La vie brisée d'Eugénie Djendi : de l'Algérie à Ravensbrück, la légende et la mémoire

Recension rédigée par Guy Lavorel


Quand on évoque Ravensbrück, l’émotion presse la mémoire, car on sait combien ce lieu renvoie à des sévices et des exterminations, plus spécialement aux femmes et aux enfants. Des noms ressortent de cette tragédie. Celui d’Eugénie Djendi n’est pas le plus connu. L’œuvre des deux auteurs n’en a que plus de mérite en nous faisant découvrir le cheminement de cette femme exécutée à seulement 22ans…

Le livre est une biographie établie sur des archives et de nombreux témoignages. Il s’agit d‘établir progressivement comment cette jeune femme, dont l’enfance est déjà difficile à suivre, vu la complexité d’une famille dispersée dans son existence autant que dans les documents qui en témoignent, s’est engagée dans la vie militaire et s’est retrouvée parachutée en France, trahie, prisonnière des nazis et exécutée.

En dix-huit chapitres et des annexes, on suit dans les moindres détails tout ce qui a concerné la jeune fille et la femme passée des transmissions à des « travaux ruraux », lesquels cachaient de l’espionnage : sa jeunesse, son adolescence, son engagement pour fuir une solitude et rencontrer de la compagnie, puis son travail dans les communications militaires, avant de rejoindre les services spéciaux, devenir agent, être parachutée après un séjour en Angleterre, trahie, capturée par les Allemands et déportée à Ravensbrück pour y être assassinée. C’est aussi une chronique qui renvoie à des lieux successifs, notamment Alger et la Tunisie.

Ce livre est une volonté de témoigner, avec le besoin de compenser le manque de renseignements par une quête et un récit des plus vivants, comme dans une enquête, pour honorer cette héroïne et essayer de comprendre sa vie autant que ses motivations. C’est dire qu’on cherche tous les liens qui peuvent éclairer cette existence. Les annexes vont dans ce sens, avec cette volonté d’établir une mémoire digne de celle qui a vécu une « vie brisée ».

La lecture est facile et captivante, au gré de ces événements qui lancent des possibilités d’espoir et d’intérêt avant de déboucher sur l’enfer de la capture et de l’exécution.

C’est donc un beau témoignage que les auteurs ont voulu tenter. La gageure n’a pas craint des recherches constantes pour confirmer des rumeurs, des on-dit. On voit la ténacité des chercheurs qui ne veulent pas dire sans preuves, parfois sans espoir de vérité. Entre l’histoire et la relation presque journalistique, on sent et on apprécie des auteurs touchés par la personne qu’ils ont voulu honorer au-delà de la légende.