| Auteur | Abaher El-Sakka ; traduit par Marianne Babut |
| Editeur | de l'atelier |
| Date | 2025 |
| Pages | 372 |
| Sujets | Histoire sociale Gaza (Gaza ; ville) Urbanisation Gaza (Gaza ; ville) Palestine 1917-1948 (Mandat britannique) Gaza, Bande de (Palestine) Histoire |
| Cote | 70.076 |
Ce livre, publié en 2018, traitant de la Palestine par un Palestinien, répond au manque de recherches portant sur la ville de Gaza dans la littérature arabophone et comble l’absence de travaux sociologiques la concernant (p.13). Ses habitants sont originaires des villes côtières de Jaffa et Lydda, de l’intérieur des terres à Beersheba et dans le Néguev. 80% de la population actuelle de la bande de Gaza sont des réfugiés (p.19). C’est à Gaza que le gouvernement de toute la Palestine fut créé par les muftis de la ville en 1948 (p.20). Gaza était alors l’une des rares villes palestiniennes à disposer d’un aéroport, d’une gare, d’un réseau ferroviaire et d’un aménagement urbain (p.21).
Les derniers bombardements si tragiques de la Bande de Gaza nous incitent à connaitre l’histoire de cette région. En - 332, Gaza résiste durant quatre mois au siège imposé par Alexandre. Dans le monde hellénistique, la ville fut un centre majeur pour la philosophie, la poésie et les sciences (p.62). En 635, la ville est intégrée au califat. En 1100, les Croisés la prennent puis les Ayyoubides en 1187. L’époque mamelouke (1250-1516) est considérée comme l’âge d’or de la cité qui a conservé des traces de l’architecture de cette époque (p.64). L’empire ottoman intègre Gaza au mutasarifat de Jérusalem (p.70). En 1660, Gaza devient la capitale de la Palestine (p. 70). A partir de 1884, des représentations consulaires s’y établirent, française (p.75), autrichienne et allemande (p.80).
L’histoire sociale contemporaine de la ville de Gaza commence en 1893 à la formation du premier Conseil municipal sous la présidence de Mustafa Al Alami (p.30). Des mouvements nationalistes arabes se constituèrent et les affrontements entre Britanniques et Turcs à partir de 1914 firent de nombreuses victimes contribuant à la propagation d’épidémies (p.82). Les unionistes transférèrent les opposants en Turquie et Jamal Pacha expulsa les habitants de Gaza pour faire de la cité une ligne de front. Les soldats pillèrent la ville (p.90). Le mécontentement grandit contre le pouvoir turc discriminatoire (p.93). Mais les notables avaient su faire bénéficier leurs enfants d’études qui leur ouvrirent les portes de l’Administration ou l’accès à des professions libérales dans les banques, les sociétés immobilières et le commerce qui se développaient dans le cadre des empires coloniaux (p.99).
Les Britanniques, depuis l’Égypte, surveillaient Gaza depuis 1905 (p.101). Il fallut, cependant, en 1917, trois grandes batailles aux forces britanniques pour établir leur mainmise
sur le district de Gaza (p.106). Puis, dès 1921, le Mandat britannique imposa un repartage des territoires, l’emploi de milliers de fonctionnaires palestiniens, l’anglais comme langue officielle et fit de l’hébreu une seconde langue aux côtés de l’arabe (p.112). Les Palestiniens apprécièrent la valorisation du travail et la progression des droits associés comme l’indemnité de fin de service (p.118). La population de Gaza augmenta de 17.500 habitants en 1922 à 34.000 en 1941 (p.124). De 1918 à 1948, six conseils municipaux se succédèrent, faisant appel aux mêmes familles de notables (p.143), composant plus ou moins avec l’Autorité mandataire (p.157), dotées de ressources matérielles, résidant depuis plusieurs générations, possédant un solide réseau d’influence, diplômées d’études religieuses d’El Azhar ou d’Istanbul et reliées entre elles par des alliances matrimoniales (p.164). Ce capital culturel, économique et éducatif devait favoriser une transmission intergénérationnelle d’engagements politiques parmi les élites urbaines (p.178).
Durant la période mandataire britannique, se constitua une classe moyenne de fonctionnaires et d’artisans qui s’impliqua dans quelques luttes sociales limitées par des conditions défavorables (p.179). La municipalité, par une démarche volontariste, contribua à l’entretien des hôpitaux, au recrutement d’infirmières venues de Jaffa (p.188), développa un réseau d’assainissement des eaux usées (p.192), mit en œuvre des politiques de veille sanitaire contre les insectes, établit des services vétérinaires (p.193). Les découvertes archéologiques à partir des années 1930 seront exposées dans le musée de Jérusalem qui deviendra le Musée d’Israël (p.198). Une importante partie du patrimoine architectural de la ville avait été détruite par le général ottoman Jamal Pacha en 1917 et par le tremblement de terre de 1927 (p.201). Il sera resté la Mosquée El Omari, datant de 900 ans, le Palais mamelouk de Zahir Baybars (1260-1277), l’église Saint Porphyre, quelques maisons et caravansérails (p.202).
