Histoire des qanâts dans le monde iranien, 1) De la géographie aux hommes et 2) Des origines à la veille...

Auteur Reza Farnoud
Editeur l’Harmattan
Date 2024, 2026
Pages 201, 248
Sujets Qanat
Iran

Histoire

Approvisionnement en eau

Technique

Iran

Agriculture

Irrigation

Iran
Cote 70.482 et 70.488
Recension rédigée par Jean-Claude Voisin


Cette publication en deux volumes constitue aujourd’hui l’une des synthèses les plus complètes consacrées aux qanâts, ces remarquables ouvrages hydrauliques souterrains qui ont permis aux sociétés du Moyen-Orient ancien de maîtriser l’eau dans des régions parmi les plus arides du monde. On peut simplement regretter que l’éditeur n’ait pas clairement identifié les ouvrages comme Tome I et Tome II. Jusqu’à présent, la référence majeure sur le sujet restait le travail d’Henri Goblot, ingénieur et spécialiste des techniques du Moyen-Orient, publié en 1979. Depuis lors, les recherches se sont multipliées et les qanâts sont devenus un sujet incontournable dans les colloques internationaux consacrés à l’eau. Cette nouvelle synthèse vient donc combler un vide important. L’importance de cette publication est soulignée par les personnalités qui en ont rédigé les préfaces et postfaces.

Le premier volume (2024) est introduit par le géographe Marcel Bazin, spécialiste reconnu de l’Iran et des communautés rurales iraniennes. Le second volume (2026) bénéficie d’une préface de Pierre Berthelot, géopolitologue et membre de l’Académie de l’Eau, ainsi que d’une postface d’Ali Semsar Yazdi, fondateur du Centre international des qanâts et des ouvrages hydrauliques historiques de Yazd, l’une des plus hautes autorités mondiales sur le sujet. Auteur franco-iranien et ingénieur de recherche formé aux États-Unis, Reza Farnoud ne se contente pas de rassembler les connaissances existantes. Il adopte une démarche critique et s’attache à éclaircir de nombreuses questions encore débattues : l’origine des qanâts, l’évolution du vocabulaire utilisé selon les régions, ou encore la définition précise de ces aménagements exceptionnels. Les qanâts sont des galeries souterraines, parfois creusées à plusieurs centaines de mètres de profondeur, qui captent l’eau des nappes aquifères situées au pied des massifs montagneux. Reliées à la surface par une succession de puits verticaux, elles permettent d’acheminer l’eau sur de longues distances jusqu’aux oasis, aux villages et aux terres cultivées. Le premier volume, d’environ 210 pages, est consacré aux aspects géographiques, techniques et sociaux.

L’auteur y décrit les reliefs de l’Iran et les milieux arides et semi-arides dans lesquels cette technologie s’est développée il y a plus de 2 500 ans. Il analyse en détail les différentes formes de qanâts, leurs méthodes de construction et leur fonctionnement. L’ouvrage montre également comment ces réseaux ont façonné l’organisation collective de l’eau, les structures sociales, l’économie locale et même certaines croyances religieuses. Dans ces régions où l’eau est devenue une ressource précieuse à la suite d’un assèchement climatique amorcé au début du premier millénaire avant notre ère, les qanâts ont longtemps représenté une véritable source de vie. Les quelque 40 000 kilomètres de galeries encore en activité au début des années 2000 témoignent de l’ampleur de cet héritage. Le second volume adopte une approche plus historique.

Il retrace l’évolution des qanâts depuis la préhistoire iranienne jusqu’aux premières décennies de la conquête islamique au VIIe siècle. L’auteur examine les hypothèses relatives à leur invention, une question qui demeure discutée parmi les chercheurs. Il s’appuie sur les découvertes archéologiques et les sources écrites les plus récentes pour suivre l’histoire de cette technologie à travers les grandes dynasties de la Perse antique : les Achéménides, les Séleucides, les Parthes et les Sassanides. Chacune de ces périodes a entretenu un rapport étroit avec les qanâts dont dépendait en grande partie la mise en valeur des territoires arides et semi-arides. Grâce à leurs index détaillés et à une bibliographie internationale particulièrement riche, ces deux ouvrages s’imposent comme des références incontournables. Ils offrent un état des connaissances particulièrement complet et constituent une base solide pour les recherches futures.

Le style de Reza Farnoud porte la marque de sa formation d’ingénieur : précis, rigoureux et concis. Mais son intérêt de longue date pour l’histoire iranienne apporte également une profondeur culturelle qui dépasse la seule dimension technique. À travers l’histoire des qanâts, c’est aussi une partie de l’identité et de la mémoire de l’Iran qui se révèle. Cette somme constitue à la fois un voyage dans le temps, une plongée dans l’ingéniosité des sociétés anciennes et une réflexion très actuelle sur la gestion durable de l’eau. À l’heure où les questions de changement climatique et de raréfaction des ressources hydriques occupent une place centrale dans les débats environnementaux, le qanât apparaît plus que jamais comme une source d’inspiration.

Le Centre de Yazd, situé au cœur des déserts iraniens, joue aujourd’hui un rôle pionnier dans la préservation et la valorisation de cet héritage exceptionnel.