Enjeux postcoloniaux de l'enfance et de la jeunesse : espace francophone, 1945-1980

Recension rédigée par Jean Nemo


Sauf erreur de décompte, vingt contributeurs, y compris le directeur de l’ouvrage, se sont associés pour répondre à une question clairement définie dans le titre. Question cependant limitée à « l’espace francophone » et à une relativement brève période. Il est vrai que cette période va des prémisses des indépendances et de la décolonisation à une date à partir de laquelle l’on commence à parler de « post colonisation ».

On rappellera brièvement que l’éditeur, basé en Suisse, se consacre notamment à l’exploration des mondes francophones, à la décolonisation, après avoir été un spécialiste de la publication de thèses ou de mémoires universitaires. Comme l’indique une phrase en tête de l’ouvrage, « Cette publication a fait l’objet d’une évaluations par les pairs », mention que l’on retrouve dans la plupart de ce qu’il publie. Supposition, donc : « les pairs » compétents dans la discipline ou la sous-discipline concernée ont évalué tel ou tel ouvrage et suggéré sa publication.

Comme il est dit à la fin de l’ouvrage, un « comité scientifique » préside en effet à cette collection. Sur la même page, il est notamment dit : « Malgré certaines idées reçues au sujet de la globalisation, celle-ci ne constitue pas un phénomène récent. Au fil du temps, les différentes parties du monde ont été intégrées, selon des rythmes et une amplitude variant de l’une à l’autre, à un système économique dominant. ». On ne saurait mieux définir les différentes formes géopolitiques et géoéconomiques,  dans le temps, de la colonisation, puis des décolonisations et des post-colonisations… 

Malgré cette juste vision globale, judicieusement synthétisée, les volumes précédents de la collection « Outre-Mers » ont été consacrés, pour l’essentiel, depuis 2012, à l’ancien Congo belge, avant et depuis l’indépendance. On notera donc avec ce septième volume un élargissement de la thématique.  

Comme il est dit en introduction par Yves Denéchère, l’ouvrage sous revue rassemble une vingtaine des contributions à un colloque tenu à Angers, en juin 2018, sous le même intitulé. On notera la brièveté assez rare de l’intervalle entre le colloque et la publication de l’ouvrage sous revue. Il n’est pas clair de comprendre s’il s’agit ici d’« actes de colloque » ou si un choix a été opéré, si oui, selon quels critères ? Car si les quatre parties de l’ouvrage portent des titres qui déroulent clairement une méthodologie et des thématiques explicites, les contributions sont plus dispersées et moins synthétiques. C’est la loi du genre…

Dans une première partie, intitulée « Enjeux de l’éducation des enfants et de la formation des jeunes », il est traité de cas supposés représentatifs (éducation préscolaire en Afrique dans les années 1960-1980, le français à l’école dans la Tunisie postcoloniale…)

La seconde partie traite des « Enfants métis : de la question coloniale aux enjeux postcoloniaux ». La couverture propose une vieille photo (1954) de petites filles métisses eurasiennes et de trois bonnes sœurs, à Cholon. La seule contribution rédigée en anglais figure dans cette partie (« To save Eurafrican Children : Métis children, african mothers, and the Reluctant Colonial Welfare State in post-World War II Senegal”).

Une troisième partie s’intitule « Formes d’encadrement et de contrôle de la jeunesse », avec trois exemples empruntés à l’Algérie de la guerre, au Sénégal (1960/1968), à un village pionnier du Cameroun.

Enfin, une quatrième partie « Engagements politiques des jeunes » évoque la révolution des jeunes contre la gérontocratie au Congo-Brazzaville, l’engagement des jeunes antillais dans une affirmation identitaire (1960/1970).

Le directeur de l’ouvrage consacra sa thèse, en 1998, à « La politique espagnole de la France de 1931 à 1936 : une pratique française de rapports inégaux ». Depuis, sans s’interdire d’autres approches ou domaines, il s’est intéressé aux jeunesses ou enfants abandonnés ou dans la guerre, aux préoccupations des ONG humanitaires à propos mêmes. L’on comprend donc son rôle à la fois dans le récent colloque et pour rassembler dans le volume sous revue les contributions que l’on espère représentatives dudit colloque.

L’ouvrage est illustré de portraits photographiques souvent touchants d’enfants autrefois abandonnés dans les tourmentes des guerres ou des abandons, revus à l’âge adulte ou plus âgés.

Comme il est d’usage, un résumé des différentes contributions figure en français et en anglais en fin d’ouvrage. Tout comme de courtes bio et bibliographies des contributeurs. Le lecteur y trouvera son compte.

L’unité qui manque souvent à ce type d’ouvrage est largement compensée par la longue introduction d’Yves Denéchère. On ne saurait trop recommander au lecteur un peu pressé de lire attentivement à la fois cette introduction et les «courtes bio et bibliographies des contributeurs ». Seule réserve probablement mineure s’agissant de la nature de cet ouvrage, l’appareil critique (bibliographie, notes et notices) est absent.