| Auteur | Sabine Ndzengue Amoa, Ulrich Kevin Kianguebeni, Yannick Nguina ; préface de Fatma Ndiaye |
| Editeur | l'Harmattan |
| Date | 2025 |
| Pages | 184 |
| Sujets | Eau Conservation des ressources Afrique subsaharienne XXIe siècle Gestion des ressources en eau Afrique subsaharienne XXIe siècle |
| Cote | 70.297 |
« L’eau, une ressource à préserver face aux changements climatiques » apparaît comme un ouvrage de réflexion pluridisciplinaire consacré à une thématique centrale sur la fragilisation de la ressource hydrique dans le contexte du changement climatique. L’eau est actuellement une ressource désormais reconnue comme stratégique, vulnérable et décisive pour les sociétés.
L’ouvrage traite de préservation de l’eau, de pollution, de recyclage et d’accès à l’eau potable dans un contexte de changement climatique. Le principal apport du livre réside dans la volonté de croiser les dimensions environnementales, politiques et stratégiques de la question de l’eau et sa gestion en faisant de celle-ci un enjeu central des adaptations contemporaines.
À partir des éléments publics disponibles, l’ouvrage met en avant des exemples concrets de raréfaction de la ressource, de pénuries saisonnières et d’inondations liées aux dérèglements climatiques, tout en proposant des solutions pragmatiques fondées sur la préservation de l’eau, la réduction de la pollution, le recyclage, l’amélioration de l’accès à l’eau potable et la combinaison d’actions locales et de coopérations internationales.
Les auteurs de l’ouvrage disposent principalement d’une expertise en droit de l’environnement, droit public, en géographie de l’environnement et en développement durable ; leur approche de la gestion de l’eau semble ainsi s’inscrire davantage dans les registres de la gouvernance, de la régulation et des politiques environnementales que dans celui de l’ingénierie hydrique.
L’intérêt académique de cet ouvrage paraît résider dans sa capacité à articuler les registres de la préservation, de la gouvernance et de l’alerte climatique autour de la thématique de l’eau. L’ouvrage relève davantage d’une logique de sensibilisation et de prescription pragmatique, centrée sur la préservation de la ressource, l’accès à l’eau potable, la réduction de la pollution, le recyclage et l’appel à des actions locales combinées à des coopérations plus larges.
Les exemples cités dans le livre se situent néanmoins au niveau de la généralité, ne permettant pas d’identifier des études de terrain précis, des bassins-versants particuliers ou des démonstrations hydrologiques fortement documentées.
Dans une perspective comparée, les exemples africains renvoient prioritairement à une vulnérabilité d’accès et de disponibilité de la ressource, la question de l’eau étant un enjeu vital de sécurité de développement. Alors que les exemples européens renvoient davantage à une vulnérabilité de gestion, de qualité et de résilience des systèmes hydriques, la question de l’eau étant un enjeu d’adaptation, de régulation et de restauration écologique face à l’intensification des extrêmes climatiques. L’Agence européenne pour l’environnement souligne par exemple que le stress hydrique affecte déjà 20% du territoire européen et 30% de la population chaque année, tandis que l’agriculture constitue la principale pression sur les eaux de surface et souterraines.
Pour l’Océanie, les vulnérabilités documentées portent surtout sur l’insularité, la faible altitude des territoires, la salinisation des réserves d’eau douce, la dépendance à l’eau de pluie et la fragilité des lentilles d’eau souterraine. Les îles du Pacifique sont particulièrement exposées à la montée du niveau de la mer, aux inondations côtières et à la contamination saline des approvisionnements en eau douce, tandis que la capacité institutionnelle de gestion intégrée de l’eau reste inégale. Les réponses mises en avant dans la région incluent l’adaptation fondée sur les écosystèmes, les dispositifs d’alerte, la récupération de l’eau de pluie et, dans certains cas, le dessalement.
Ainsi les exemples africains et océaniens convergent dans la mise en évidence d’une vulnérabilité accrue des sociétés au changement climatique, mais divergent par leurs médiations hydrologiques : déficit pluviométrique et pression sur les usages en Afrique, intrusion saline et forte exposition littorale en Océanie.
La gestion des ressources en eau (GIRE) océanienne peut être décrite comme une gouvernance de proximité, écosystémique et adaptative, construite pour des systèmes hydriques insulaires très vulnérables et de petite taille. La GIRE africaine apparaît plutôt comme une gouvernance multi-niveaux de grande échelle, qui cherche à articuler leadership politique continental, coordination régionale et gestion des eaux partagées, tout en mobilisant davantage les instruments de planification et d’investissement. Ainsi, deux configurations hydropolitiques différentes apparaissent : insulaire et démonstrative en Océanie, continentale et institutionnelle en Afrique.
Si l’on recherche une approche systémique des relations entre disponibilité, qualité et gestion de l’eau, ainsi qu’une approche articulée aux enjeux d’adaptation, d’atténuation et de résilience à l’échelle globale, le World Water Development Report 2020 de l’UNESCO/UN-Water (ou rapport 2020) est certainement une meilleure référence au niveau international. Le rapport 2020 propose des réponses coordonnées à travers l’eau, en articulant adaptation, atténuation et réduction des risques. Le rapport donne des exemples concrets comme le traitement des eaux usées avec récupération de biogaz, le captage du brouillard, la protection des zones humides, l’agriculture de conservation et la réutilisation des eaux usées pour l’irrigation ou l’industrie.
En conclusion, on peut donc considérer « L’eau, une ressource à préserver face aux changements climatiques » plutôt comme une synthèse de sensibilisation intellectuelle et de prescription pragmatique sur le nexus eau-climat que comme une étude méthodologique et pleinement étayée par des exemples d’études de terrain et de gestion.