Dumont d'Urville

Recension rédigée par Yves Boulvert


Jules Dumont d’Urville naît le 23 mai 1790 à Condé-sur-Noireau dans le bocage normand. Son père, bailli héréditaire important, échappe de peu à l’échafaud mais il décède en 1797. Jules court la campagne ; à six ans, il lit la Bible mais ne sait pas écrire. Il est envoyé à Bayeux, puis au lycée de Caen. En 1807, il échoue à l’oral de Polytechnique ; mortifié, il s’engage dans la marine, alors moribonde, sous l’Empire. Faute d’embarquement, il compare à la bibliothèque de Brest, l’hébreu, le grec et le latin, et étudie l’anglais, l’allemand, les mathématiques et les sciences naturelles. A Toulon, en 1815, il épouse, sans le consentement maternel, une roturière, Adèle Pépin.

             Enfin, en 1819, il embarque sur la Chevrette pour cartographier les îles de la Méditerranée orientale. A chaque escale, il descend collecter plantes et insectes. En avril 1820, en escale à Milos, île des Cyclades, proche de Paros, apprenant qu’un paysan vient de découvrir une statue antique, il sait convaincre l’ambassadeur de France à Constantinople de l’acheter. Celui-ci accepte la proposition et offre la statue au roi Louis XVIII qui la fait déposer au Louvre : c’est la Vénus de Milo !

             Grâce à sa « Flore de l’archipel et des côtes du Pont-Euxin », rédigée en latin, il est admis à la Société Linnéenne, tandis qu’avec sa « Notice sur les galeries souterraines de l’île de Milos », il entre à la Société de Géographie. Sous les ordres de son ami Duperrey, il effectue sur la Coquille un tour du monde de 1822 à 1825, dont il rapporte 3 000 plantes au nombre desquelles 400 nouvelles et 1 000 espèces d’insectes. L’Académie décide de publier sa « Flore des Malouines ». Il devient Capitaine de frégate, tandis que la relation de son voyage sera publiée en sept volumes et quatre atlas !

             En 1826, il repart vers les Terres Australes sur La Coquille (rebaptisée l’Astrolabe) qui joindra Ténérife au Nord-Ouest de l’Australie en trois mois sans escale. En 1827, entre les deux grandes îles de Nouvelle-Zélande, l’expédition découvre en baie de Tasmanie l’oiseau coureur Kiwi, l’île « d’Urville » et les récifs du « French Pass ». La côte orientale de l’île Nord est relevée. L’Astrolabe reste trois jours échouée sur des brisants avant de se dégager.

            Via les Tonga et les îles Loyauté, il parvient en Nouvelle-Guinée : « Ses récifs sont aussi dangereux que ses populations mais son potentiel scientifique est considérable ». Le 21 février 1828, il atteint Vanikoro, recueillant les témoignages sur les rescapés du naufrage de l’expédition Lapérouse, 40 ans auparavant. Effectuant un lever hydrographique de l’île, l’enseigne Gressien retrouve : ancres, canons et boulets « empâtés dans le corail » du récif. Le retour à Toulon en 1829 s’effectue à petites étapes, l’équipage ayant perdu 12 hommes, laissé à la Réunion 14 malades et ayant eu trois déserteurs. Promu capitaine de vaisseau, Dumont d’Urville publie : « Voyage de la corvette l’Astrolabe » en 17 volumes dont 4 atlas. En 1832-33, l’épidémie de choléra sévit ; il perd trois enfants et sa mère qui « avait toujours refusé de rencontrer Adèle et même de le revoir ».

             En 1837, Dumont d’Urville est envoyé vers le Grand Sud avec « l’Astrolabe » et la « Zélée ». Ayant découvert deux îles au sud des Shetland, il remonte la côte chilienne, fait escale aux îles Marquises, et de la Société, aux Fidji, retrouve Vanikoro et, d’Hobart en Tasmanie, met le cap au Sud. Le 20 janvier 1840, il déploie le drapeau français sur un rocher auquel il donne le nom de sa femme. C’est la Terre Adélie en Antarctique. Par Timor et Sainte-Hélène, l’expédition regagne Toulon ayant laissé 22 morts. Il est promu Contre-amiral. Le dimanche 8 mai 1842, rentrant des Grandes Eaux de Versailles pour la fête du Roi, il périt à Meudon dans une des premières catastrophes ferroviaires. Les portes avaient été verrouillées, la locomotive déraille, les wagons s’enchevêtrent et s’enflamment ... 

            L’iconographie de cet ouvrage est raffinée : cartes anciennes, portraits, superbes dessins et gravures d’histoire naturelle, lithographies et tableaux du XVIIIe et XIXe avec un tropisme marin inhérent au sujet : vues sur les ports, les navires, les paysages côtiers, la mer tourmentée. Les esquisses géographiques des régions parcourues permettent de localiser les escales ; toutefois - léger regret - les sites de l’île d’Urville, des îles Louis-Philippe et Houa Houa ne sont pas précisés. Livre très soigné, agréable à lire, mettant en avant une personnalité remarquable, douée d’une curiosité insatiable pour les sciences de la vie et de la terre, pour les hommes et leur environnement.