Terroirs d'Al-Andalus et du Maghreb, VIIIe-XVe siècle : peuplements, ressources et sainteté

Recension rédigée par Henri Marchal


            Un séminaire qui s’est tenu à Lyon en 2006 sur l’islam médiéval en Occident a porté sur les espaces « hors villes » selon une approche pluridisciplinaire et selon trois axes thématiques : peuplements, ressources, sainteté. La publication en rassemble les interventions.

            M. Hassan s’intéresse à la structuration du peuplement en Ifrîqiya dans la région de Mahdia et à sa dépendance aux ressources hydriques. L’amont se caractérise par un habitat rural dispersé alors que de gros bourgs prennent naissance en l’aval riche en eaux souterraines.

            Avec G. Garcia-Contreras Ruiz, on passe du Sahel tunisien aux chaînes montagneuses dans le nord de Guadalajara à la frontière d’al-Andalus. En dépit d’un milieu naturel défavorable, ces terres de haute montagne n’apparaissent pas dépeuplées et ont offert un terrain propice à des activités pastorales, liées pour certaines à l’exploitation d’eaux salines. La grille de lecture cherche à dépasser les explications basées sur le caractère frontalier ou la présence berbère.

            En Andalousie orientale, les données palynologiques et archéologiques permettent de détecter les changements dans les modes d’organisation des territoires. Sur la longue durée, elles indiquent que l’élevage dans sa dimension montagnarde peut être perçu comme un instrument pour l’appropriation de l’espace (J.A. Garrido-Garcia et S. Gilotte).

            N. Touati étudie en rapport avec le Haut Tell tunisien les relations entre les établissements urbains et le travail minier et métallurgique réalisé sur leurs territoires. Les ressources ne sont pas seulement exploitées à l’extérieur des remparts, mais également à l’intérieur de l’espace urbanisé où les élites rurales tiennent à garder la mainmise sur le produit et sa distribution.

            Dans l’espace rural musulman de Lérida, les almunias qui sont de vastes propriétés agraires, se munissent de structures défensives pour configurer un paysage agricole de frontière qui assigne de l’importance à la culture sèche. Elles constituent une spécificité dans le panorama général d’al-Andalus où prédominent des formes d’établissements communaux (J. Brufal).

            La sainteté joue un rôle grandissant dans les territoires ruraux du Maghreb. A la lumière d’un texte hagiographique du XIIIe siècle, M. Méouak délimite l’espace sacré et présente la toponymie berbère comme un marqueur du paysage.

            Sur la base de recueils de jurisprudence malikites, E. Voguet s’attache au rôle des murâbitûn (c’est-à-dire du maraboutisme) dans l’encadrement socio-politique et religieux des zones rurales à la fin du moyen-âge. Leur action a servi à la sédentarisation de populations nomades et à la gestion politique des territoires.

            Enfin, M. Campopiano se déplace dans l’Irak abbasside pour souligner l’importance de la fiscalité dans les relations des espaces ruraux avec les pouvoirs centraux. La diffusion du régime fiscal dit de muqâsama (où l’impôt est évalué en un pourcentage de récolte) est liée à une transformation de l’élite foncière. Le système permit un partage des risques entre l’Etat et les contribuables, mais entraîna une réduction des investissements nécessaires à l’expansion agricole. De même, en affermant ensuite les impôts aux riches propriétaires, les califes favorisèrent la spéculation aux dépens de la productivité agricole. Le recul de l’agriculture en Irak, sous les Abbassides, peut être ainsi associé à des systèmes d’imposition qui ont pénalisé l’extension des domaines cultivés et la gestion des ressources hydrauliques, sans en être la cause unique (ex. la révolte des Zandj au IXe siècle).

            Cette série de communications sert d’excellent complément pour qui veut comprendre l’histoire du Maghreb et d’al-Andalus du VIIIe au XVe siècle. Tributaire d’une documentation à la fois diverse et éclatée, elle éclaire la réflexion sur les espaces ruraux d’Occident dont l’étude reste à ce jour peu développée par rapport à l’Orient musulman.                                                                                                     



 
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