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La francophonie à l’épreuve des mutations du monde
C
ercle Richelieu Senghor

Intervention de Jean-Louis Roy (Écrivain et Diplomate)

  « Un plus vaste cycle d’enchaînements et de renouvellements. »

Paris, le 22 septembre 2026

                     

                      LA FRANCOPHONIE À L’ÉPREUVE DES MUTATIONS DU MONDE

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du Cercle Richelieu,

Chers amis.

 

J’ai placé en exergue de mon intervention une citation de Saint-John Perse dans son Discours de Suède à l’occasion de la réception de son prix Nobel de littérature en 1960. Le célèbre écrivain présente les mutations du monde comme « un vaste cycle d’enchaînements et de renouvellements ». Telle fut, telle est le déroulement de la Francophonie. Son histoire est marquée par des phases d’enchaînements et des phases de renouvellements. Nous vivons l’un de ces moments ou le renouvellement s’impose en raison des mutations du monde qui impactent profondément notre mouvement et obligent à repenser l’ambition francophone.

 

Les mutations du monde

Ces mutations vous sont connues : basculement de la richesse de l’Ouest vers l’Est et de l’Est vers le Sud du monde; déploiement universel de l’ère numérique enrichie par l’intelligence artificielle; urgence climatique et, finalement, croissance démographique qui bouleverse la carte de l’occupation de la planète. Dans un avenir proche, 80 % de la population mondiale vivra en Asie et en Afrique.

Deux données pour illustrer l’ampleur de ces mutations. La part de l’Asie dans le PIB mondial était de 25% en 2000; elle excède aujourd’hui les 55%. La part de l’Asie en recherche et développement était de 24% en 2000; elle est aujourd’hui de 46% et atteint les 3 000 milliards (en 2025). En seulement 25 ans, le poids de l’Asie a donc plus que doublé dans le PIB mondial et pratiquement doublé en recherche et développement. Enfin, je rappelle qu’en 2000, on comptait 300 millions d’internautes qui échangeaient quotidiennement 12 milliards de courriels soit 500 millions par heure. Ils sont aujourd’hui plus de 6 milliards d’internautes qui échangent 392 milliards de courriels quotidiennement, soit 16,5 milliards par heure.

 Sur les plans géographique, économique, technologique, démographique et culturel, une nouvelle configuration de la famille humaine se dessine, avec ses possibilités, ses enjeux et ses défis.

Ces mutations bouleversent la totalité des filières de la communication, de l’éducation, de la recherche, de l’investissement, des loisirs, de la production des biens et des services à l’échelle de la planète. Elles transforment les territoires de la Francophonie dans leurs dimensions linguistique, culturelle, technologique, économique et politique.

Deux données pour illustrer l’impact de ces mutations sur la Francophonie, particulièrement sur sa composante africaine, majoritaire au sein de notre mouvement. En 2000, les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Afrique – où se trouve la majorité des États membres de plein droit de l’Organisation internationale de la Francophonie (l’OIF)- totalisaient moins de 25 milliards de dollars. En 2023, ils atteignaient près de 1 000 milliards de dollars, dont un peu moins du quart était attribuable aux échanges entre la Chine et l’Afrique. En 2026, l’axe Afrique-Asie est devenu l’un des axes commerciaux du 21e siècle.

Cette intensité des échanges a favorisé le développement d’un vaste réseau de chaines de valeur reliant les fournisseurs asiatiques et les consommateurs africains. Ce faisant, ils ont aussi redéfini l’Afrique comme un marché, un marché solvable, un marché qui, dans ce siècle, avec l’Inde pourrait devenir de nouveaux moteurs de l’économie mondiale. À quand des chaînes de valeur reliant les producteurs de biens de et des services francophones et leurs potentiels utilisateurs africains?

Dans sa partie majoritaire, la Francophonie est aujourd’hui exposée à la puissance asiatique, puissance financière, technologique, commerciale et culturelle. Bref, ces 32 pays africains membres de l’OIF sur les 56 pays membres de plein droit, vivent une transformation radicale de leurs relations au monde tout autant que le monde vit une transformation radicale de sa relation au continent. 

 S’agissant de l’entrée universelle de l’humanité dans l’ère numérique, qu’il suffise de rappeler que dans vingt ans, trois communautés d’internautes compteront plus d’un milliard d’adhérents, la chinoise, l’indienne et l’africaine.

Vient à l’esprit le mot de Virginia Woolf dans un autre contexte : « Le monde tout entier est en plein travail d’enfantement ».  De fait, nous l’observons tous les jours, un grand chambardement est bien amorcé et bien malin celui qui pourrait en prédire l’issue.

Un bilan plus qu’honorable

 Notre mouvement dispose d’un bilan plus qu’honorable. Il a rassemblé autour d’initiatives partagées des communautés disparates aux héritages spirituels, culturels, linguistiques, économiques et sociaux et aux défis différenciés. Son pouvoir d’attraction est incontestable. Il rassemblait 45 pays et gouvernements en 1986 lors du premier sommet francophone. Ils seront 90 à divers titres au Sommet du Cambodge, en novembre 2026.

