Histoire de la recherche agricole en Afrique tropicale francophone ... Volumes I à IV

Auteur René Tourte
Editeur l'Harmattan
Date 2019
Pages 610 ; 621 ; 871 ; 1278
Sujets Agriculture
Politique agricole

Afrique francophone

1870-1914

1900-1945

1945-1970
Cote 62.903-62.904-62.905-62.906
Recension rédigée par Jean Nemo


Il s’agit ici, comme les différents titres des quatre volumes l’indiquent, certains atteignant plus de 1300 pages, d’une somme dont il ne peut être question de rendre compte en détail. Du reste, ils sont d’abord à consulter par des spécialistes, agronomes ou chercheurs. Mais pas seulement, on le verra.

Il existe une incertitude : la FAO, à la  demande de qui ces volumes ont été édités, en annonce six. Les manquants seraient un volume II, «Le temps des découvertes et des brassages intercontinentaux ». Il semble probable que l’éditeur l’Harmattan, en 2019, ait regroupé ces titres. Les éditions signalées par la FAO remontent en effet à 2010.

L’auteur est à la fois un ancien de l’ORSTOM (aujourd’hui IRD) qui fut détaché au CIRAD, organisme de recherche, uniquement dédié à la recherche agronomique sous et entre les Tropiques. Sa soif d’écrire et de témoigner ne s’arrête pas là, une abondante bibliographie en atteste. Aujourd’hui retraité, il a passé près de trente ans au contact d’hommes politiques, d’autres chercheurs mais aussi et surtout des paysans africains. Il s’est à maintes reprises interrogé sur leurs savoirs agronomiques, si ce qualificatif peut être utilisé pour des savoirs moins liés à la recherche. Il a constaté « un savoir immense », même si non écrit. Et il s’est interrogé sur ce qu’a pu leur apporter la colonisation et ses méthodes de « mise en valeur » puis de développement au moment des décolonisations.

La recherche agronomique a suivi au fil des temps la même évolution, la liste des titres des quatre volumes en témoigne.

Tout d’abord et avant les temps coloniaux, pendant les siècles où l’Afrique était pour les Européens « terra incognita », mais aussi terre de tous les fantasmes quant à ses richesses supposées : thème du premier volume, avec un crochet sur la préhistoire pendant laquelle les savoirs traditionnels des paysans africains sont ressuscités. D’autres continents ou grandes régions du monde ont été le siège de bien des « jardins tropicaux » destinés à la recherche au bénéfice des planteurs, grands ou petits. Sauf en Afrique…

Le second et le troisième volumes traitent de la période coloniale et de ses différentes époques : celles des « jardins d’essai », puis de la « mise en valeur », selon des modèles de recherche importés.

Enfin le quatrième volume, celui où l’on ne parle plus de « mise en valeur », mais de « développement ».

La « recherche agronomique » ou, dans un premier temps, la « recherche agricole », recherche très finalisée, suit ces différentes étapes : celle où les cultures d’exportation sont privilégiées, ou celle de la « mise en valeur », cette fois par les paysans eux-mêmes. Pour la première, l’on sait qu’elle s’intéressa d’abord aux cultures de grande plantation, négligeant les petites plantations indigènes. Ou qu’elle s’appuya sur des analyses peu fondées : l’échec, dans les années 1930, de l’Office du Niger ou d’autres organismes similaires ailleurs, est flagrant.

Or les Africains surent importer ou acclimater bien des plantes venues d’ailleurs ou leurs variantes : le riz et l’arachide par exemple. Ce, contrairement à la « doctrine » admise, selon laquelle l’importation des techniques et recherches venues d’Europe était indispensable. 

Autre exemple « d’idées fausses » : il fut admis pendant longtemps que la culture attelée et les chariots attelés étaient incompatibles avec l’agriculture « indigène ». D’expérience personnelle, au Niger, milieu des années 1960, des projets de culture attelée abondamment financés par la FAO furent un échec, imputable en partie à l’ignorance et à la résistance des paysans. Trente ans plus tard, la densité démographique aidant et les terres agricoles disponibles se rétrécissant, les araires et chariots attelés étaient visibles partout ou presque dans des campagnes qui n’étaient plus « la brousse ».

Comme il a été dit au début de cette note de lecture, le travail de René Tourte est impressionnant et, n’était-ce l’épaisseur des quatre volumes de l’Harmattan et les difficultés de lecture qui en découlent, on ne saurait trop recommander ces quatre ouvrages au lecteur intéressé par l’histoire de la recherche et par celle des différentes approches, plus ou moins doctrinales dans le temps. Y compris tout d’abord par l’accent donné aux savoirs des paysans. Mais aussi par l’évolution des « doctrines ». Simple notation personnelle, le temps est loin où l’on pouvait se permettre d’écrire « L’Afrique noire est mal partie ». Il est vrai que cette Afrique mal partie n’était pas celle des paysans.

René Tourte aborde la question différemment, c’est le grand intérêt de ses ouvrages. Il l’aborde avec une grande sympathie, beaucoup d’objectivité, et en homme qui a vécu sur le terrain et « au contact ».