Ménélik. Une Abyssinie des photographes (1868-1916)

Recension rédigée par Stéphane Richemond


Le dernier ouvrage d’Hugues Fontaine, consacré à Ménélik II (1844-1913), l’empereur d’Éthiopie, dit Le Roi des rois, n’est pas un livre d’histoire mais un livre d’images, en ce sens que ce ne sont pas les images qui illustrent l’histoire de l’Éthiopie durant le règne de Ménélik, mais l’histoire qui commente les images. Cependant le travail de l’auteur n’en est pas moins noble car il se situe en amont de celui de l’historien en mettant à disposition des chercheurs (historiens, géographes, ethnologues, urbanistes…) des sources de premier plan qui nécessitèrent de nombreuses années de recherches assidues tant dans les fonds publics que privés.

En publiant cet ouvrage, l’auteur a atteint un double objectif :

Le premier fut de présenter, pour la première fois, une synthèse de l’iconographie existante sur Ménélik II. L’auteur y a merveilleusement réussi au prix d’investigations longues et tenaces en France, mais aussi en Italie (Archivio IsiAO, Rome, Società Geografica Italiana), en Suisse (fonds Alfred Ilg, musée d’Ethnographie de Zurich), en Autriche (Académie des Sciences), en Grande-Bretagne (Royal Geographical Society), en Éthiopie (fonds de l’Institut d’études éthiopiennes). Il a aussi pu obtenir par des échanges de correspondances des images conservées en Russie (fonds du Kunstkamera Museum et du musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) et aux États-Unis (fonds du Massillon Museum), car l’une des difficultés auxquelles l’auteur fut confronté a été la très grande dispersion de l’iconographie de Ménélik. En effet, nombreux furent les photographes-voyageurs de divers pays qui immortalisèrent par leurs clichés l’Abyssinie de la fin du XIXe siècle et du début du suivant.

Cette somme d’images du plus haut intérêt réunie sur Ménélik n’avait jusqu’alors aucun équivalent.

Le second objectif fut de permettre au pays concerné, ici l’Éthiopie, de bénéficier de ces images, car celles des pays d’Afrique se trouvent presque toujours en Europe. L’auteur a donc entrepris de faire traduire son livre, non seulement en langue anglaise, mais surtout en amharique, c’est-à-dire dans la première langue nationale.

L’ouvrage présente quelques magnifiques photographies anciennes et inédites parmi lesquelles figurent Ménélik suivi de ses importantes troupes, d’après un cliché dû sans doute à Edmond de Poncins, vers 1897, de même une des dernières de l’empereur, prise à la fin de sa vie par le docteur Kohanovski. Évoquons de même des photographies précieuses de bâtiments anciens, telle la maison de l’ingénieur Alfred Ilg à Entoto et aussi plusieurs vues de palais royaux et de paysages urbains.  L’iconographie du chemin de fer franco-éthiopien n’est pas oubliée non plus. À ces images s’ajoute une trentaine de photographies de l’auteur prises dernièrement.

Ajoutons que ce livre comprend un intéressant chapitre sur la cartographie ancienne du pays dont l’auteur, qui collabore au programme international Ethiomap, exploring modern maps of the Horn of Africa (18th – 20th centuries), est un très bon connaisseur. Citons en particulier celles dessinées par le Français Rocher d’Héricourt vers 1843, par l’Allemand Petermann en 1876, par l’Italien Giuseppe della Vedova vers 1883. Mentionnons aussi plusieurs plans anciens d’Addis-Abeba, notamment du Ghebbi, le palais impérial.

L’ouvrage d’Hugues Fontaine est l’aboutissement de longues années de travail qui ont déjà donné lieu à plusieurs publications sur des sujets proches. Citons Un train en Afrique – Djibouti-Éthiopie (édition du Centre français d’études africaines et Shama books), en 2012, Arthur Rimbaud photographe (les éditions Textuel), en 2019. Mentionnons aussi plusieurs expositions organisées par l’auteur telles, au musée Arthur Rimbaud à Charleville-Mézières, Alfred Ilg, un Suisse en Abyssinie 1878-1906, en 2016, suivie de Rimbaud Photographe, en 2019 ; enfin, à la bibliothèque du Carré d’Art de Nîmes, Rimbaud – Soleillet, une saison en Afrique, cette année 2020, avec le concours de Jean-Jacques Salgon et Philippe Oberlé.