Notre mouvement a tenu de multiples délibérations d’une grande importance : de l’état de droit aux urgences environnementales, de la sécurité humaine à la diversité culturelle et linguistique de la famille humaine. Il a fait valoir ses valeurs et ses intérêts à de nombreuses négociations internationales notamment à Rio en 1992 en obtenant une Convention sur la désertification; en 1995, lors de la création de l’Organisation mondiale du Commerce (l’OMC), en faisant valoir la spécificité des produits de la culture face aux règles du commerce international; et à Vienne,  lors de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme, en contribuant, par ses propositions, au passage du Centre pour les droits de l’homme à un Haut-Commissariat placé sous l’autorité directe du secrétaire général de l’ONU. Enfin, la présence concertée des délégations des pays francophones à la Conférence de Beijing sur les femmes a pesé de tout son poids dans l’affirmation de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Notre mouvement a notamment placé au cœur de ses priorités et valeurs l’idéal puissante de l’état de droit, des valeurs démocratiques, des droits individuels et du respect des sociétés civiles. Il a créé et/ou consolidé des institutions dont le rayonnement est indiscutable : l’Agence universitaire de la Francophonie (l’AUF) qui compte plus de 1 000 établissements membres réparties dans 120 pays; l’Université Senghor d’Alexandrie avec ses Campus en Afrique et en Europe, TV5 Monde dont le signal est capté dans 200 pays et territoires et qui dispose d’une très importante plateforme de vidéo sur demande;  le Marché des Arts, du Spectacle d’Abidjan (le MASA) devenu la référence mondiale en matière de promotion des cultures africaines et caraïbéennes ainsi que des diasporas afrodescendantes; le Fonds image de la Francophonie  créé à la fin des années 80  et qui, depuis, apporte un soutien financier continu aux cinéastes des pays francophones du  Sud, les Jeux de la Francophonie et ses 3 500 participants à Kinshasa en 2026;  les 300 Centres de lecture et d’animation culturelle et ses 3 600 000 visiteurs annuellement. Enfin, puisqu’il faut choisir, je signale aussi les programmes de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), de l’Association internationale des Maires Francophones (AIMF), de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) qui rejoignent un très grand nombre de bénéficiaires, collectifs ou individuels.

Notre mouvement dispose aussi de centres d’expertises en éducation, en pédagogie multimédia, en développement durable, en démographie, en économie, en centres d’employabilité et en campus numériques. Derrières toutes ces institutions et plusieurs autres, des réseaux qui rassemblent, délibèrent et interviennent.

Ce bilan s’est développé par cycles successifs d’enchaînements et de renouvellements.

 

LE PREMIER CYCLE

Le premier cycle de l’histoire de la Francophonie va de 1970 à 1985/90. Il répond aux changements géopolitiques découlant de la décolonisation des deux tiers de la population mondiale. Dans la très grande majorité des pays membres de la Francophonie naissante, il fallait littéralement construire des États et des gouvernements sur des bases extrêmement fragiles. Songez qu’en 1960, en Afrique occidentale française, seulement 6 % des enfants d’âge scolaire fréquentent une école et que la première université francophone de l’Afrique subsaharienne a été inaugurée en 1959 à Dakar. Dans ce contexte est née l’Agence de coopération culturelle et technique (l’ACCT). Ses objectifs et ses moyens étaient modestes. Son enjeu sensible et complexe, inventer une politique de coopération multilatérale ajustée aux besoins de ce regroupement singulier, son existence, essentielle.

 Appelons ce temps le cycle de l’émergence, de la recherche et de l’expérimentation.

 

 LE DEUXIÈME CYCLE

 La décision de François Mitterrand de convoquer un Sommet des Chefs d’États et de Gouvernements en 1986, la détermination des présidents des deux sommets suivants, le Premier ministre Brian Mulroney du Canada et le Président Abdou Diouf du Sénégal  et l’implosion de l’Union soviétique inaugurent le deuxième cycle de l’histoire de la Francophonie qui va de 1990 à 2010/2015.

 Le temps est à la consolidation institutionnelle qui fixe l’architecture de la communauté en 1989 et en 1998 lors des Sommets de Dakar et de Hanoï. Le temps est à la consécration du caractère politique de la Francophonie, à l’élaboration de consensus fondamentaux sur l’état de droit, les pratiques de la démocratie, les droits de l’homme, la prévention des conflits et la sécurité humaine tels que consignés dans les Déclarations de Bamako (Mali) et de Saint-Boniface (Manitoba-Canada). Les consensus étant acquis, on est passé à leur mise en œuvre, l’une des plus complexes et extraordinaires avancées de la Francophonie qui a connu son apogée dans ce moment précieux où s’est déployé la diplomatie d’influence de la Francophonie.

