Trajectoire d'une ville coloniale : le déclin de Ouidah dans le Dahomey ...

Recension rédigée par Josette Rivallain


L’auteur, béninois, spécialiste d’histoire contemporaine, décrit ici les aventures et mésaventures vécues par la ville de Ouidah depuis sa création, insistant particulièrement sur la période précédent 1960. Il a consulté de nombreux documents d’archives dont nombre sont bien peu connus, notamment ceux du Bénin, archives nationales du pays, celles de la ville de Ouidah, ainsi que celles d’Aix-en-Provence. Il a également interviewé bien des informateurs sur place, citant les noms des principaux, consulté une abondante bibliographie. L’ouvrage s’achève par trois annexes, la liste de la commission municipale de Ouidah, et est illustré de photographies. L’auteur souligne que l’histoire des populations côtières reste à faire, ce que l’on en connait étant très fragmentaire et peu chronologique. Grâce à la limpidité de l’écriture, le livre se lit agréablement.

L’histoire de la ville est présentée en trois parties, découpant sa vie en tranches chronologiques : la première est consacrée à la période des origines à 1914, la seconde va de 1914 à 1939, la dernière des années 1945 à 1960.

Sur la côte, au milieu du XVIè siècle, vivaient les Aïzo et les Xweda, proches du royaume de Saxé organisé en provinces. Au milieu du XVIIIe siècle, le gouverneur de celle de Tori-Bossito plaça le territoire côtier sous sa tutelle, l’accompagnant d’une organisation politique et administrative. Il installa sa résidence secondaire à Ouidah, proche ainsi des navires des compagnies étrangères qui y accostaient, favorisant vraisemblablement le commerce de traite. En effet, dès la fin du XVIIe siècle, la demande servile à destination des territoires américains conquis par les européens s’accrut. Au cour de la même période, les Hollandais chassèrent les Portugais des forts du Ghana. Ces derniers vinrent s’implanter dans le royaume d’Allada, construisant un fort à Ouidah. De nouveaux quartiers se formèrent autour des forts européens ainsi que des entrepôts d’esclaves.

En 1727, le royaume de Saxé fut conquis par le Danxomè attiré à son tour par les activités commerciales côtières, portant un coup aux activités du fort portugais, en un premier temps, mais ces activités reprirent jusqu’au début du XIXe siècle et l’abolition de l’esclavage en 1848. La crise économique de 1802 fut difficile pour Abomey, mais Francisco de Souza poussa à la traite clandestine et le roi Guézo relança l’économie avec les plantations de palmiers à huile. La population de la ville se répartit en différents quartiers, accueillant paysans et esclaves. Entre 1727 et 1743, le roi d‘Abomey envoya des colons pour la coloniser, l’enrichissant d’autres quartiers, plus tard, Francisco de Souza y attira des franco-brésiliens et des Nago. Au milieu du XVIIIe siècle, Ouidah était le principal port négrier de la côte. De 800 habitants, la ville passa à 27 800 en 1858.

La crise de 1871 entraîna des tensions internationales, la France multiplia les firmes dans la ville. Anglais, Allemands, Portugais tentèrent de les freiner au profit de Lagos. Les plantations de palmier à huile supplantèrent les esclaves. A la fin du siècle, les Français pénétrèrent au Danxomè. En 1892, Dodds prononça la déchéance du roi Béhanzin, des fonctionnaires gérèrent la ville, introduisant une nouvelle répartition des terres, l’élite traditionnelle perdant de son importance.

Contrôlant la répartition des sols, de la population, les Français développèrent une clientèle au service de son administration, favorisèrent le développement du commerce s’appuyant sur les maisons de commerces et incitant des Européens à s’y installer.

L’étape suivante voit Ouidah devenir ville coloniale, métropole du sud-ouest dahoméen, avec des quartiers administratifs installés au centre de l’agglomération. Toutefois, la population commença à décliner.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les mots d’ordre étaient d’occuper, de pacifier, d’organiser. En fait, la population migra en périphérie de la ville, alors que le système traditionnel disparaissait au profit du nouvel ordre colonial animé d’un souci d’urbanisation et de la création d’emplois salariés. La ville fut transformée au nom de l’hygiène et de l’assainissement, à coups de règlements, sans que les moyens suivent. La ville regroupa deux quartiers, un réservé aux Européens et assimilés, l’autre aux autres, de part et d’autre du quartier administratif.

De 1922 à 1930, la situation économique se dégrada, entraînant le départ de commerçants, la chute des investissements publics, on ne fabriquait plus d’huile de palme. Les commerçants locaux retournèrent à l’agriculture. La crise de 1930 déclencha un plan de soutien, développant une action sociale et médicale, sans investissement à la clé.

L’administration s’est centrée sur la codification du statut des personnes autochtones en fonction de leur degré d’intégration, sur la formation d’auxiliaires indigènes afin de diffuser de nouveaux modes de culture autour de l’obéissance. Tout cela concourut à déstabiliser Ouidah.

De 1945 à 1960, les colonisés furent soumis à une nouvelle politique de mise en valeur de leur territoire, les laissant de côté dans la conception de la gestion de leur pays. La nouvelle Union Africaine leur reconnut des droits sociaux et les soumit à l’intervention directe de la métropole dans les équipements, accordant des privilèges à certaines villes dans le but de répondre à l’éveil des Africains, aboutissant à créer des antagonismes entre villes retenues et les autres.  Des plans de mécanisation de l’agriculture furent mis au point.

Le développement du catholicisme fut favorisé et ses implantations multipliées à la périphérie de la ville, et fut créé un séminaire. Cela provoqua des antagonismes entre les différentes religions, notamment avec le vodun ; en contrepartie, cela provoqua regroupement et solidarité. Une certaine forme de dynamisme politique apparut avec l’instauration d’une certaine décentralisation : le droit de vote fut accordé aux sujets français avec possibilité d’élire le maire. Là également, les investissements ne suivirent pas. Le centre de la ville de Ouidah se dépeupla au profit des zones périphériques qui accueillaient également des migrants arrivant du nord.

 Après la conquête, Ouidah a vu s’édifier de nouvelles structures mais n’est pas devenue capitale politique ni siège de l’archevêché. L’École supérieure ne s’y est pas non plus implantée. Pour conclure, l’auteur émet l’avis que la vie à Ouidah est le reflet de la vie coloniale de la France.

Ce livre richement documenté dispose d’un plan structuré et s’il présente des maladresses, ce doit être le reflet de la jeunesse de son auteur. Par contre, le manque de netteté de la reproduction de l’iconographie ne peut lui être imputé.