Musée Schoelcher renaissance, la collection

Recension rédigée par Henri Marchal


C’est par une lettre de 1883 que Victor Schoelcher propose de léguer sa collection personnelle à la Guadeloupe qui l’avait élu représentant du peuple. Quatre ans plus tard, elle était constituée en musée et devenait à Pointe-à-Pitre le premier musée de Guadeloupe et le premier musée de France en Outre-Mer. Pour l’abriter, un bâtiment de prestige est élevé dans un style néo-classique exemplaire de la fin du XIXe siècle. La collection d’origine composite avait l’apparence d’un cabinet de curiosités qui s’est à la fois réduit (notamment par un cyclone ravageur en 1928) et enrichi au fil du temps. Cent ans plus tard, il fallait restructurer le bâtiment et rénover les espaces d’exposition pour renouveler le parcours des collections et l’accueil du visiteur, placés sous le regard de Victor Schoelcher. Désormais, le musée propose une découverte qui se décline selon quatre grandes thématiques : la genèse du musée, les années de jeunesse de Victor Schoelcher, ses voyages d’études et enfin l’abolition de l’esclavage et ses autres combats humanistes. Ce voyage dans le temps et l’espace éclaire l’itinéraire singulier du personnage ; il invite à mieux connaître l’histoire de l’esclavage et de son abolition.

Victor Schoelcher est né en 1804, l’année même de l’indépendance d’Haïti dans une famille spécialisée dans la fabrication et le commerce de la porcelaine. Très tôt, il manifeste son goût pour les arts. C’est un amateur de musique et un passionné des objets. C’est un collectionneur dans l’âme. Chaque étape importante de sa vie est marquée par des acquisitions qui témoignent de ses engagements. Ainsi se forme un amalgame hétéroclite jalonné d’objets-témoins modestes ou précieux.

Au cours de missions de représentation commerciale, il voyage au Mexique et remplit ses malles de souvenirs divers. Son retour par La Havane le confronte en 1830 à la cruelle réalité de l’esclavage. C’est à cette date que débute son combat abolitionniste. Pendant vingt ans, il lutte contre le système esclavagiste ; son étude sur l’esclavage contemporain le mène dans la Caraïbe, en Égypte et en Sénégambie.

L’éventail des objets collectés et présentés dans le musée illustre dans sa variété atypique un reflet de la vie, des voyages et des préoccupations du fondateur. On relève ainsi des faïences, des souvenirs pharaoniques, des peintures de la vie créole, des objets ethnographiques (paniers, instruments de musique, poteries, tabourets, couteaux, pagnes en perles). Évidemment, le thème de l’esclavage est omniprésent : serrure de case d’esclave, bracelet de servitude, collier de punition, carcan de marron, gravures sur l’embarquement de captifs africains, sur la vie servile et sur les châtiments d’esclave. D’autres objets rappellent sa cause antiesclavagiste tels ce camée anglais en porcelaine avec un esclave enchaîné (Am I not a man and a brother) ou une plaque en bronze, La Liberté l’esclave délivrant de ses chaînes, réplique d’un monument dédié à Houilles en 1904 à la mémoire de Victor Schoelcher.

L’ouvrage se décompose en deux parties inversées. Un côté a pour titre Renaissance. La Collection ; le côté opposé porte sur Renaissance. Le Bâtiment. Un important programme de restauration redonne corps et sens aux collections exposées. Simultanément, après son extension minutieusement décrite, un dialogue fructueux s’établit entre le patrimoine et le temps présent grâce aux acquisitions et aux commandes passées à des artistes plasticiens.  

Le catalogue s’étoffe par des textes signés par différents auteurs qui s’inscrivent dans le sillage de l’abolitionniste : ses derniers combats (notamment contre la peine de mort), la perception de sa mort, schoelchérisme et mythe schoelchérien, Schoelcher dans le chœur des abolitionnistes du XIXe siècle, artistes et gens de lettres dans le combat contre l’esclavage (XVIIIe-XIXe siècles), la colonisation nouvelle : comment coloniser après la fin de la traite négrière et de l’esclavage.

Sur la proposition de Gaston Monnerville, alors président du Conseil de la République, Victor Schoelcher entre au Panthéon avec Félix Eboué en 1949, pour avoir fait adopter le décret sur l’abolition de l’esclavage. Pourtant aujourd’hui, cette figure historique suscite la polémique de la part de militants qui n’ont pas hésité à détruire deux de ses statues en Martinique. Que lui reprochent-ils ? S’il avait obtenu une indemnisation des colons, il n’avait pas réussi à faire accepter un dédommagement pour les esclaves ! Pourtant, il avait dénoncé la coercitive « police du travail » instaurée après l’abolition de l’esclavage. Par ailleurs, il plaidait pour une politique d’assimilation visant à la transformation de la Guadeloupe en département français.

Le musée a vocation à faire face au passé et à offrir des perspectives pour l’avenir en des problématiques contemporaines. Des espaces sont réservés aux événements temporaires et à la pratique artistique sur les questions de société et d’histoire. Après le sucre pendant la période coloniale…Ce sont les data qui de nos jours valent de l’or !

Le musée ambitionne de servir d’outil exceptionnel pour lutter contre toute forme de discrimination et pour protéger l’accès à la culture.