 Autre initiative de grande importance, ce long travail pour définir et partager une politique visant la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles au moment de la négociation de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (le GATT), politique qui est devenue depuis un enjeu mondial en conséquence d’un travail diplomatique d’orfèvre accompli par les Secrétaires généraux du temps.  Enfin, dès le début des années 90, à la suite d’une conférence ministérielle spéciale des ministres responsales du numérique tenue à Montréal en 1992, les instances et les opérateurs de la Francophonie ont, jusqu’à ce pour, multiplié leurs offres de formation et de service aux États et Gouvernements membres.

 Pour un bref temps, le multilatéralisme a eu grande allure. En 2001, l’Organisation mondiale du Commerce ouvre ses portes à la Chine. Pour sa part, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, un ancien membre du Conseil d’administration de l’Agence et un futur Secrétaire général de la Francophonie, lance une  série  de conférences mondiales : conférence de Rio sur le développement durable en 1992; conférence de Vienne sur les droits de l’homme en 1993; conférence du Caire sur la démographie en 1994; conférence de  Copenhague sur le développement social et  conférence de Beijing sur les femmes en 1995 et conférence d’Istanbul sur l’habitat en 1996. 

La Francophonie a été profondément marquée par ces évènements. Elle a hautement bénéficié des mandats d’importance arrêtés par les quinze Sommets réunis dans la période, aussi par une proximité certaine avec les Secrétaires généraux des Nations unies, Perez de Cuellar, Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan.  De plus, la composition de notre communauté s’est enrichie à la suite de l’arrivée dans ses rangs de nombreux pays d’Europe centrale et de l’Est, hier encore colonies de Moscou.

Par ailleurs, l’Agence désenclave notre mouvement en ouvrant des bureaux à New-York, Genève et Bruxelles partie aujourd’hui d’un réseau de 13 bureaux auprès d’organisations internationales et de régions de l’espace francophone. Enfin, puisqu’il faut choisir, elle déploie une première présence internationale de la Francophonie en conduisant l’ensemble de ses pays membres avec des positions concertées aux Conférences internationales précédemment évoquées. Dans la même période, l’Agence intergouvernementale de la Francophonie signe des ententes avec plus de quinze organisations continentales ou internationales.

Appelons ce temps le cycle de l’affirmation et de la confiance. 

 

LE TROISIÈME CYCLE

Il est difficile de fixer un moment qui marque le début du troisième cycle de l’histoire de la Francophonie. Aucun évènement interne ne permet de déterminer ce moment dans cette longue période de bouleversements qui caractérise la dernière décennie.

Graduellement, la région de l’Indopacifique s’est imposée comme un pôle majeur de l’économie, de l’innovation et du commerce. La Chine devient une puissance globale. En 2000, Pékin est le premier partenaire économique de 25 à 30 pays, vingt ans plus tard, en 2020, il est le premier partenaire économique de 120 à 140 pays dont un grand nombre de pays dits francophones. Le bouleversement rejoint les états du Golfe et l’Arabie saoudite qui pensent leur avenir autrement et entrent dans un cycle d’affirmation économique qui transforme leur relation au monde et à l’Afrique.

La mondialisation de l’économie et du commerce progresse à grande vitesse. La valeur du commerce mondial passe de 7,5 milles milliards de dollars en 2000 à 35 milles milliards de dollars en 2025 jusqu’au jour où la pandémie COVID 19 s’impose. Elle provoque de 15 à 20 millions de morts selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la plus forte récession économique depuis la seconde guerre mondiale, une chute considérable du PIB mondial, une montée de l’inflation proche des 10% en 2022 et l’augmentation quasi généralisée des dettes publiques. Enfin, la confiance dans ce système global qui vous rend dépendant du lointain a chutée dans l’appréciation d’un grand nombre. La mondialisation, le multilatéralisme et les organisations internationales dont l’OIF, furent de vraies victimes de la terrible épidémie.

Pour un temps, les états ont d’autres investissements politiques et financiers à combler et cette situation perdure, la fin de la pandémie étant immédiatement suivie par l’envahissement de l’Ukraine par la Russie. Ce conflit qui dure depuis 5 ans, a coûté la vie à 2 millions cent mille personnes, épongé plus de 2 500 milliards de dollars et créé en Europe un climat de tension à très hauts risques amenant l’Union voulue par Robert Shuman et Jean Monnet de consacrer une partie de leurs ressources politiques et financière. à combattre l’invasion russe en Ukraine.  En 2024, l’élection du président Donald Trump ajoute à ce climat de tensions, d’incertitudes, de remise en cause de la mondialisation. Sa politique tarifaire régressive provoque un ralentissement de la croissance « de la plupart des pays » selon l’OCDE. Enfin, depuis, deux autres guerres occupent le devant de l’actualité, celle de Gaza et ses 70 000 victimes et qui dure depuis trois ans et celle de l’Iran depuis huit mois. La première pose des questions juridiques et éthiques radicales, la seconde met à mal des équilibres géopolitiques essentiels, provoque une augmentation généralisée des coûts des biens essentiels et fait craindre un niveau d’inflation et des taux d’intérêt qui pourraient faire basculer l’économie mondiale dans une récession aux multiples victimes.

