Une seule terre en partage

Recension rédigée par Christian Lochon


M.Goudrot, après avoir rappelé quelques éléments historiques de l’Antiquité sur Jérusalem et la région palestinienne, consacre la plus grande partie de l’ouvrage aux événements qui ont précédé et suivi la proclamation de l’État israélien (15 mai 1948) entraînant la guerre avec les milices palestiniennes soutenues avec des intérêts divergents par des régiments des pays arabes. Auparavant, le 29/11/ 1947, l’ONU avait voté la résolution 181 (p.10) qui acceptait le partage de la Palestine en deux États distincts avec un statut spécial pour Jérusalem, accepté par 33 pour, 13 contre, 10 abstentions ; Fares El Khoury, délégué syrien, avait pressenti alors que « les lieux saints allaient traverser de longues années de guerre » (p.44).

Les Juifs ne furent plus autorisés pour une longue période à résider à Jérusalem après que les Romains aient détruit la ville et le Temple en 70 (p.23). Ce ne sera qu’en 1860 que les Turcs laisseront s’établir un quartier juif extramuros (p.45). Les accords Sykes-Picot (p.9) devaient placer la Palestine, Jérusalem, et les Lieux Saints sous gestion internationale, mais le 11 décembre 1917, le général Allenby s’arrangea pour entrer le premier à Jérusalem alors qu’il n’y avait plus de combats et en écartant les Français. En fait, la Déclaration Balfour en 1917 avait jeté les bases de l’immigration massive juive (p.9).Aussi le mandat britannique imposé à la Palestine en 1920 ne fut pas de tout repos. La Vieille Ville comptait alors 27 synagogues et 10% de Juifs (p.69). Lorsque le mandat prendra fin, les milices juives et arabes s’empareront de toutes les garnisons anglaises abandonnées. Mais à Jérusalem, les Juifs n’ont que 5.000 hommes de la brigade d’élite Palmach, 5.000 de la Haganah et 10.000 hommes plus ou moins bien armés mais sans artillerie (p.106) et qui assurent les combats de rue (p.184) ; il faudra donc compter sur les renforts envoyés de Tel-Aviv par une route unique occupée à partir de Ramleh par les résistants arabes. Après la prise de l’Abbaye de Latroun, où se trouvait la station de pompage d’eau de la Ville Sainte, par la Légion Arabe transjordanienne, ce sera une mission impossible. La partie juive extramuros et l’hôpital hébraïque isolé sur le Mont Scopus resteront aux mains des milices hébraïques qui y planteront le nouvel étendard national aux couleurs du châle liturgique talih, bleue et blanche (p.41). Jérusalem sera séparée en deux parties qui s’affronteront quotidiennement jusqu’en 1967.

L’auteur semble regretter l’extrémisme des milices juives qui se singularisèrent par les actions de sabotage de la Haganah en 1946, 1947, l’attentat d’Irgoun contre l’hôtel du Roi David en juin 1946 qui fit 91 morts (p.52) et sa responsabilité du massacre de Deir Yassin le 9 avril 1948 (p.128). Le 16 septembre 1948, le Groupe Stern assassine le Comte Bernadotte observateur suédois des Nations Unies.

Du côté palestinien, des soulèvements éclatèrent à partir de 1929 puis en 1931, 1935, 1936-1939 (p.47) ; au cours de ces trois années, 3500 arabes, 2500 juifs, 800 britanniques furent tués (p.80). Les milices palestiniennes ne s’entendaient pas entre elles ; Fawzi Al Kawadji Chef des Volontaires arabes était contesté par Abdelqader el Husseini et par Hadj Amine El Husseini Grand Mufti depuis 1922 et qui s’était réfugié à Berlin (p.50) ; cette mauvaise organisation du côté arabe (p.127) fit fuir au cours de l’année 1948 700.000 Palestiniens dans les pays limitrophes. Leurs descendants en diaspora seraient en 2020 dix millions (p.333).

En 1948, la Ligue Arabe comptait sept États, l’Égypte, l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen, la Transjordanie, l’Arabie Saoudite (p.61). La Légion Arabe transjordanienne encadrée par Glubb Pacha et des officiers britanniques était la force armée arabe la plus disciplinée (p.61) et elle sauvera la situation à Jérusalem (p.194) ; cependant, le Roi Abdallah avait négocié la rive droite du Jourdain avec Bevin (p.95), puis avec Golda Meir le 10 mai 1948 (p.158). 40.000 Égyptiens investirent le Neguev mais les officiers ne participèrent pas au combat laissant leurs troupes sans fournitures ni ravitaillement (p.228). 800 Marocains débarquant à Saïda (p.155) se joignirent aux 10.000 Égyptiens, 8.000 Jordaniens, 12.000 Palestiniens, 5000 de l’Armée de Libération arabe, aux effectifs syriens et irakiens (p.186) qui prirent part au combat à Jérusalem. L’auteur explique que les Arabes n’auraient pas dû accepter les trêves successives du 11 juin (p.243) et du 18 juillet 1948 (p.259) car cela permit à Tsahal, nom de la nouvelle armée israélienne, de se maintenir à Jérusalem en bénéficiant des livraisons d’armes de l’étranger. L’armistice (mentionné sans date) sera signé sous l’égide de l’ONU avec l’Égypte, le Liban, la Jordanie et la Syrie. Plusieurs affrontements vont s’ensuivre, l’intervention franco-britannique à Suez en octobre 1956 (p.267), la Guerre des Six Jours en 1967, au cours de laquelle quatre armées arabes furent tenues en échec avec 455 avions arabes abattus, 20.000 tués arabes et 760 Israéliens (p.273) et la Vielle Ville de Jérusalem occupée. Par contre, la guerre de Kippour en 1973 mit Israël en danger du fait de la défaillance des services d’écoute israéliens (p.293) mais les Égyptiens commirent l’erreur d’avancer dans le Sinaï sans être couverts par l’aviation (p.397). Deux invasions du Liban en 1982 (p.314) et en 2008 (p.333) causèrent la destruction massive de sites civils.

M. Goudrot estime que la construction du mur intra-palestinien de 730 km ne réussira pas davantage à imposer la volonté israélienne au camp imposé. Il faudra bien qu’on en revienne à la déclaration de Shimon Peres « Le prix de la paix peut sembler prohibitif ; celui de la guerre a un coût infiniment supérieur ». (p.336).

On appréciera la chronologie des événements en Palestine (p.27 à 31) et les encarts comportant des cartes géographiques et des photos (entre les pages 166 et 167). Ce qu’on peut regretter dans ce livre, en plus du manque de données bibliographiques, c’est qu’on a l’impression de lire un rapport constitué de fiches successives rapportant des détails factuels et non une étude développée en chapitres qui induisent une synthèse.  Ainsi, des paragraphes entiers sont repris d’une « fiche » à l’autre comme l’histoire d’Hérode qui se répète pages 23, 27, 33, 35, 37. Une relecture aurait pu éviter de parler de « cités du TIBRE » (p.85) au lieu du « TIGRE », d’un « prêtre arabe christianisé » (p.153), du « martyr » du peuple juif pour « martyre » (p.235), du « régime du Hassad » pour « d’El Assad » (p.334) ; quant à Nuri Saïd, il n‘a pas été assassiné en 1948 mais en 1958 (p. 257).