| Auteur | Yves Bomati et Davoud Pahlavi |
| Editeur | Armand Colin |
| Date | 2026 |
| Pages | 366 |
| Sujets | Politique et gouvernement Iran 1925-1979 Politique et gouvernement Iran 1979-.... Iran 1925-1979 (Dynastie des Pahlavi) |
| Cote | 70.446 |
Les auteurs de cet ouvrage sur l’Iran contemporain, Yves Bomati, docteur ès-lettres, spécialiste de l’Iran et Davoud Pahlavi, né en 1972, arrière-petit-fils de Reza Chah (1878-1944), ont tenu à faire comprendre l’actualité iranienne par l’analyse de l’envers des décors et des discours officiels depuis 1925 (p.6) en faisant appel aux souvenirs de Christiane Cholewsky, épouse d’Ali Reza, grand-mère de Daoud et de sa mère Sonja Lauman, épouse de Patrick Ali Pahalavi. Durant quatre années, sa famille vécut la naissance de l’État politico-religieux dont Patrick Ali désapprouva les massacres et les dérives religieuses avant d’être exfiltré avec sa famille vers l’Europe (p.7).
Le rappel historique commence avec le coup d’État de Reza Khan, officier cosaque de l’armée iranienne contre le souverain Ahmed Chah Qadjar le 21 février à Téhéran. Il en obtient le poste de ministre de la Guerre puis de Premier Ministre en 1923. En 1925, le Parlement déchoit Ahmed Chah et les Ayatollahs de Qum font proclamer Reza Khan, Chah, ce qui mécontenta les Britanniques et les Russes (p.14). Reza Chah abolit la charia, remplacée par des lois étatiques qui affaiblissaient le pouvoir des Mollahs (p.25). Il modernisa les transports en lançant la construction du chemin de fer transiranien (p.21), rendit à la Banque d’Iran l’émission des billets (p.23). En 1938 fut créée l’École normale de filles qui allaient suivre les cours, dévoilées (p.26). Reza Chah envoya ses fils Mohamed Reza et Ali Reza en Suisse à l’Institut Rosey pour y faire leurs études secondaires (p.31). Ils rentrent en Iran en 1936 (p.34). Au moment de la 2e guerre mondiale, Reza Khan ayant affirmé sa neutralité, le pays est alors envahi par les Soviétiques et les Britanniques qui forcent Reza Chah à abdiquer en 1941 et à s’exiler en Afrique du Sud (p.47) où il mourut en 1944 (p.48).
Son fils Mohamed Reza lui succède immédiatement selon la Constitution de 1906 révisée en 1925 (p.44). Il avait été marié à la Princesse égyptienne Fawziya, sœur du roi Farouk, le 15 mars 1939 (p.40). Fin novembre 1943, se réunissent à Téhéran Roosevelt, Churchill et Staline qui assurent respecter l’indépendance de l’Iran et lui assurer un soutien économique (p.50). Mohamed Reza reçoit de Gaulle à Téhéran en 1944 lors de son passage vers Moscou (p. 58). Ashraf sœur jumelle de Mohamed Reza n’aimait pas Fawziya qui repartira au Caire en 1945 (p.60) et obtiendra le divorce en 1948 (p.60). En 1949, le Chah est exposé à un attentat du Toudeh, le Parti Communiste (p.62). Il se remarie en 1951 avec Soraya Esfandiari (p.62) qui ne pourra pas avoir d’enfant ; le Chah doit divorcer en 1958 et Soraya vivra dorénavant à Paris jusqu’en 2001 (p.99).
En 1959, le Chah épouse Farah Diba. En 1960 naît le Prince Reza (p.100). De 1954 à 1960, Mohamed Reza sécularise le pays en ménageant les religieux et en repoussant le Toudeh (p.91). Daoud Pahlevi estime que son grand-oncle, tout en étant autoritaire, avait une sensibilité qui le poussait à entreprendre les réalisations sociales (p.111) de la « Révolution Blanche » (p.115), notamment la répartition des terres aux paysans producteurs (p.116), l’égalité hommes-femmes, le droit de vote et d’éligibilité des femmes, la lutte contre l’analphabétisme par le service civil des étudiants (p.117). Le couronnement en 1967 à Persépolis (p.138), voulu par Mohamed Reza pour affirmer la souveraineté de l’Iran (p.144), fut prolongé par les Fêtes de Persépolis en octobre 1972, où 480 invités, monarques, chefs d’État furent invités à Chiraz, entraînant des polémiques médiatiques sur les dépenses excessives occasionnées (p.153).
Frère du Chah, Ali Reza part pour la France en 1945 et devient capitaine de l’armée française en participant aux combats de la libération (p.52). Marié à Christiane Cholewsky ((1914-1995), veuve qui avait un fils Christian (p.52) qu’il adopte sous le nom de Christian Pahlavan. Il quittera seul la France pour Téhéran en 1948, abandonnant sa femme et ses enfants qui recevront une pension de 100.000 francs (p.61). Il sera victime d’un accident d’avion qu’il pilotait entre Gorgan et Téhéran le 16 octobre 1954 (p. 88). A sa mort, son fils le prince Patrick Ali, enfant indiscipliné (p..95), devient l’héritier présomptif et sa mère naturalisée iranienne, devient Madame Pahlavi (p.95). En Juin 1956, la famille est rapatriée à Téhéran dans une vaste résidence (p.98). Mais à la naissance du Prince Reza, Patrick Ali perd son statut de prince héritier ; élève au Lycée Razi (p.100), il appartient à cette jeunesse favorisée et bénéficiant de l’appui du Chah. Il avait hérité de son père de 500 hectares dans le Golestân (p.132). Sa liaison avec Françoise Hardy avait été rapportée par les médias (p.133). Il se marie à Catherine Adl, fille du médecin du Chah, le Pr Yahya Adl (1908-2003) puis divorce.
