La marine et les colonies à l'époque révolutionnaire et impériale : supplément à la Bibliographie française sur la marine et les colonies, 1789-1815

Recension rédigée par Josette Rivallain


Dans l’introduction, Bernard Gainot explique que ce livre est avant tout un supplément à la Bibliographie française sur la Marine et les Colonies : 1789-1815, rééditée en 2003. Il fait également suite à celui de Philippe Heurat, Répertoire général des Archives de la Marine, XVIè-XVIIIè siècle, paru également aux éditions de la SPM, en 2018.

L’ouvrage est articulé autour de quatre parties :

- La première, classée par ordre croissant de numéro, apporte des précisions sur les références des lieux cités.

- La seconde classe les auteurs par ordre alphabétique, avec des renvois aux numéros des documents communs aux autres notices comportant les mêmes noms.

- La troisième classe les délibérations, minutes, extraits de registres par numéro d’enregistrement,  précisant leur contenu et indiquant les numéros de dossier des archives qui le conservent.

- La quatrième est une sélection de textes officiels classés par ordre alphabétique et numéro d’enregistrement : arrêts, lettres, ordonnances, proclamations, règlements.

 Tout le travail s’appuie sur deux ensembles de sources précisant l’étendue des connaissances à l’époque de la Révolution de l’empire colonial français à la fin du XVIIIe siècle et des interrogations sur son devenir au début du XIXe siècle. Sont recensés des imprimés qui ne l’avaient pas encore été, provenant des Archives Nationales série D XVI (Comité de la Marine), série DXXXV (Comité des Colonies), série F (sous-série Colonies dite Collection Moreau de Saint-Méry), les mettant ainsi à la disposition de tous. L’auteur a également sondé les séries figurant au catalogue informatique de la Bibliothèque Nationale et des bibliothèques de la Seine-et-Marne. Au total, il apporte  un enrichissement de 1507 nouvelles notices, soient 7145 références de textes écrits variés. La période traitée est complexe et a laissé beaucoup d’écrits et d’archives : délibérations, minutes arrêts, extraits de registres, textes officiels et même anonymes. L’ensemble s’achève par un index alphabétique répertoriant les noms de personnes, de lieux, les noms de revues de l’époque, les mots-clés.

 Ces dossiers archivés témoignent des structures mises en place à la Révolution française : le Comité des Colonies fut formé par deux colons le 2 mars 1790 et reconduit à plusieurs reprises : A. De Lameth, rapporteur A. Barnave, furent des relais du Club Massiac qui tentait de rassembler groupes de planteurs et représentants du grand négoce colonial, opposés aux Philanthropes et aux Amis des Noirs. En 1792, le comité se transforma en tribunal chargé d’instruire le procès de la contre-révolution coloniale.

Recomposé en 1793, il devint prépondérant en matière d’affaires coloniales surtout avec le développement de la guerre entre la France et l’Angleterre. Le Comité de Salut Public lui accorda l’impulsion nécessaire pour jouer un rôle de jury d’accusation en matière coloniale. La commission des Colonies, ou commission Garan-Coulon, formée le 9 vendémiaire An III, hérita de la mission de juge d’instruction en matière coloniale. C’est devant elle que paraissaient accusés et accusateurs du « procès Sonthonax », publié en fructidor An III. La Convention décida que cette commission devait rassembler des pièces pour préparer un rapport sur les colonies et mener les interrogatoires du Procès de Saint-Domingue. Il y eut 126 séances. Les membres de la Société des Amis des Noirs y tenaient une grande place, tous étant abolitionnistes par conviction. Ce procès tourna autour du commissaire Sonthonax. Nombre des accusateurs furent d’autres commissaires qui tenaient à faire valoir leur légitimité par rapport à celle de la Convention. Finalement, Sonthonax, partisan de la liberté des Noirs, fut blanchi et renvoyé à Saint-Domingue. Tous ces débats donnèrent lieu à d’abondants documents.

 La série F Colonies regroupe les pièces du dossier de Moreau de Saint-Méry relatif aux Antilles, traitant des différentes colonies françaises de l’époque, de leurs richesses naturelles et agricoles. Contraint de vendre son fond en 1817, le Ministère de la Marine put l’acquérir et il est maintenant aux Archives nationales de la France d’Outre-Mer. Moreau de Saint-Méry, membre du Club Massiac, avocat au Parlement de Paris, propriétaire de terrains et d’esclaves à Saint-Domingue, s’investit dans le premier mouvement de la Révolution française et se comporta en administrateur des Lumières. Peu après, il fuit la France, se réfugia à Philadelphie puis, suivant le sillage de Talleyrand, il vint en Toscane au début de l’Empire. Écrivain intarissable, une partie de ses écrits fut publiée par la Société française d’histoire d’outre-mer en 2002 et en 2007. Ils reflètent la pensée et les actions d’une frange importante de l’élite de la fin du XVIIIe siècle.

 Thierry Roquincourt propose un outil rendant possible l’accès à de précieuses informations, très utiles pour la connaissance des colonies d’alors et du regard que l’on pouvait en avoir, synthétisant de grandes collections de documents indispensables à l’approche des divers aspects du premier Empire colonial français et de ses nombreuses crises.