L’Administration mandataire construisit 500 km de routes reliant Gaza à Naplouse, Hébron, Jérusalem et Bethléem (p.204), utilisa des modèles de construction exogènes (p.207) comme les tuiles rouges ou le ciment britannique (p.208), imposa des trottoirs à partir de 1937 (p.215) et la numérotation des rues (p.219), fit construire le quartier moderne d’El Rimal conçu par le Maire Fahmi El Husseini, entre 1928 et 1939, avec de larges rues et des bâtiments espacés (p.217), installa l’éclairage urbain (p.227), aménagea le port (p.230) et l’aéroport (p.234), modernisa la gare ferroviaire (p.238). A l’époque, les étudiants palestiniens pouvaient se rendre en train de Gaza au Caire ou à Beyrouth. La ville vit se développer des infrastructures économiques liées aux produits agricoles comme des moulins à céréales, d’abord manuels puis électrifiés à partir des années 1930 ; l’orge de Gaza était réputée pour la fabrication de la bière (p.242) ainsi que les olives et les produits dérivés (p.243). Gaza était connue pour ses 69 ateliers de production de poterie (p.246) et de confection vestimentaire (p.248).En 1945, Gaza comptait quatre établissements primaires et secondaires, trois pour les garçons et un pour les filles (p.257), plusieurs institutions culturelles comme le Forum Littéraire, fondé en 1909 (p.265), plusieurs cinémas, le premier en 1927 (p.270), des organes de presse comme Al Haq, Sawt al Uruba (p.266), trois imprimeries (p.267) des institutions sportives dont le Club sportif de Gaza (p.274). De nombreux étrangers vivaient aussi à Gaza comme des Turcs, Kurdes, Indiens, Tsiganes, Maghrébins, Égyptiens, Albanais, Tchétchènes, Arméniens, Afghans, Persans (p.327).
La mosquée, où se trouvait le tombeau de Sayed Hachem, demeura longtemps un lieu de pèlerinage pour les femmes qui y procédaient à des rituels spécifiques, actant la solidarité auprès des pauvres. Ce sanctuaire resta inscrit dans la vie sociale de Gaza jusqu’à l’irruption de l’islam wahhabite condamnant les pratiques de la religiosité populaire (p.281). Des manifestations communes aux musulmans et aux chrétiens partirent de la Mosquée El Omari, considérée comme un espace citoyen non réduit à une seule fonction cultuelle (p.289). D’ailleurs, à partir de 1908, des associations chrétiennes-islamiques affirmèrent une identité nationale interconfessionnelle en opposition à la dimension ethno-religieuse sioniste (p.316 et 329). En fait, le projet britannique d’établir un foyer national juif auradécoulé de retournements au cours de la guerre dans la région et de son rapport clientéliste avec le mouvement sioniste (p.50). La communauté juive était présente à Gaza et le premier cinéma de la ville fut ouvert par deux frères juifs comme vu plus haut, mais les affrontements qui secouaient la ville depuis 1922 entraînèrent le départ progressif de la majorité des familles juives gazaouies (p.320 et 344). A Gaza comme dans le reste de la Palestine, le port du keffieh palestinien se généralisa à toutes les classes sociales dans les années 1930, devenant le symbole de la grande Révolte de 1936 (p.302).
En 1945, les autorités mandataires arrêtèrent un grand nombre de Gazaouis (p.351). Le 15 mai 1948, un Comité National fut formé dans la ville, constitué de représentants des familles historiques et assurant la gestion urbaine jusqu’au départ des forces britanniques (p.352) avec la participation de quelques rares femmes instruites (p.354). Gaza entretenait des relations privilégiées avec Jaffa, Safed, Tibériade (p.357). L’appellation de « Bande de Gaza » remonte à 1954 lorsque l’Égypte administrait cette zone qui venait d’être réduite à 48 km de long, de Rafah à Beit Hanoun sur 6 à 9 km de large (p.37). Aujourd’hui, sa superficie est estimée à 361 km2, soit une perte de 750 km2 par rapport au dernier découpage britannique administratif effectué en 1939 (p.361). La pénurie d’eau qui frappera par la suite Gaza sera le résultat d’une privation délibérée des ressources hydriques, combinée à l’afflux de milliers de déplacés (p.364). Aucune ville palestinienne n’accueillera un afflux aussi massif de déplacés (p.371) entraînant des tensions sociales entre réfugiés et autochtones (p.372).
Ce livre, auquel une seconde édition devra ajouter des cartes,représente une trace indispensable de la vie et de l’histoire des Gazaouis (p.22).