| Auteur | Vincent Dujardin |
| Editeur | Mame |
| Date | 2026 |
| Pages | 877 |
| Sujets | Baudouin I (1930-1993 ; roi des Belges) Biographie |
| Cote |
Professeur à l’Université catholique de Louvain, Vincent Dujardin avait déjà publié quelques articles sur le Congo (belge) et le roi Baudoin (1930-1993). La bande annonce de l’ouvrage ajoute : « Révélations des archives inédites », l’auteur ayant eu accès grâce à ses relations, aux « Carnets personnels » du roi Baudoin, mais aussi à ses « Carnets spirituels », ce qui est inhabituel, outre des textes de souvenirs de la reine Fabiola, sans oublier les Archives du Palais Royal de Bruxelles, les Archives générales du Royaume, divers mémoires et souvenirs ainsi qu’articles de revues et journaux de près d’un demi-siècle (cf. notes infrapaginales !).
Le roi Baudouin était autodidacte, ayant eu une enfance gravement perturbée. Avant cinq ans, il perdit sa mère, la célèbre reine Astrid, en août 1935, dans un accident de voiture conduite par son père, le roi Léopold II. Le 10 mai 1940, la brusque attaque allemande oblige les enfants royaux à être envoyés en exode vers la France et le Lot, tandis que le roi capitule sur place. Le 4 septembre 1944, Bruxelles est libéré, mais le roi est alors retenu avec sa famille en Autriche. C’est la Régence, tandis que Baudouin est en Suisse dans un collège. En mars 1950, une consultation populaire décide du sort de la Régence. Ce n’est qu’en juillet 1951 que Léopold II cède le trône à son fils.
Les années 1950 – 1960 furent difficiles en raison des susceptibilités entre les membres de la famille royale (qui vivent ensemble au palais de Laeken). Baudouin a du mal à surmonter l’effacement de son père. Outre des problèmes semblables à ceux de notre pays, comme celui de l’école libre, certains sont spécifiques à la Belgique comme la question linguistique !
L’année 1960 constitue un véritable tournant dans la vie personnelle de Baudouin et dans celle de son pays. Il se préoccupe - on le comprend - de la question de son mariage. Vivant renfermé et craignant les indiscrétions de la presse, il prend contact - via Monseigneur Suenens - avec une Irlandaise qualifiée, membre de la « Légion de Marie », qu’il envoie enquêter en Espagne, pays qui l’attire (de même que Sainte Thérèse d’Avila), sur l’apostolat en milieu aristocratique. C’est par cette voie - pour le moins originale - que Baudouin finira par rencontrer la femme de sa vie, Fabiola de Mora y Aragón !
En juillet 1960, les préoccupations du roi sont partagées entre les démarches de son mariage et le Congo belge dont l’Indépendance a été proclamée le 8 juillet 1960, tandis que le mariage religieux avec Fabiola sera célébré le 15 décembre 1960. À la suite d’une succession de problèmes, le couple comprendra qu’ils n’auront pas l’enfant qu’ils désirent !
En dépit des problèmes du Sud-Est asiatique et de la conférence de Bandoeng en 1955, la Belgique avait négligé au Congo l’enseignement secondaire et plus encore universitaire ! En 1955, paraît un plan de trente ans vers l’autonomie mais l’environnement international bouscule les esprits « entre atermoiements funestes et précipitations incontrôlées ». En décembre 1959, le roi décide abruptement de se rendre au Congo.
En 1957, Patrice Lumumba (commis aux chèques postaux) avait été condamné une première fois pour détournements, à nouveau lors des émeutes d’octobre 1959. Aux élections de mai 1960, Leader du MNC (Mouvement National Congolais), il devient Premier Ministre et Kasa -Vubu de l’Aboko, président. En juillet 1960, des émeutes éclatent, des Blancs sont battus à mort, des oreilles coupées, des femmes violées y compris des religieuses. L’insuffisance de l’africanisation des cadres de l’armée passe très mal. Le jeune roi s’illusionne sur le Congo : « Ce magnifique pays a été créé par le génie de Léopold II et le dévouement, les sacrifices de milliers de Belges ». La Belgique envoie des troupes pour récupérer les siens tandis que Moïse Tshombé fait sécession et déclare l’indépendance katangaise, suivie du Kassai, les deux provinces les mieux pourvues en minerais.
À l’ONU, en juillet, Lumumba annonce qu’il n’hésitera pas à faire appel à l’URSS. Le Secrétaire Général le qualifie de « petit dictateur … fou ». En septembre 1960, Joseph D. Mobutu, commandant de l’armée, le destitue et le transfère au Katanga où il sera assassiné, le 17 janvier 1961. Il est vrai que Baudouin ne l’appréciait pas mais, de là, à l’accuser de meurtre ! Le 24 novembre 1965, Mobutu prend le pouvoir.
