Les troupes indigènes : ils sont morts pour la France

Auteur Jean Balazuc
Editeur L'Harmattan
Date 2021
Pages 512
Sujets France, Armée
Troupes sahariennes

Histoire

Chronologie
Cote 63.616
Recension rédigée par François Besson


Pendant 130 ans, les troupes indigènes ont été des troupes d’élite de l’Armée française. Elles ont participé à toutes les guerres jusqu’à celle d’Algérie. La construction de l’Armée d’Afrique était basée sur la création d’unités de locaux connaissant leur pays, langue et coutumes. Ainsi virent le jour les Zouaves, les Chasseurs d’Afrique, les Tirailleurs algériens, les Spahis. Engagés en différents conflits, leurs comportements exceptionnels ont permis les hautes décorations de leurs drapeaux.

Durant la Première Guerre Mondiale, à la bataille de la Marne, le maréchal Foch aurait dit : « la fortune a voulu que la Division marocaine fût là » et par ailleurs il est dit que « le rôle joué par les indigènes algériens a été grand. Leur sang est mêlé au sang français, leur acquérant des droits légitimes par des sacrifices communs ». L’auteur passe en revue les comportements héroïques des différentes unités qui comprenaient également des Européens d’Algérie. Il en ressort que deux régiments d’Afrique sont les plus décorés de France.

Dès le début de la Deuxième Guerre mondiale, les troupes nord-africaines font preuve de leur bravoure légendaire, d’un courage et d’une fidélité exemplaires. Après l’appel du 18 Juin du Général de Gaulle, le débarquement américain au Maroc et en Algérie en 1942, des réformes de l’Armée sont engagées et permettent sa participation à la campagne de Tunisie. Ainsi reconstituée, l’Armée d’Afrique dispose de 500.000 hommes, dont près de la moitié viennent d’Afrique du Nord. Elle sera engagée dans la libération de la Corse, la campagne d’Italie avec des faits d’armes héroïques, celle de la France, pour finir par celle d’Allemagne. Les pertes subies par l’Armée d’Afrique sont importantes et les Français d’Algérie ont gagné le droit de chanter le chant de guerre du 7ème Chasseurs d’Afrique : « C’est nous les Africains ».

Pendant la guerre d’Indochine, plus de 39.000 morts, parmi lesquels de nombreux tirailleurs marocains et algériens. Ils ont vécu le désastre de la R.C.4 et de Langson au Tonkin, l’évacuation de Cao-Bang avec des comportements héroïques, notamment des Tabors marocains. Mais le bilan est terrible avec ses morts, blessés ou prisonniers. Puis, après l’évacuation de Lai Chau, c’est en Novembre 1954 le début de Dien Bien Phu avec des travaux d’installation et d’implantation de points d’appui et l’attaque de 2 divisions Viets. Après de très violents combats, Dien Bien Phu tombe le 7 Mai 1954. Dans cette guerre, le total des tués est de plus de 47.000, dont près de 19.000 Africains.

Les troupes coloniales ont participé aux combats du Maroc et de Tunisie de 1952 à 1956. Une longue liste nominative de « Morts pour la France » tués en différents endroits, dont Oued Zem au Maroc, le rappelle.

Même engagement dans la guerre d’Algérie, dont les F.S.N.A (Français de souche nord-africaine) et qui débute le 1er Novembre 1954. De nouvelles structures plus adaptées au milieu sont créées, les G.M.P.R ou Groupe Mobile de Police Rurale, avec un recrutement strictement musulman. Des troupes à cheval sont également mises sur pied. Si les combats perturbent l’Armée française, la guerre fait rage entre les nationalistes du Mouvement National Algérien et du Front de Libération Nationale. En Avril 1954, les fellaghas massacrent plusieurs centaines de villageois. La longue liste des « Morts pour la France » se poursuit pendant plus d’une dizaine de pages. Dès 1955, les pertes françaises sont de près de 200 hommes par mois. Suit une nouvelle liste de « Morts pour la France », souvent dans des circonstances atroces, expressément voulues par le F.L.N.

Pour lui répondre et pour défendre les populations, les S.A.S, Sections Administratives Spécialisées, voient le jour. Il en est de même avec la création des « harkas » ou « goums militaires » avec les premiers Groupes d’autodéfense, sortes de milices rurales. Devant l’intensification des accrochages, le recrutement des harkas va atteindre 61.000 hommes et en 1960 lors de prise d’armes, les harkis portent fièrement leurs décorations. Mais dès le 19 Mars 1962, l’Armée française commence à désarmer ses fidèles harkis : certains avec le soutien de leurs officiers, peuvent prendre le bateau pour la France mais la plupart seront massacrés.

L’importance des harkis répondait à un impératif psychologique pour montrer au monde que les Musulmans d’Algérie se battent majoritairement dans le camp français. Avec l’exemple des harkis, on compte aussi voir se multiplier les « ralliements » de population.

En 1957, la bataille d’Alger est gagnée mais le conflit s’enlise dans le pays avec sa série de « Morts pour la France » que l’auteur a répertoriés dans plus d’une cinquantaine de pages jusqu’en 1959 et l’autodétermination proposée par le Président de la République.

De nouvelles structures sont mises en place, de nouvelles opérations sont tentées mais les combats continuent avec férocité, d’où un nouvel allongement de la liste des « Morts pour la France ». Mais les nouvelles orientations du Général de Gaulle qui évoque l’Algérie algérienne inquiètent les partisans de l’Algérie Française au sein de l’Armée. La liste des exactions se poursuit jusqu’en fin 1961 avec d’importantes pertes dans les 2 camps, y compris les civils.

Le 26 Mars 1962, des civils français sont abattus par des balles françaises à Alger. En Septembre 1962 commence l’exode massif des Européens.

Des harkis sont rendus à la vie civile où, avec leurs familles, ils sont massacrés dans des conditions d’une extrême cruauté par le FLN. A partir du 17 Avril, c’est le début des enlèvements d’Européens, notamment à Oran – de 3.000 à 6.000 - et la poursuite des massacres de harkis dans toute l’Algérie, en dépit d’actions désespérées de leurs officiers pour les sauver.

De 1952 à 1962, 2 millions de soldats ont combattu sous le drapeau français ainsi que 200.000 supplétifs. Avec beaucoup de rectitude, l’auteur fait un bilan des pertes civiles et militaires dans les deux camps. Il est très éloigné de celui du FLN auquel il rajoute celui de la rivalité impitoyable entre le FLN et le MNA.

Le 2 Juillet 1962, c’est la fin de la guerre d’Algérie mais les massacres se poursuivent, contre les Pieds-Noirs et les harkis, sans intervention de l’armée française.

La liste des « Morts pour la France » s’allonge.

Le silence s’abat sur l’Histoire, le passé.

Silence également sur la participation exceptionnelle aux deux grandes guerres de libération de la France et les sacrifices consentis par les musulmans algériens.

Certains régiments de chasseurs d’Afrique, de zouaves ou de tirailleurs vont être dissous ou relocalisés en France.

Une annexe finale de ce livre de mémoire rappelle, en particulier, les campagnes et les unités qui formaient l’Armée d’Afrique.