L’arsenal institutionnel et juridique international, des Nations unies à la Cour pénale internationale, est durement affecté par cette succession de mutations, de crises, de dérèglements et de conflits au point d’apparaître comme incapable d’exercer les magistères essentiels relatifs notamment à la sécurité globale, reçus de la communauté internationale dans la seconde moitié du précédent siècle.

Comme toutes les organisations internationales, l’OIF navigue au mieux, participe à l’élaboration et à l’adoption du Pacte numérique mondial des Nations unies en 2024, se donne un cadre stratégique jusqu’en 2030 et arrête une programmation qui arrive à terme l’an prochain.

En parallèle, des éléments d’une autre organisation des affaires du monde, une autre vision des exigences du vivre ensemble de la communauté internationale émerge. Ses marques vous sont connues; la route de la soie qui réunit 150 pays dont plusieurs pays de l’OIF, l’Association de coopération de Shangaï qui vient de réunir quarante pays dont certains membres de l’OIF; les BRICS et ses 26 pays membres qui comptent pour 40% du PIB mondial contre 28% pour le G7 et auxquels certains pays de l’OIF appartiennent ou sont dans les quarante pays qui frappent à sa porte. Enfin, vous connaissez le Sud-global qui séduit un grand nombre, refuse l’alignement exclusif, pratique le multi-alignement et rêve à une autre structuration politique, juridique et économique de la communauté internationale. Le président Xi Jinping articule cette effervescence autour de « l’initiative pour une civilisation mondiale ». 

 Comment peut et doit se situer la Francophonie dans une telle configuration des complémentarités, des intérêts et des alliances nouvelles, dans cette ère ou les architectures technologiques redéfinissent les voies de la production de valeurs, de savoirs de biens et de services et sont déjà et seront demain nos partenaires dans toutes ces productions marquées du sceau de l’intelligence artificielle? Que doit-elle devenir pour être pertinente, une signature qui compte dans des domaines qui conjuguent sa raison d’être et les exigences du temps?

 Comment transformer ses acquis, ses réseaux, ses ressources, ses richesses qui sont grandes en puissance? Pour qu’elle marque de ses valeurs et interventions les collectifs et les personnes qui la composent; pour qu’elle puisse évoquer sa contribution dans la production de la richesse qui doit être, en parallèle avec la protection des droits, de la langue française et des cultures qu’elles fédèrent, son objectif affirmé.

Je vous partage ma réponse à ces questions difficiles comme une réflexion à parfaire, une proposition de départ pour enrichir les délibérations existantes en préparation des deux Sommets des Chefs d’État et de gouvernement qui se réuniront sans les deux prochaines années, au Cambodge et au Canada.

 Cette réponse prend en compte le fait que la Francophonie, la langue française et les cultures qu’elle fédèrent sont aujourd’hui, au double plan linguistique et culturel, dans un environnement compétitif jamais expérimenté depuis sa création, un environnement compétitif maximal sur son territoire physique et dans l’univers numérique. Elle prend aussi en compte la transformation démographique qui la change à tout jamais, baisse dans ses pays du Nord et forte croissance dans ses pays du Sud. Cette transformation impacte et impactera l’éducation, l’emploi, la consommation des biens et services, la croissance économique. Enfin, ma réponse prend en compte les mutations économiques en cours dans le monde et en Afrique que nous avons évoquées et les technologies qui les portent.

Ne nous trompons pas : l’absence ou l’insuffisance de la Francophonie seront vite comblées par d’autres regroupement dans d’autres perspectives que les nôtres. Notre organisation appartient à la famille des regroupements intergouvernementaux qui n’ont pas la côte aujourd’hui. Des pays membres l’ont quittée, d’autres ont commencé à pratiquer le multi-alignement, certains ont récemment réduit substantiellement leur contribution financière, d’autres enfin ont laissé vide la chaise du Ministre de la Francophonie. Comme tant d’autres organisations, elle doit repenser sa gouvernance, ses modes de financement, son offre de partenariat, sa communication, bref conforter à nouveau La marque Francophonie comme une communauté de performance, de croissance et d’affirmation. Vient à l’esprit le mot de Gaston Miron, un immense poète Québécois : « Nous sommes arrivés à ce qui commence. »

 Dans ce monde de haute compétition et de ressources limités, je plaide pour le regroupement de l’ensemble des ressources disponibles au service de quatre grands domaines exclusifs d’intervention : l’économie, l’éducation; la culture et la communication et la gouvernance.

