| Auteur | Richard Banégas et Armando Cutolo |
| Editeur | Karthala |
| Date | 2025 |
| Pages | 344 |
| Sujets | Citoyenneté Côte d'Ivoire Histoire Cartes d'identité Côte d'Ivoire Histoire Identification biométrique Côte d'Ivoire Histoire Enquêtes de terrain (ethnologie) |
| Cote | 70 335 |
Le livre est structuré en sept longs chapitres et s’achève par une abondante bibliographie. Les auteurs y traitent de la reconnaissance de l’identité individuelle en Côte d’Ivoire à travers le prisme politique, ayant entraîné de graves troubles d’une rare violence pendant des années. Les principaux documents qui en font foi sont ceux de l’état civil. Mais qui sont ceux qui s’attribuent le droit d’intervenir dans le processus et d’attribuer ces documents.
Les auteurs nous font suivre l’histoire de la réalisation et de l’attribution de papiers, particulièrement lors de la première décennie du XXIe siècle, examinant leur vie sociale, plongeant dans le monde clandestin de leur falsification, faisant apparaître les pratiques cachées de l’identification qui peut aboutir à l’exclusion civique.
Identité et citoyenneté apparaissent très liées, révélant une revanche de l’état documentaire sur l’état biométrique, invitant à repenser les modèles sélectionnés par la Banque Mondiale ainsi que par les multinationales de la technologie. Et c’est le grand mérite de cet ouvrage que d’analyser avec méthode les raisons et les liens de l’appel à la biométrie, à l’autochtonie en lien avec les intérêts du pouvoir du moment, tout particulièrement en période électorale. On cherche alors à utiliser toutes les ficelles possibles pour que ceux qui doivent être citoyens le soient, même envers et contre tout. Alors se développent des combines, des ruses pour obtenir la précieuse carte, dont les méandres en apprennent long sur qui sont les demandeurs, les intermédiaires et également sur l’histoire des populations des différentes régions du pays.
Les papiers officiels constituent le centre de revendication des droits individuels et collectifs, matérialisation du statut accrédité par l’État. L’accréditation sociale procède du groupe dont l’individu se réclame, mettant en forme une bureaucratie des luttes collectives pour la reconnaissance, alors que l’État, dans son souci de réformes biométriques, tend à dématérialiser les identités. En Côte d’Ivoire, la carte d’identité recouvre la citoyenneté, le droit de vote, de la propriété foncière, ainsi qu’une série de connotations qui justifie de l’autochtonie du citoyen. Les papiers deviennent matière à politique, et pas seulement à l’échelon national.
L’histoire coloniale n’est pas loin derrière ces processus, car, également, ces dispositifs de reconnaissance s’établissent par référence aux espaces sociaux dans lesquels ils opèrent. Après la colonisation, les sociétés africaines ont utilisé l’état civil pour affirmer leurs propres objectifs, quitte à les plier aux besoins de la vie sociale locale, s’appropriant l’écriture bureaucratique, l’important étant la reconnaissance et le sens social, substance de la vie ordinaire.
La biométrie, avec sa tendance à désocialiser, à dépolitiser l’identité, accentue l’effet d’exclusion. En Côte d’Ivoire, s’est développée une grande résistance à la biométrie, la nationalité étant l’élément central régissant le corps social, nouant passé et présent, suivant le modèle traditionnel de la dette qui lie les membres de la communauté de façon intergénérationnelle, les aînés et les cadets.
Peut-être, les auteurs n’insistent-ils pas suffisamment sur les formes d‘équilibre mises au point au fil des générations passées, qui continuent de vivre dans les mentalités, d’être transmises aux nouvelles générations. La synthèse de ces acquis du passé et des nouveaux modèles, notamment autour de la biométrie, sont appelés à définir le futur.