Algérie, la nouvelle indépendance

Recension rédigée par Jean Nemo


Jean-Pierre Filiu traite ici, comme c’est souvent le cas dans son abondante bibliographie, d’une question qui fit parfois mais peu souvent la une de nos médias français, les manifestations hebdomadaires qui ont animé pacifiquement nombre de villes algériennes.

On rappellera tout d’abord que ce professeur à Science-Po, deux ou trois fois invité dans des universités américaines, est coutumier de l’analyse de l’actualité, journalistique comme universitaire. Notamment à propos du pourtour musulman de la Méditerranée et de ses relations avec le reste du monde. Il fut, pendant deux décennies, diplomate dans divers pays, de la Syrie aux USA. Il semble qu’il soit, de l’opinion de certains de ses confrères, plutôt tenté de rédiger ses analyses avec un certain pessimisme, guère étonnant dans les univers où il a vécu et exercé ses divers métiers. Si cette réputation était fondée, l’ouvrage sous revue ferait exception : il est conclu par la phrase suivante : « Jamais la promesse de la libération n’a été aussi accessible en Algérie ». Libération du ou des peuples, des personnes victimes des mœurs, de la confiscation par les militaires du pouvoir ?

 Laquelle Algérie connut une longue guerre d’indépendance, une décennie noire, mais depuis quelques mois le « hirak » (« mouvement ») hebdomadaire. 

La dizaine d’assez courts chapitres de l’ouvrage doit se lire, sinon dans l’ordre, du moins comme un tout, une logique certaine étant la marque de cet ouvrage. Ils commencent par la première « descente dans la rue », le 22 février 2019, d’une population pacifique, dans des dizaines de villes, malgré l’interdiction de manifester. Le pouvoir en place, incertain mais militaire après le décès de Bouteflika, pense que ces rassemblements hebdomadaires s’essouffleront rapidement. Surprise, voire blasphème, le « bismillah » est remplacé par « bism-al-haqq », soit « au nom de Dieu » par « au nom du droit ».

Cette chronique quasiment au jour le jour de cette révolution pacifique se conclut par un chapitre intitulé « La promesse de la libération » : « Dans un cas comme dans l’autre, le formidable patriotisme du peuple algérien a fait mentir l’approche superficielle du rapport de force…Jamais la promesse de la libération n’a semblé aussi accessible en Algérie ».

Il est vrai que ces longs mois de manifestations pacifiques qui ne s’essoufflent pas sont remarquables si l’on se réfère à d’autres régions du monde où la révolte populaire se déroule dans le sang et les larmes, avec nombre de morts ou, s’agissant de la France par exemple, avec quelques blessés…

Il était bon de rédiger cette chronique et les explications argumentées des évènements qui n’ont rencontré, de la part des médias occidentaux, qu’assez peu d’écho, encore moins d’attention.