Le futur mari de Catherine, Bahman Hojjat Kashani, poussera Patrick, catholique, à devenir musulman conservateur (p.146). En 1970, Patrick épouse une Suissesse Sonja Laman et leur fils désavouera (p.147) son père pour son adoption d’un islam inquiétant (p.173). Davoud décrit comment en rentrant en 1973 à Téhéran, sa mère avait dû vivre dans une cage dorée (p.174), voilée par « ce morceau de tissu qui l’a isolée et a ravivé chaque jour un sentiment de déracinement et d’isolement » (p.292) et comment son père avait étouffé sciemment sa famille par sa vision la plus rigoriste de la religion (p.176). A la prise de pouvoir de Khomeyni, la famille de Patrick se réfugie à Pomak avec de faux papiers (p.200). Grâce à des amis, ils seront exfiltrés en 1981, par l’aéroport de Téhéran vers l’Europe (p. 245). En 1993, ses parents divorceront à Paris. Sa mère rejoindra ses parents en Suisse et son père ira à Londres pour des raisons professionnelles. Ses frères et lui très attachés à cette vie reconstruite refuseront de les suivre (p.299). Daoud se marie alors avec Atousa Jam, fille du Général Fereydoun Jam, inconditionnel du Prince Reza (p.301).
La corruption, l’inflation, les abus de pouvoir de la Savak et de la famille proche du Souverain avaient gangrené une partie de la société iranienne (p.165). Le Projet de Perspective en 1974 précise que seulement 45% des Iraniens étaient alphabétisés, que 75% étaient opposés au travail féminin, que 23% considéraient le cinéma comme interdit religieux, que 9% seulement lisaient régulièrement, que 94% faisaient leur prière et 79% observaient le jeûne (p.166), que 77% ignoraient les problèmes du pays (p.167) et que le gouvernement iranien avait méprisé le grondement populaire et religieux. Il s’ensuivait que le chaos politique et le vide moral submergeaient l’Iran (p.172), que les atteintes aux droits des femmes étaient multiples (p.278), qu’un père pouvait marier sa fille à 13 ans (p.277). Ainsi, Nasrine Sotoudeh, avocate ayant obtenu le Prix Sakharov 2012 et le Prix Nobel alternatif en 2020, était arrêtée constamment (p.277). Quant à la Constitution islamique de 1979, elle devrait garantir la liberté de culte des minorités religieuses mais les non-musulmans ne peuvent pas servir dans l’Administration et n’ont pas accès à l’université à cause d’un examen religieux uniquement musulman (p.272). Par contre, les chrétiens sont représentés au Parlement par trois députés, deux arméniens et un assyro-chaldéen (p. 264) et les 2000 catholiques ont un évêque belge cardinalisé en 2024, contrairement aux autres communautés, zoroastriens, dont il reste 25.000 et 100.000 ont émigré (p.265), les juifs au nombre de 8000, qui ont subi en 1979, 1999, 2006 des persécutions (p.268), 5000 mandéens, la majorité vivant en Australie (p.271). Les Bahaïs ont subi également des exactions renouvelées. (p.273).
Le clergé chiite dirigé par l’Ayatollah Ruhollah Khomeïni avait vu ses revenus provenant des terres réduit par les dotations aux paysans, et il mena une campagne anti Chah (p.119). Son arrestation en 1963 (p.120) déclencha des manifestations à Qom (p.121) puis il partit en exil à Nadjaf en Irak. Le Corps des Gardiens de la Révolution ou Pasdaran s’est allié idéologiquement avec le pouvoir religieux (p.250). Il a constitué un contrepoids à l’armée régulière ayant pour tâche de garder les frontières. Il exporte son action par l’unité d’élite Al Quds chargée d’assurer les missions de renseignement et de soutenir les mouvements favorables à la République Islamique au Moyen-Orient, en Europe et en Afrique (p.252), où Téhéran mise sur l’établissement opportuniste de partenariats avec des États en rupture avec l’Occident comme le Niger, le Mali, le Burkina Faso (p.307).
Les intellectuels de gauche, derrière Sartre, parlèrent de Khomeyn comme d’un nouveau Gandhi. Serge July, directeur de Libération qualifia le projet khomeyniste de « chiito-socialisme » (p.196). Maxime Rodinson, au contraire, critiquant Michel Foucault, évoqua le « réveil du fondamentalisme islamique » (p.192). Aujourd’hui, que diraient-il de la nouvelle société qui, malgré la volonté de la République islamique, veut réfléchir, penser, trouver des moyens pour lire entre les lignes des discours officiels (p.313). Face à l’accaparement des richesses par les Pasdaran, qui, à la tête d’opaques sociétés souvent à l’étranger, tirent la plupart des fils de l’économie, s’il y avait un changement de régime, qui pourrait gérer l’Iran ? Avec quels moyens ? (p.314). Ainsi, une partie du peuple iranien reste privée des fruits de ces ressources et a du mal à subsister par son propre travail (p.320).
Le lecteur consultera avec intérêt la bibliographie sélective (p.343 à 355) et l‘index des noms propres (p.357 à 364).