L’ÉCONOMIE

Depuis 35 ans, depuis le Sommet de Hanoï en 1998, l’économie est inscrite dans les intentions et les programmations de la Francophonie. Je salue les travaux conduits par l’Institut de la Francophonie du développement durable, l’Observatoire de la Francophonie économique, la direction de la francophonie économique de l’OIF et la Stratégie mise en œuvre depuis 2020, les programmes du domaine de l’AUF et de l’AIMF.  Mais, à la vérité, pour importants qu’ils soient, ces travaux éclatés ne constituent pas une contribution suffisante de la Francophonie compte-tenu des enjeux et défis que posent les mutations du domaine qu’il s’agisse de la recherche, de l’innovation, du commerce des biens et des services, de l’investissement, du soutien à l’industrialisation et à l’emploi.

Ces deux dernières décennies, on a beaucoup évoqué la Francophonie économique sans jamais en proposer une structuration convaincante. J’estime qu’en 2026, la Francophonie doit se doter d’une telle structuration.

Je crois le moment propice à ce développement. J’observe une mutation majeure des conditions de l’activité et de la croissance économique sur le continent africain dont nous reparlerons, si vous le souhaitez. J’observe un regain d’intérêt et d’énergie du monde patronal francophone en Europe, en Amérique et en Afrique et un désir affirmé de développer l’activité économique au sein de l’espace francophone.

 Des groupes se sont constitués : le Forum francophone des affaires, l’Alliance des patronats francophones, les Rendez-vous d’affaires de la Francophonie, etc. Ces groupes représentent les intérêts légitimes du secteur privé de l’économie. Je me réjouis de leur existence et de leurs travaux. Ils répondent de toute évidence à un besoin certain. Nous devons arrêter avec eux la nature de leur contribution éventuelle, y compris financière, à la Francophonie dont ils bénéficient du capital politique cumulé, de la marque et de ses événements y compris le Sommet des chefs d’État et de Gouvernement. 

Pour importante qu’elle soit, la poursuite légitime de ses intérêts par le secteur privé de l’économie n’équivaut pas à une politique de développement économique. Pour une action décisive et durable, voire pour la réussite des projets francophones du secteur privé , il est indispensable que les États et gouvernements membres de l’OIF se mobilisent, mettent leurs pouvoirs notamment légaux et règlementaires, leurs connaissances, leurs réseaux et ressources au service de la croissance économique et de la production de la richesse dans les états membres de l’OIF. 

En 2026, la Francophonie ne peut se tenir à distance des besoins économiques et financiers pressants des deux tiers de ses États et gouvernements sans apparaître, à terme, comme un corps étranger à elle-même, sans apparaître et être perçue notamment par la génération africaine 2.0, 60% de la population du Sud francophone, comme insensible, lointaine, périmée. Sa contribution au développement économique et à la production de la richesse doit être substantielle, ciblée, visible et durable.

Elle doit notamment pouvoir, à termes, mettre sa signature, à côté de plusieurs autres, sur la création d’emplois qu’appelle l’arrivée, chaque année d’ici 2050, en Afrique de 13,5 millions de nouveaux travailleurs. Pour illustrer l’ampleur du besoin, je rappelle que l’arrivée de nouveaux travailleurs dans l’Union européenne totalise 4 millions de nouveaux travailleurs. Cette problématique n’est pas marginale. Elle pourrait concerner directement, dans un avenir proche, une quasi-majorité des citoyens des pays africains dits francophones.

 

             UN INSTITUT FRANCOPHONE DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

 

Je propose que l’OIF se dote d’un organe subsidiaire, un Institut francophone du développement économique disposant, au sein de l’Organisation, d’un conseil autonome où se retrouveraient les responsables du secteur public et des représentants des secteurs privés de l’économie, de l’OIF et de l’AUF ainsi que de la société civile avec mandat de doter notre communauté des politiques susceptibles de contribuer au développement de l’activité économique entre les pays et les gouvernements de l’OIF, susceptible de contribuer à la création de richesse.

Parmi les tâches prioritaires de l’Institut francophone du développement économique, je retiens les trois éléments suivants :

  1. L’agglomération des ressources institutionnelles existantes. Je pense notamment à l’Observatoire de la Francophonie économique dont la production de données constitue un capital indispensable, à l’Institut du développement durable, tant, pour citer Pierre Blanc « tout acteur qui veut avoir quelque influence mondiale doit être comptable du devenir du climat. » Je n’oublie pas d’importantes composantes de l’AUF et les programmes économiques de l’OIF et de l’AIMF.
  2. La production des instruments juridiques de facilitation du commerce entre les pays francophones. On doit sortir du cas par cas qui est plus que daté. En 2024, 62% de l’exportation du Canada en direction de l’Union européenne a bénéficié des facilités offertes par le CETA, l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada. Il ne s’agit pas de copier cet accord mais bien de rechercher et de proposer les termes juridiques et règlementaires susceptibles de faciliter et d’accroitre les rapports économiques et commerciaux entre les pays et gouvernements membres de l’OIF.
  3. L’abolition des tarifs douaniers visant les exportations des pays francophones du Sud vers les pays francophones du Nord. L’objectif étant de créer les conditions maximales de fluidités Sud-Nord, Nord-Sud. La Chine les a abolies dans leur totalité. Cette abolition doit aussi couvrir les barrières non tarifaires existantes.

