L’auteur est riche d’une expérience acquise à travers le continent africain, surtout anglophone. Professeur à la Faculté des Sciences sociales de l’Université d’Amsterdam, directeur de recherche au Centre d’études africaines de l’Université de Leiden, il a travaillé au département Afrique du Secrétariat d’Amnesty International à Londres. Également, il a été membre et responsable de nombreux programmes internationaux sur l’Afrique, rédacteur en chef de journaux et de bulletins. Auteur de nombreux ouvrages, il est une référence incontournable dans les études africaines contemporaines. Le livre s’achève par une riche bibliographie et un index.
Ici, l’auteur nous invite à repenser sérieusement nos regards d’Occidentaux sur l’Afrique, présentant les fondements politiques, économiques et sociaux et nombre des instances des différents pays du continent en plusieurs chapitres. Stephen Ellis, imprégné de culture religieuse, situe son étude au début du XXIe siècle, période génératrice d’importants courants commerciaux qui voit le continent prendre une nouvelle place dans le monde.
Dans une langue simple, il expose, chapitre après chapitre, une réflexion située dans une perspective globale de remise en cause des dérives du pouvoir, particulièrement depuis les Indépendances, narrant les désillusions de nombre des instances des différents pays du continent.
Dans le premier chapitre, l’auteur démontre également que le continent dispose d’une histoire bien réelle, en prenant l’exemple du Delta du Niger, insistant sur le poids des frontières tracées par la colonisation, insistant sur la durée de la présence politique et économique et ses impacts sur les pays africains, sur le regard porté sur le continent, les Européens rappelant qu’ils pensaient apporter la civilisation.
Puis l’on passe à l’étape de l’émancipation avec Nelson Mandela et les aspirations nationalistes, à l’opinion internationale des penseurs, des diplomates, qui développent la foi dans le développement. Mais la réalité s’avère plus complexe, entre revendications nationalistes et groupes d’intérêts européens s’accrochant pour conserver leur influence.
L’Afrique est également embarquée dans les changements planétaires. La fin du XXe siècle est marquée par des réformes économiques, de nouvelles formes d’investissement de capitaux, aboutissant à la fragmentation du pouvoir sur le continent. Depuis, la phase actuelle de l’histoire africaine ne porte pas encore de nom. Il s’y développe de nouvelles stratégies et de nouvelles insertions dans le monde.
L’auteur rappelle que les Africains évoluent selon des modes qui leurs sont propres, soulignant le cynisme des aides qu’il voit pomper le continent, et la perversité des fonds envoyés à leurs familles par les Africains clandestins, et, sous des airs de faux semblants, le non respect de la démocratie, établissant un lien entre les gouvernements actuels et le crime organisé.
Il poursuit en explicitant que, dans un jeu de faux semblant, le développement n’a jamais été à l’ordre du jour, le plus faible se servant de la force de son adversaire, participant à l’établissement d’un clientélisme politique, à l’accord de privilèges à des entreprises néocoloniales, perpétrant un État de droit introduit par l’État colonial qui aboutit à des arrangements hors de règles officielles et à de la corruption. Or dans l’Afrique traditionnelle, la loi est inséparable du rituel. L’auteur estime que la corruption s’est modifiée avec la fin de la Guerre froide qui donna naissance à des mafias, facilitée par la communication instantanée.
En 2004, la Chine, par exemple, développe ses liens avec l’Afrique, y puisant 30% de sa production pétrolière, et de nombreuses matières premières, le continent devenant un lieu d’écoulement de sa contrefaçon.
Dans le troisième chapitre, il constate qu’avec le développement de la politique d’investissements de capitaux, la situation malsaine s’est aggravée : les capitaux étrangers ont permis, sur fond d’exploitation de matières premières, la création de galeries marchandes, d’hôtels dans les villes, le développement de services. Le tout favorisant l’émergence d’une classe moyenne, de marchés boursiers, le rachat des structures, notamment bancaires par des puissances étrangères. La Chine s’y taille une place de choix, s’adaptant aux banques locales et à leurs compétences.
A la suite de ces analyses, l’auteur se pose la question de savoir jusqu’où les institutions capitalistes peuvent pénétrer la trame des sociétés traditionnelles, en incitant aux investissements financiers, en poussant les gens à ouvrir de vastes marchés de biens de
consommation, notamment dans les zones rurales. Là, la terre est propriété de l’État et le risque qu’il la cède à des étrangers pour alimenter l’exportation est possible. Or, en Afrique, le lien avec la terre est fort, inséparable de l’ancêtre et du pouvoir politique, pouvant provoquer des explosions de colère. Et de souligner que si, depuis les Indépendances, les dirigeants ont investi dans la production urbaine, certains pays distribuent des engrais dans le monde rural pour en accroître la production.
Derrière tous ces aspects se pose la question de savoir comment asseoir une hégémonie ? Celles nommées monarchies républicaines sont en lien avec des institutions coloniales qui les soutiennent aggravées par le fait que les dirigeants de la première heure ont rarement disposé d’une formation en diplomatie.
Le fort accroissement de la population, avec pour conséquence la baisse des ressources agricoles, ne facilite pas la mise en place d’un réseau d’intégration financière. Le départ des colons laisse des terres libres, que le pouvoir en place cherche à s’approprier, entraînant des conflits avec les populations et des jeux peu nets autour des différentes formes d’ethnies.
Les États actuel jouent le jeu de l’économie et de la finance, se lançant dans le contrôle des marchés et la reproduction du capital, officiel/officieux, négligeant les autres intérêts politiques. L’informel devient une réalité de survie, bien que subsiste l’impact des changements économiques internationaux, créant une situation double et laissant la place à des États fantômes. Que deviennent la notion du religieux, la place de l’invisible, le rôle rituel de l’argent dans cette situation ? Le poids des forces surnaturelles ? Chez des peuples sans écrits, pacifistes chez lesquels la religion est une frontière fluide entre le Monde visible et le Monde invisible. Car la religion est très présente dans le monde des États fantômes et constitue une source de nouveaux instruments pour la gestion de la société. Il apparait que l’Afrique maîtrise peu les rouages du pouvoir avec une antinomie entre pouvoir politique et pouvoir économique, même si le drapeau est indépendant.
Cela s’explique sur le plan historique : les dirigeants actuels ne sont pas seuls en cause dans la situation du continent : les kleptomanes les plus résistants sont ceux qui ont réinvesti l’argent volé dans un processus politique pour rester le plus longtemps au pouvoir. Et trop de dirigeants ignorent les traditions indigènes, le long passé de gouvernance sans contrôle des territoires, mettant l’accent sur les mécanismes des ex pouvoirs coloniaux sans trop tenir compte des leurs populations et laissant paraître ce continent comme une victime de l’Occident, compliqué par le poids des aides que l’on a tendance à révérer. Et les dirigeants actuels ont tendance à dire aux puissants ce qu’ils ont envie d’entendre. Si, autrefois, des gens de gauche voyaient la gauche sauver l’Afrique, maintenant, le mouvement s’est inversé avec une vision très nationaliste de l’histoire du passé du continent.
L’aide au Monde est une stratégie de préservation de l’ordre du monde et l’Afrique en fait partie.
L’auteur insiste sur la nécessité qu’a l’Occident de se détacher de ses anciennes visions sur l’Afrique.