Lettre à Anita : souvenirs de l'ardoise magique

Recension rédigée par Jean Nemo


Serge Moati est un « touche-à-tout », dans le bon sens du terme, « réalisateur, journaliste et écrivain », aujourd’hui au milieu de la septantaine. De famille juive tunisienne, il arrive en France, orphelin, à onze ans, peu après la disparition de ses père et mère, décédés en 1957 à peu de mois d’intervalle. Son père fut de la Résistance, franc-maçon, déporté évadé qui peu après participa à la libération de Paris.

Curieusement, son fils Henry emprunte dans ses nombreuses activités le prénom de son père. Il fut interne au lycée Michelet de Vanves. Il y poursuit d’assez brillantes études, participe tôt à la lutte contre l’OAS, à la Fédération anarchiste puis à la SFIO, sera quelque temps, en 1971, conseiller de François Mitterrand pour l’audio-visuel puis en 1981 pour participer au débat préalable à l’élection présidentielle.

Il commence une carrière de figurant dans plusieurs films, il publie plusieurs ouvrages de fond sur Israël, sur le tard il dirige une société de taille moyenne de production de télévision. Il s’agit ici du dernier paru - sous forme de testament ? - et il y est écrit dès les premières pages « C’est comme ça un Papy, ça raconte. Moi, ça m’a manqué les histoires de famille. Alors, je me rattrape. ».

Comme il est souvent le cas, un ouvrage est peu compréhensible s’il n’est pas replacé dans une filiation d’ouvrages précédents. Mais celui-ci a un but évident : combler l’absence d’histoire familiale pour en faire bénéficier sa première petite-fille, Anita. Car cette histoire existe bien.

Les Moati, du côté paternel, sont issus de Juifs portugais et espagnols, ayant fui l’Inquisition pour la Toscane, devenant dans ce pays accueillant des « juifs chics », de « la haute », fondant des comptoirs autour de la Méditerranée.

Côté maternel, des Juifs « pur jus » plus ou moins boutiquiers. D’où l’émotion classique face à la mésalliance entre une famille emperruquée et une famille ne craignant pas les moustiques.

« Tous nos ancêtres nous ont fait ». Ou comment faire comprendre à Anita qu’elle possède la Méditerranée ?

Un mot sur « l’ardoise magique », partie du titre de l’ouvrage. Car cette ardoise accompagnera le récit-testament. Il s’agit d’un cadeau de papa Serge à son fils, vers ses huit ans, d’abord fort mal reçu du bénéficiaire qui y écrit rageusement « Papa m’aime pas, pas du tout ». Il la retrouve peu de temps après avec un complément écrit par le papa « Papa ne t’aime pas, mon chéri : il t’adore ! … ».

Testament ou message d’un homme auquel des alertes médicales ont confirmé que la vie est comptée et qu’il importe de laisser des souvenirs.