Nouvel état des lieux des littératures francophones : cadres conceptuels et création contemporaine

Recension rédigée par Guy Lavorel


Il s’agit d’un ouvrage collectif rassemblant des articles de divers chercheurs en la matière, plus orientés vers des parutions et des méthodes contemporaines, comme l’usage d’internet.

L’introduction en fixe d’abord un historique. On regrette de devoir corriger au prime abord quelques oublis, qu’on pardonnera à Véronique Corinus, si Mireille Hilsum n’a pu la renseigner ou omis de lui en faire part. En effet la part lyonnaise très importante à l’enseignement et à la recherche sur les littératures francophones, si elle est sans conteste beaucoup redevable à Charles Bonn apôtre des auteurs du Maghreb et du Machrek, doit une implantation ancienne et essentielle à l’Université Lyon 3, avec surtout Colette Demaizière, grammairienne ayant fréquenté l’Afrique et l’Amérique du Nord, qui a défendu la filière francophonie, en compagnie d’Isabelle Leroy-Turcan et de Jean-François Guéraud. Leur enseignement portait sur la littérature, la grammaire et la stylistique de textes d’Amérique du Nord, d’Afrique et du Liban. C’est un trio qui a remplacé ces pionniers, votre serviteur Guy Lavorel, rien moins qu’entouré de deux auteurs de ce présent livre, qui doivent forcément s’en souvenir, Mireille Hilsum donc et Jean-Pierre Longre, avec lesquels il travaillait en excellente harmonie. L’enseignement et la recherche sur les textes francophones ont été alors solidement établis, avec des heures obligatoires dans le cursus. A l’arrivée du Recteur de l’AUF, Michel Guillou, à l’Université Jean Moulin Lyon 3, qu’on ne peut décemment celer, la cellule francophone s’est intéressée non seulement à la francophonie littéraire mais à la Francophonie institutionnelle, et Guy Lavorel a donc collaboré à l’installation à Lyon 3 de l’Iframond puis de l’Institut International de la Francophonie, tout en gardant son enseignement littéraire. A sa retraite, il a passé le relais à Mireille Hilsum qui, faute d’enseignants de Lyon 3 collaborant sur d’autres pays francophones, a lié un accord avec Véronique Corinus de l’Université Lyon 2, puis plus récemment avec Gilles Bonnet de Lyon 3. Cette nouvelle cellule est donc celle qui anime ce qui est appelé ici « un nouvel état des lieux » avec des « cadres conceptuels » et un attachement à « la création contemporaine ». On excusera ce rectificatif certes un peu mordicant, mais nécessaire à une chronologie et à un état des lieux complet d’un investissement local.

L’ouvrage comprend donc trois parties : I. Réévaluer les corpus II. Reconsidérer les approches III. Revisiter les cadres théoriques. Il regroupe des réflexions intéressantes sur les concepts, les méthodes, ainsi que des entretiens. On ose avouer ici une préférence pour les articles consacrés à la littérature roumaine, aux contes, à la géographie littéraire. On s’intéresse bien sûr aux autres présentations, à l’évolution des approches renvoyant à ce qu’on appelle une « créolisation » cherchant une expression moins dépendante, mais difficile dans sa réception. On déplore parfois quelques dogmatismes négligeant des réalités locales, comme celle de l’histoire des éditions francophones longtemps inexistantes : qu’on regarde entre autres le Québec, l’Acadie, la Louisiane, bien sûr l’Afrique et ce qu’en donnaient les librairies françaises, jusqu’aux années 1980 et même plus ! Qu’on n’oublie pas la part de la francophonie d’Asie, dont le Liban, devenue difficile, ou celle plus favorisée de l’Europe, Suisse et Belgique notamment. Faut-il aussi regretter que Denis Laferrière se soit assis à l’Académie française ? Il faut lire ses écrits pour voir un esprit large, respectueux de ses origines, critique, mais ouvert au développement. Quant aux entretiens, leur mérite est qu’ils gardent toujours une approche plus directe et permettent souvent d’accrocher des réflexions piquantes et de stimuler la curiosité.

On lira donc avec circonspection cette assortiment d’articles, qui font une plus grande part aux œuvres de l’Afrique et des îles, ce qui peut rejoindre la tendance bien actuelle à une appréciation rénovée des orientations de la littérature francophone sur ces terres. Et on restera convaincu que cette littérature hors hexagone est riche, variée, pleine de dilemmes face aux problèmes d’identité autant que de réception, indubitablement à découvrir et redécouvrir.