Hong Kong, présences françaises : du XIXe siècle à nos jours

Recension rédigée par Jean de La Guérivière


« C’est en tant qu’ancienne Hongkongaise que je salue ce bel exercice de mémoire retrouvée. C’était, dans les années 1979-1980, mon premier poste diplomatique, avec le titre très durassien de vice-consul de France et d’attachée de presse. » Ainsi Mme Sylvie Bermann, actuel ambassadeur de France en Chine, recommande-t-elle l’ouvrage de François Drémeaux, professeur d’histoire au lycée français de Hong Kong, et de quatre co-auteurs ayant travaillé sous sa direction. Il y a quelque nostalgie dans l’avant- propos de Mme Bermann : « La splendide résidence du Consul général à Old Peak Road, l’une des dernières demeures coloniales de l’île, suscitait l’intérêt des studios de cinéma qui venaient y tourner […] Les pilotes du vol Air France Paris-Hong recevaient une formation spéciale pour atterrir en rasant le toit des immeubles à l’aéroport de Kai Tak, construit par l’entreprise française Dragages. » Bref, c’était le temps d’avant la rétrocession à la Chine (1997).

L’intérêt de ce livre-album résulte justement d’un bon dosage entre la nostalgie et l’information la plus actuelle. Les remerciements aux souscripteurs initiaux des banques, des grandes entreprises, Air France pouvaient faire craindre une simple publicité rédactionnelle comme cela se fait  là où il y a de l’argent, et il n’en manque pas à Hong Kong. Mais la culture du maître d’œuvre, sa curiosité intellectuelle, partagées avec Arnaud Barthélemy, le consul général associé à l’entreprise, leur ont permis de dépasser les limites du genre. Manifestement, les archives du consulat ont servi pour le portrait, plutôt flatteur, des prédécesseurs de M. Barthélemy et l’évocation de quelques épisodes et figures de la petite histoire locale. Au fil des pages on retrouve, bien sûr, d’illustres résidents ou visiteurs, de Yersin à Malraux, mais aussi des personnages moins attendus tel Francis Vetch, le mari de Rosalie Vetch, l’amante de Claudel, après une rencontre sur un paquebot qui inspira Le Partage de midi. Homme d’affaires malheureux, Vetch échoua quelque temps à Hong Kong ; cocu intéressé, plutôt que magnifique, signale Drémeaux, car il avait cru trouver en Claudel « un allié fort utile pour l’avenir ».

Sur un plan moins anecdotique, le livre nous entraîne au cimetière de Stanley, quartier où il y eut un camp d’internement après l’invasion japonaise. Les escales de la Royale comportent toujours un recueillement devant une stèle aux Français Libres, compagnons de lutte des Britanniques, dans ce cimetière « militaire » qui  contient aussi des tombes d’enfants tués pendant les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale.

 Drémeaux fait revivre lesChina Watchers, ces universitaires, religieux, journalistes, diplomates qui observaient la Chine de Mao depuis l’enclave britannique, avec une prédilection pour le célèbre Foreign Correspondents Club. Un hommage mérité est rendu aux jésuites sinologues de la revue China News Analysis, la plus sûre des sources d’information à partir de l’écoute des radios provinciales pendant la Révolution culturelle. La Compagnie de Jésus préféra quitter Hong Kong pour Taiwan, afin de ne pas être accusée d’espionner la Chine après la rétrocession. China News Analysis  a cessé de paraître en 1998, mais les  850 000 articles rédigés depuis 1953 restent disponibles à l’Academia Sinica de Taipei.

Les vecteurs de la francophonie ont évidemment leur place dans ces Présences françaises : les librairies Parenthèses, pour les amateurs de nouveautés,et Indosiam, pour les bibliophiles; le magazine Paroles publié par l’Alliance française. Cette Alliance qui fut la plus grande du monde par le nombre d’étudiants dans les années 1980-1990, parce  que, la rétrocession approchant, beaucoup de Chinois apprenaient notre langue dans l’espoir d’émigrer au Canada.