4.- Parmi les tâches du nouvel Institut, j’inscris l’identification des domaines où les entreprises des pays et gouvernements membres de l’OIF, du Nord et du Sud pourraient créer ensemble des coentreprises. L’objectif étant l’élaboration de prendre une place qui nous échappe présentement dans le chantier du siècle qui se déploie présentement sur le continent africain. L’objectif étant d’inclure nos institutions financières, caisse de dépôt, fonds souverains, coopératives d’épargne et de crédit, sociétés d’assurance etc dans ces montages financiers francophones permettant de répondre aux appels d’offre des institutions internationales, continentales ou régionales dans des domaines indispensables à l’activité économique tels l’énergie, l’agriculture, le développement durable, les infrastructures numériques pour l’éducation, la formation professionnelle, la santé, le commerce, la co-production dans différents domaines de la culture et du numérique, la cueillette, la conservation et l’utilisation des données qui constituent la richesse première des temps à venir, etc. Cette perspective répond à de multiples nécessités : dans la forte compétition économique actuelle sur le continent africain, montrer que la Francophonie dispose de ressources, de compétence, d’intérêt pour cet aspect premier du développement des états et sociétés de sa partie Sud ou se retrouve la majorité des locuteurs de la langue française, aussi affirmer la place de notre langue commune dans ce domaine majeur qui lie finance, recherche, technologie, ingénierie, innovation.  

Je vous laisse imaginer l’impact de l’intervention d’une coalition de sociétés de pays et gouvernements membres de l’OIF dans la mission 300 millions qui, à l’initiative de la Banque Africaine de développement et la Banque mondiale vise à apporter l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030. 

 À titre d’exemples, on peut imaginer des coalitions circonstancielles entre des sociétés du Maroc, du Cameroun et du Vietnam; de la France, de Maurice et la Côte d’Ivoire; de la Région Wallonie Bruxelles, du Québec et du Sénégal; de la République démocratique du Congo, de la Suisse et le Bénin etc.

5.- Enfin, l’Institut francophone du développement économique serait chargé d’organiser une Conférence biennale des Ministres de l’économies des pays et gouvernements membres de l’OIF. Cette conférence serait chargée d’évaluer l’état d’avancement des politiques de développement économique mise en place par l’institut et d’en recommander les ajustements et développements, aussi de s’assurer que les 80 états et gouvernements de l’OIF ne sont pas condamnés au rôle de sous-traitant dans la conservation et l’utilisation des  normes produites sur leur territoire,  condamnés a l’application de standards y compris pour l’IA arrêtés sans leur contribution et leur aval, à l’effacement programmé de la propriété intellectuelle qui appartient aux créateurs francophones tout domaine confondu. Tels sont aussi les contenus de la souveraineté.

ÉDUCATION

Je salue les acquis, les travaux conduits par l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation de Dakar (FEF) dont la réputation est solide et ceux conduits par la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie. Je salue aussi la contribution de l’Agence universitaire de la Francophonie, cet indispensable instrument pour affirmer et conforter la place des Francophones et de la Francophonie dans la recherche, la formation supérieures, la maitrise des technologies avancées et des applications qui en découlent. Les travaux de ces institutions doivent être maintenus et le domaine porté à un autre niveau.

Il ne suffit pas d’affirmer et de réaffirmer que la majorité des locuteurs de la langues française est africaine et d’applaudir béatement des statistiques. Dans la réingénierie de la Francophonie, l’éducation doit se situer au tout premier rang. La Francophonie doit porter l’ambition d’être le premier partenaire des systèmes éducatifs nationaux des pays du Sud de l’OIF. Dans le prochain quart de siècle, ce sont 25 millions de naissances qui sont prévues annuellement jusqu’en 2050 en Afrique dite francophone. En conséquence, des vagues continues de jeunes africains devront être accueillies à tous les niveaux des systèmes scolaires. Le défi est colossal. 

Affirmée avec clarté, cette ambition d’être le premier partenaire des systèmes éducatifs nationaux des pays du Sud de la Francophonie répond à d’évidentes nécessités; 1) le besoin absolu qui est aussi un droit pour chaque enfant d’avoir accès à des services scolaires de qualité pour son propre développement et sa participation éventuelle à la vie sociale, culturelle et économique de sa société; 2) dans un grand nombre de pays africains dits francophones, l’apprentissage de la langue française se fait quasi exclusivement à l’école. Enfin, si la Francophonie ne se mobilise pas, d’autres occuperont l’espace ainsi dégagé, la Turquie, les Émirats, l’Inde, la Chine, la Russie et quelques autres.