En juin-juillet 1970, le roi effectue son quatrième voyage au Congo puis au Rwanda et Burundi pour marquer la réconciliation avec ces pays. Pour la première fois, Baudouin émet quelques réserves quant au système colonial ; une nouvelle mission historique incombe à l’Europe.
En 1978, des rebelles venus d’Angola pour renverser Mobutu sont arrêtés à Kolwezi par des « paras français et belges ». Le roi soutient le président rwandais J. Habjarimana, un Hutu face aux rebelles Tutsis de Kagame. Mais, le 6 avril 1994, l’avion qui transporte les présidents rwandais et burundais, est abattu au-dessus de Kigali. Dans un climat anti belge, la radio des « Mille collines » appelait à les tuer. Le 17 juillet, Kagame devient vice-président ; le 20 août, les troupes françaises quittent le pays. A cette date, près d’un million de personnes ont été massacrées.
En 1960, la Belgique subissait une crise financière. Les grèves se multipliaient au point que Beaudoin dut interrompre son voyage de noces pour rejoindre Bruxelles. Il découvre dans l’Europe une solution aux problèmes communautaires entre les trois régions (Flamande, Wallonne et Bruxelloise) et trois communautés (y compris allemande) dont il faut fixer les frontières (régions des Fourons et de Bruxelles).
Les « carnets spirituels » du roi sont aussi détaillés que ses « carnets personnels ». Chrétien traditionnel convaincu, Baudouin souhaitait surtout ne pas mal faire. Il fut ainsi tourmenté au moment où se préparait la loi sur l’avortement, comme dans les pays voisins. Il ne voulait pas signer cette loi prônant la dépénalisation. Finalement le 4 avril 1990, il fit valoir « la constatation de l’impossibilité temporaire de 36 heures » pour ne pas voter cette loi !
Au début de son règne, Baudouin restait attaché, comme son père, à une politique de neutralité contrairement aux premières tentatives d’accords européens (CECA, CED). Les Belges s’inquiétèrent de l’envolée gaullienne sur le « Québec libre ». Baudouin évolue progressivement vers l’Europe, se réjouissant en 1972 de l’entrée du Royaume Uni, de l’Irlande, du Danemark et … de la Norvège ! Il joue un rôle discret auprès du jeune roi d’Espagne, Juan Carlos, pour l’intégration de l’Espagne puis du Portugal, après 1974. Il plaida en faveur d’une Europe « moins mercantile et plus sociale ». Pour lui, ses vraies valeurs sont issues de la Grèce, de Rome, et du Christianisme. En vue de la détente, il multiplia les relations avec les pays de l’Est, y compris Moscou, en 1975, et en 1981, la Chine où avec Fabiola, il fut accueilli par Deng Xiaoping. Avec ses multiples déplacements, Baudouin nous fait revivre les événements de la fin du XXe siècle : la chute de l’URSS mais aussi les massacres de la place Tien Anmen.
En septembre 1990, il se rend à New York pour un congrès de l’UNICEF, sur la protection de l’enfance. Devant 71 chefs d’État, il prend la parole en tant que leur doyen, insistant sur « Le rôle essentiel de la famille dans une politique de l’enfance, et mettant particulièrement l’accent sur les enfants privés de famille ». Le Continent Africain suscite toujours l’intérêt de Baudouin qui s’y rend pour visiter Hassan II, Hailé Sélassié, Nelson Mandela. En 1992, écrivant au roi de Jordanie, il fait allusion à son cancer de la prostate … : « La maladie m’a appris à m’abandonner à la Providence et à l’amour de Dieu … »
L’archevêque de Cracovie l’évoque comme un « homme d’une haute perfection morale, une sainteté …». Faisant toujours preuve d’humilité, il connaissait bien le monde « ce qui lui permettait d’avoir beaucoup d’influence dans les coulisses ». Le 31 juillet 1993, le roi Baudouin décède dans sa propriété espagnole de Motril en Andalousie. Un demi-million de Belges s’assemblent en une foule recueillie, devant le palais Royal, pour ses obsèques, avec 45 chefs d’État et de Gouvernement.
Cet ouvrage copieux se termine par des annexes, les sources et la bibliographie, un index et la table des matières. Elle souligne que l’auteur n’a pas toujours suivi l’ordre chronologique, mais il a développé des thèmes comme Fabiola, l’Afrique, les politiques intérieures et étrangères, sa vie personnelle angoissée mais résolue. L’ensemble est détaillé. L’ouvrage fera date au sein du peuple belge ; certaines révélations pourront surprendre le public étranger. C’est un travail minutieux, une somme qui reflète toute une vie dans une fonction grave au service du peuple Belge, dans le respect de l’humain, avec le souci de la vérité, et sous le sceau jamais démenti de la bonté et du service d’autrui.