Regards sur la vie et l'oeuvre de Louis Bertrand, 1866-1941 / : actes de la journée d'études

Recension rédigée par Josette Rivallain


Le 14 décembre 1991, le Cercle des Amis de Louis Bertrand a tenu un colloque, 50 ans après sa disparition, qui n’a pu être publié qu’en 2015. Amis et éditeur avaient alors estimé que ces travaux conservaient tout leur intérêt, même si, dans l’intervalle, quelques auteurs avaient disparu, eux aussi. Daniel Heck est le président fondateur du cercle des Amis de Louis Bertrand.

La publication s’articule en trois parties :

-Une présentation du personnage,

-Des regards sur sa vie et son œuvre, grâce à 8 contributions insistant tant sur sa part de christianisme que sur son influence auprès d’écrivains plus jeunes, tel Camus, son regard sur l’Algérie et son petit peuple, l’histoire de sa chrétienté.

-Le livre s’achève par une présentation de ses écrits et par des messages divers.

Louis Bertrand est né en Loraine, le 20 mars 1866, tout près de ce qui deviendra peu après la nouvelle frontière française. Le Lycée Henri IV l’accueille en classe préparatoire, puis ce sera l’ENS en 1885. En 1888, il est professeur de rhétorique au Lycée d’Aix-en-Provence. En 1891, jeune agrégé, il est nommé au Lycée d’Alger et y reste 9 ans. En 1897, il soutient sa thèse d’État à la Sorbonne. En 1900, il quitte Alger pour Montpellier, mais, là aussi, sa façon d’enseigner déplaît. En 1904, il quitte l’enseignement pour vivre de sa plume, fait de longs voyages d’où il tire des inspirations pour ses futurs romans. En 1925, il s’installe à Nice, puis à Antibes.

Au cours de sa vie, Louis Bertrand traverse des périodes complexes auxquelles il s’adapte. Au départ, marqué par la puissance allemande voisine, puis, au moment de l’affaire Dreyfus, il prend parti pour le capitaine et est alors considéré comme un homme de gauche. Une fois en Algérie, il s‘enthousiasme pour ses habitants, hommes et femmes d’origines très variées, imaginant y retrouver une image de l’Antiquité latine et des débuts de la chrétienté. Son premier roman, « Le Sang des Races », décrit la nouvelle communauté européenne d’Alger de l’époque, c’est un succès. Il devient le premier romancier et historien de l’Afrique française. En 1906, il redevient chrétien, catholique militant et traditionnel, défendant les convictions de Charles Maurras, se posant comme monarchiste.

Sa vision des terres méditerranéennes est bien différente de celle des Orientalistes de l’époque et son retour à la religion imprègne son œuvre : son « Saint-Augustin » (1913) a connu un succès à répétition. Son monarchisme lui inspire son « Louis XIV » (1923), dans lequel il décrit l’homme vu de l’intérieur, restituant l’intérêt pour le Grand Roi, provoquant des reprises par d’autres écrivains. Auteur prolifique, en 1925, il entre à l’Académie française, parrainé par le Maréchal Lyautey et par Paul Bourget sur le fauteuil de Maurice Barrès, reçu par Jules Cambon, ancien gouverneur général de l’Algérie.

Dans ses ouvrages, il soutient la nécessité de conversion des musulmans pour leur bien, mais, alors, n’est guère écouté. Sa vie se déroule à une époque difficile et il voit avec inquiétude monter en puissance Hitler, suggérant que la France se lance dans des négociations avec l’Allemagne afin d’éviter le pire. Il est désespéré par la nouvelle annexion de l’Alsace-Lorraine.  En 1936, il écrit un « Hitler ». Post mortem, cela lui vaudra d’être considéré comme un écrivain collaborationniste à la Libération.

Cet auteur original aux idées prémonitoires est tombé dans l’oubli, contrairement à d’autres tels Maurice Barrès et Pierre Loti. Son attitude hautaine, son goût pour la provocation, son fervent nationalisme en sont certainement pour beaucoup.