Je plaide pour une mobilisation sans précédent de notre communauté pour une contribution majeure et durable à l’offre éducative en Afrique francophone. Cette offre doit se distinguer par sa dimension, sa qualité et sa permanence. L’école, au Suc comme au Nord, est le lieu où se construit les matériaux essentiels du lien linguistique qui fonde notre communauté, assure sa vitalité et sa permanence aussi loin que l’on puisse voir dans l’avenir.

Pour le financement de cette mobilisation sans précédent, outre les ressources institutionnelles disponibles, je préconise la création d’une Fondation internationale avec un Conseil d’administration puissant capable de conduire de vastes opérations de levée de fonds dans le monde.  En clair, les défis éducatifs des pays francophonies du Sud sont aussi ceux des pays du Nord. Ils sont ceux de la Francophonie ou nous ne sommes pas les partenaires que nous prétendons être.

CULTURE ET COMMUNICATION

Le domaine de la culture et des communications (comprenant la langue) est au cœur de l’ADN de la Francophonie. Il est au fondement de notre rassemblement et constitue aussi un secteur vibrant de l’économie, de la recherche, de la création d’entreprises et de la création d’emplois. À titre d’exemples, il contribue pour 65 milliards de dollars dans l’économie canadienne, pour 150 milliards de dollars dans celle de la France. Des données disponibles pour plusieurs pays africains convergent. La part de la culture y est en croissance rapide, On pense au Maroc, au Bénin, à la Cote d’Ivoire, au Sénégal, au Rwanda, au Gabon, à la République démocratique du Congo et à plusieurs autres pays africains membres de l’OIF.

En Afrique comme en Europe et en Amérique, ce domaine premier est mis à mal. Il est, de fait, l’un des domaines les plus durement secoué par les mutations en cours du monde. L’offensive est conduite par les grands groupes hégémoniques américains que sont les GAFAM+. Ils envahissent le marché mondial, accaparent les ressources intellectuelles, culturels est économiques du domaine, captent de vastes clientèles dont notamment celles des plus jeunes générations. Déjà une partie significative des jeunesses francophones trouvent leur nourriture culturelle (et linguistique) hors de notre communauté.

Une contre-offensive de grande envergure s’impose, urgemment et durablement. Une contre-offensive que chaque état et gouvernement de l’OIF ne peut lancer, soutenir et gagner seul. Il importe de mettre un frein à l’effacement programmé de notre production culturelle. Où la Francophonie et ses 80 pays membres ont un poids dans les affaires du monde et des valeurs et produits culturels à partager et entend le faire avec méthode, constance et fierté, où elle est condamnée à l’indignation verbale qui est une autre manière de dissimuler défaite et effacement.

Je partage avec vous deux éléments de cette contre-offensive qui, à mon appréciation, sont indispensables et inséparables. 

  1. Après des années de coopération dans le domaine de la culture qui a permis l’émergence d’un grand nombre d’activités majeures du domaine dans l’espace francophone y compris numérique, la Francophonie doit agréger progressivement les activités culturelles développées dans ses États et gouvernements membres, activités qu’elle reconnait et doit désormais les inclue dans un ensemble qui structure l’ espace culturel commun aux pays de l’OIF, un espace culturel commun qui soit aussi  un marché international des cultures francophones du monde (MICF). Cette indispensable relance constituerait un acte de refondation de l’alliance culturelle francophone, un fort geste d’affirmation et de renouvellement des liens culturels acquis et la mise en place d’un espace pour la circulation des œuvres et des artistes, la mise en place d’un marché de plusieurs centaines de millions d’usagers, un marché d’expertises, marché qui est aujourd’hui éclaté et, pour l’essentiel, inopérant. Enfin, cette consolidation concrétiserait cette fameuse exception des expressions culturelles dont la Francophone revendique la paternité.

Le deuxième élément de la contre-offensive culturelle s’impose lui aussi, urgemment et durablement. Pour les Francophones et les Francophiles, où qu’ils soient dans le monde. Il s’agit de l’accessibilité aux produits culturels, éducatifs et de loisirs, scientifiques et technologiques produits en langue française et dans les langues nationales africaines.

Des travaux d’importance conduits en Europe, au Canada et au Québec, une Conférence des ministres de la culture de la Francophonie réunie à Québec en 2025, d’importantes délibérations conduites à l’UNESCO et une loi adoptée par l’Assemblé nationale du Québec font de la découvrabilité des contenus francophones sur les grandes plateformes numériques, telles que Netflix et Spotify, la solution au problème d’accès évoqué précédemment.

Je respecte cette voie mais je ne la partage pas. Je me réjouirai le jour où elle sera négociée avec succès avec les propriétaires de ces plateformes. Je constate qu’à ce jour, toutes les négociations souhaitées ont reçu une fin de non-recevoir couplée de réactions de grande hostilité et de menaces politiques et économiques. Enfin, comme vous le savez, les géants technologiques américains ont trouvé en l’actuel président des États-Unis l’un de leurs plus ardents défenseurs face aux réglementations étrangères.

