Deux anthropologues ont fait appel à des auteurs de disciplines différentes pour réaliser ce livre dont des historiens et des littéraires dans le but d’approcher au mieux les enjeux liés à la construction et à l’usage des catégories traditionnelles et religieuses propres au Burkina Faso actuel. La religion est explorée à travers des dynamiques sociales faisant suite à de minutieux travaux de terrain. Cela correspond à une approche bien différente de celle de l’anthropologie traditionnelle figée dans sa définition, sans recours à l’approche historique du passé. Ainsi la religion s’inscrit dans un système de pensée cohérent, le terme de tradition s’éclairant par l’étude du passé. Cette démarche éclaire également les revendications souverainistes de l’Afrique actuelle, bien que cela ne soit pas simple, avec, notamment, la question de la remise en cause de la notion d’identité.
Aussi ce livre exprime la vie nouvelle de la société contemporaine, tenant compte de l’histoire des différentes populations qui composent le pays, resituant les notions de tradition et de religion. Rien n’est figé, le terme de tradition ne désignant pas de situations immuables. L’acceptation de la réalité se fait dans la dynamique, pouvant aboutir à l’appropriation d’une tradition recréée.
Le livre est formé de trois parties : la première traite des réappropriations politiques, religieuses et sociales des traditions à travers la pluralité burkinabaise, la seconde, explicite comment l’on a recours à la tradition pour redéfinir identité, genre et nom. La troisième développe comment et à travers quels modes d’expression la création artistique s’appuie sur les données de la tradition, et selon quels choix.
Chaque texte est suivi d’une riche bibliographie, le livre s’achevant par une présentation détaillée des auteurs. Ses concepteurs s’adressent à des lecteurs très variés grâce à la diversité des articles : ONG, associations, chercheurs, étudiants, mais également aux décideurs qui travaillent sur l’avenir du pays. Les royautés Moose, la famille Moaaga sont plus précisément mises en lumière ainsi que des mécanismes culturels tels le lévirat, l’onomastique, et les noms attribués aux réalités sociales et religieuses.
C’est dans la troisième partie que se révèle un univers artistique dynamique avec la création de contes, de nouvelles scénographies autour de l’ancêtre : lieu de présentation, création et recréation d’un passé, substrats indispensables pour penser le présent.
Un grand dynamisme s’exprime à travers ces pages, lien entre passé et présent, fruit d’un travail collectif de qualité.