Symboles royaux et rivalités à la cour d’Antananarivo sous le règne de Radama II

Auteur Nicolas Martin
Editeur Nicolas Martin
Date 2023
Pages 102
Sujets Signes et symboles
Madagascar
Cote In-Folio 540
Recension rédigée par Jean de La Guérivière


Sous un titre trop modeste, parce que restrictif, c’est toute une page de l’histoire de Madagascar qu’a écrite Nicolas Martin, Français établi dans la Grande Île et marié à une Malgache bien introduite à Antananarivo. Le procédé est original. Il a consisté à relater la création d’un ordre honorifique et à reconstituer une suite d’événements à partir de la biographie de ses récipiendaires malgaches et étrangers. Dès 1855, l’idée d’un ordre inspiré par la Légion d’honneur de Napoléon Ier a été lancée à Madagascar par Jospeh Lambert, négociant français installé sur l’ile Maurice et très influent à la cour malgache. En 1861, sous Napoléon III, le jeune roi Radama II reprend cette idée et lui donne sa marque personnelle en créant les trois grades (officier, commandeur et grand-croix) d’un ordre à son nom. Les insignes ont été fabriqués à Paris par la maison Kretly aujourd’hui disparue mais dont une mosaïque au sol rappelle le nom devant l’ancien atelier du Palais-Royal, 46, galerie de Montpensier.

Galliéni n’a pas encore fait de Madagascar une colonie française. La Grande Île est encore un territoire où Français et Britanniques se livrent une lutte d’influence, lutte dont Radama II profite habilement, par sens politique et par ouverture d’esprit aux courants européens. Comme l’écrit Nicolas Martin, « la distribution des décorations est généreuse, rapide et parfois surprenante ». On y trouve des consuls, des militaires, des négociants, des missionnaires choisis avec le même éclectisme que celui qui fait porter à Radama II aussi bien une tenue de maréchal d’empire français qu’un uniforme de field-marshal offert par Londres, celui dans lequel il posera devant une couronne donnée par Napoléon III. La riche iconographie du livre authentifie des passages du livre à la limite du crédible tellement ils évoquent une réalité déconcertante. Parmi les noms kilométriques des rois et reines malgaches, celui de Radama II est relativement court. Finalement, cela correspond à la brièveté d’un règne de moins de deux ans, puisque Radama II, successeur de la reine Ranavalona I décédée le 16 août 1861, fut étranglé dans la nuit du 11 au 12 mai 1863 par des dignitaires de son entourage, ceux dont les décorations à eux distribuées par leur victime n’avaient pas suffi à faire taire les appétits personnels.

Nicolas Martin a fait revivre astucieusement ce règne oublié.