La Francophonie a déjà connu une situation voisine moins l’hostilité actuelle. Fin des années 80, un constat s’impose à tous. Le ciel parle alors exclusivement la langue de Shakespeare (CNN et BBC) et des rumeurs persistantes circulent voulant que les Japonais, les Hispanophones, les Chinois allaient se doter de réseaux internationaux de télévision. Alors la Francophonie n’a pas hésité. Elle a créé TV5 Monde, un acte fort d’affirmation. Dans cet esprit, j’estime que la Francophonie doit développer une plateforme numérique internationale francophone où serait rendu disponible l’ensemble des productions culturelles des pays membres de l’OIF. À défaut d’une telle entreprise, les créateurs et les entrepreneurs francophones de la culture sont condamnés à une dépendance, une fragilité et une invisibilité dans les lieux sources, ressources et réserves pour la création, la production et de la diffusion internationale des contenus au XXIe siècle. La Francophonie ne doit pas se priver les cultures qu’elle fédère d’un tel support.

Cette plateforme existe déjà à TV5 Monde et elle connaît un vrai succès, près de 400 millions d’utilisateurs annuellement.  Il faut certes la transformer, y agglomérer les œuvres disponibles dans l’ensemble des pays membres de l’OIF et la doter d’un statut et d’une gouvernance propre dont la nature multilatérale soit indiscutable. Il s’agit d’assurer la présence, dans l’espace numérique mondial, des cultures que la Francophonie a pour mission de fédérer et de faire rayonner.

 La plateforme serait, pour les temps à venir, la référence, le grenier, la vitrine, l’offre des produits des cultures des pays et gouvernements de l’OIF aux centaines de millions de leurs citoyens, l’offre des produits des cultures des pays et gouvernements de l’OIF au monde. L’ambition est considérable, le projet exaltant, Chaque pays membres de l’OIF devant proposer à la plateforme commune l’ensemble des œuvres qui, à son évaluation, doit être ainsi offert aux francophones, francophiles et autres habitants de la planète. Bienvenue au XXIe siècle.  

Ce projet est d’une telle importance qu’il doit être planifié et mis en œuvre par un conseil de gestion propre et doté d’un budget spécifique en provenance des pays et gouvernements membres de l’OIF enrichi des contributions des Fondations nationales et internationales dédiées à la culture.  Autrement, nous nous mettons en situation de dépendance des GAFAM+ pour une durée indéterminée y compris pour la sélection, la collecte, la garde et l’utilisation des productions intellectuelles, scientifiques et culturelles des pays de l’OIF. La Francophonie doit aussi de doter d’un plan pour que ses états et gouvernements membres ne perdent pas le contrôle sur les données produites sur leur territoire qui constituent la matière première dans la construction des algorithmes et des travaux des intelligences artificielles.  

LA GOUVERNANCE

Les acquis de la Francophonie en matière de gouvernance sont d’une grande importance. Aucune société humaine ne peut vivre et survivre sans un code de gouvernance qui, dans le cas des pays et gouvernements de l’OIF, assure la protection des droits fondamentaux des citoyens, l’indépendance du judiciaire et un état de droit issu de la volonté des citoyens. Pour l’heure, les Déclarations de Bamako et de Saint-Boniface constituent les références communes des pays et gouvernements de l’OIF.

 Je propose que ces Déclarations et leur mise en œuvre, un quart de siècle après leur adoption, fassent l’objet d’une révision par un groupe de travail comprenant des représentants des gouvernements, des corps constitués du domaine et de la société civile suivi d’une conférence ministérielle des ministres de la Justice dédiée exclusivement. Tout ce travail devant produire des recommandations à un éventuel sommet des chefs d’État et de gouvernement. Et pourquoi pas celui prévu au Canada en 2028.

Dans ce temps de haute compétition et de ressources limitées, je plaide pour le regroupement de l’ensemble des ressources disponibles au service des quatre grands domaines identifiés précédemment. Prenant appui notamment sur les technologies d’animation, de communication et de formation, la Francophonie doit offrir à ses États et Gouvernements des plateformes de services conjuguant les analyses, les expertises et les aspirations de partenaires à égalité. Cette offre doit, dans tous les cas, apporter une plus-value vérifiable, pour les jeunes, ceux et celles qui ont la charge de leur formation;  pour les artistes, techniciens et entrepreneurs qui rendent leurs travaux possibles et disponibles; pour les opérateurs  du secteur de l’économie et du commerce qui contribuent à la production de la richesse; pour les responsables de la gouvernance commune, nos gouvernants  en appui à leurs besoins comme législateurs responsables d’un vivre ensemble apaisé et juste.

Pour la mise en œuvre de ce plan de développement, la contribution de la société civile est indispensable. Ses représentants doivent être partie prenante aux consultations et délibérations requises.

Appelons ce temps le cycle de l’affirmation et des réussites.

Je vous remercie de votre attention.