histoire d’un pays dans l’histoire du monde. Un livre à avoir sur soi pour qui veut intriquer histoire et terrain.