L'émergence des villes-havres africaines atlantiques : au temps du commerce des esclaves ...

Recension rédigée par Josette Rivallain


Ce livre est le fruit de travaux associant lectures de récits de voyages, de rapports des capitaines de navires, des commerçants, des administrateurs, des missionnaires, de données écrites de la tradition orale, du dépouillement des archives et intègre les données avancées de la recherche historique ainsi qu’anthropologique. Nombre de ces écrits sont peu connus. L’auteur, Professeur émérite d’histoire moderne à Nantes jette un regard neuf autour de la vie des côtes africaines.

Depuis au moins l’arrivée des Portugais, il décortique les écrits traitant en priorité des côtes africaines occidentales, mais n’oublie pas celles plus orientales. Cet ouvrage représente une somme importante de travail et de réflexions, indispensable à qui veut approfondir ses connaissances sur les zones littorales africaines, également sur les structures des sociétés tant africaines qu’européennes, sans pour autant avoir mené d’enquêtes par lui-même sur le terrain. Nous en suivons l’évolution jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Ce livre est structuré en sept chapitres, suivis d’une bibliographie synthétique, mais de nombreuses notes de bas de page sont là pour en apprendre plus, et d’un index des noms géographiques. Le premier chapitre replace l’Afrique dans un commerce tricontinental, enracinant la structuration des échanges dans la géopolitique africaine, discutant des effets de la tradition commerciale du XIXe siècle. Le second s’intéresse à la division internationale du travail sur le littoral africain, laissant le contrôle du circuit intérieur aux Africains ; la maîtrise maritime est entre les mains des Européens et des Américains. Le troisième dresse la hiérarchie des trente sites jugés supérieurs à partir des données statistiques fournies par la traite des esclaves, avec le souci de proposer des profils différenciés.

A la suite est abordée la notion de ville portuaire africaine atlantique : le chapitre quatre examine les conditions géographiques attractives et répulsives conditionnant le développement d’un système portuaire, avec leurs dimensions physiques et humaines. Puis c’est au tour de l’interface terre/mer, promouvant la notion de havre, traitant du problème du transfert de la plage aux magasins et aux entrepôts.

Au chapitre six est traité la dynamique sociale complexe soutenant l’essor des échanges atlantiques : sociétés urbaines multiethniques, multiculturelles, liens de parenté et encadrement lignager, hiérarchie sociale basée sur une tradition esclavagiste, effets d’une créolisation atlantique inégale. Enfin, le dernier chapitre interroge la notion de ville-port en contexte africain, replaçant la fabrique matérielle urbaine à partir de la fonction commerciale, soulignant que les effets de la créolisation ne prennent effet qu’à partir d’une matrice profondément africaine.