Vivre et travailler en forêt au Maghreb : regards croisés

Recension rédigée par Jacques Arrignon


Jack LANG, Président de l’Institut du monde arabe a bien situé cet ouvrage en écrivant dans la préface :

« C’est donc à la fois dans l’objectif du renforcement des liens entre les pays du Maghreb et de la France, et dans cet esprit de confraternité forestière, que l’Association des Forestiers Tropicaux et d’Afrique du Nord (AFT) et l’Association Internationale Forêts Méditerranéennes (AIFM), regroupant toutes deux des spécialistes de la conservation et de la mise en valeur des forêts et espaces boisés de la région méditerranéenne et d’autres régions chaudes de la planète, ont entrepris de réaliser cet ouvrage, dont la préparation a été coordonnée par leurs deux présidents. »

Les Auteurs-coordinateurs

Jean-Paul LANLY, et Abdelhamid KHALDI, sont les Présidents respectivement de: l’Association des Forestiers Tropicaux et d’Afrique du Nord (AFT) et de l’Association internationale des forêts méditerranéennes (AIFM).

Notons que Jean-Paul LANLY et Jean-Claude BERGONZINI ont déjà publié en 2016 un livre consacré à la foresterie outre-mer sous le titre « Vivre et travailler en forêt tropicale (Ed. L’Harmattan).

Il a fallu à ces deux auteurs beaucoup d’entregent et d’opiniâtreté pour mener à bien la prospection des contributeurs, celle du contenu et la conception de la synthèse de ce qui aurait pu n’être qu’un simple patchwork.

Les Contributeurs

Pas moins de 27 auteurs ont consenti à s’impliquer dans l’édification de l’ouvrage, dont quatre en charge de la partie introductive historique ; 25 dont trois cités à titre posthume, ont accepté de présenter un témoignage ou leur vécu forestier dans un des pays du Maghreb.

Le contenu

Le livre est fort de 473 pages réparties en deux parties.

La première partie (136 pages) est consacrée à « l’homme et la forêt au Maghreb de la préhistoire à nos jours ». Elle est articulée suivant l’histoire : avant et après la période française, et suivant la géographie maghrébine: Algérie, Maroc, Tunisie.

Elle offre au lecteur une vision d’ensemble très documentée sur l’évolution de la végétation au cours des âges en fonction de celle du climat, certes, mais aussi de l’installation humaine.

Les auteurs décrivent l’évolution des peuplements forestiers suivant les exigences des occupations humaines successives. Ils notent ainsi que la déforestation peut tout aussi bien être attribuée à l’anthropisation du milieu naturel (feux, pâturages, cultures) qu’aux besoins de zones urbaines nouvelles, exigeantes en charbon de bois, en produits tannants mais aussi en bois d’œuvre.

Les textes suivants observent un balancement chronologique qui illustre bien l’évolution du domaine forestier suivant l’histoire des trois nations constituant le Maghreb, de l’installation des Français à nos jours. Les auteurs donnent, avec lucidité et, à n’en pas douter, un grand courage parfois, les causes diverses ayant affecté la couverture forestière de l’Afrique du Nord, de façon bien différente suivant que l’on considère l’Algérie ou, de part et d’autre, le Maroc et la Tunisie.

Ce qui frappe particulièrement le lecteur, c’est la vision à très long terme des rédacteurs qui sont tous des Forestiers, Polytechniciens, Agronomes ou non, souvent issus du creuset pluri-centenaire qu’est l’Ecole française des Eaux et Forêts où la mesure du temps est celle de la vie de l’arbre et bien au-delà.

On note aussi l’apparition nouvelle de la notion de défense et de restauration des sols, la DRS, dont les outils ont été rapidement mis en place dans les trois pays, la DRS, prolongement de l’œuvre du forestier, écologue par nature et par vocation.

On ne saurait terminer sur cette partie sans noter avec une certaine émotion que les auteurs ont tenu à citer les grands anciens, les promoteurs sinon les fondateurs de la foresterie nord-africaine, les Boudy, Bourde, Challot, Grimaldi d’Esdra, Harlé, Lavauden, Peyerimhoff, Saccardy …

La seconde partie (337 pages) est consacrée aux « Témoignages ». Elle suit la même distribution géographique : Algérie, Maroc, Tunisie. Les auteurs y ont livré leurs souvenirs, leurs expériences et leurs réalisations, à leur manière et suivant un ressenti variable suivant l’âge, les responsabilités, l’époque et la durée des séjours, mais toujours « avec la foi du charbonnier », qui est aussi celle du forestier.

C’est là que le lecteur un peu curieux trouvera matière à s’enrichir en notions induites par la première partie. On y trouvera beaucoup d’évocations touchant la gestion forestière, le reboisement, la lutte contre les feux, contre la progression des dunes, contre le surpâturage, le braconnage, mais aussi présentant des actions connexes : la recherche et l’enseignement forestiers, la connaissance des hydro-systèmes, la maîtrise de l’eau, la chasse, la pêche et la pisciculture. Quelques anecdotes viennent égayer le texte et le rendre agréable à lire.

Ajoutons à cela des figures et des diagrammes explicatifs ainsi que des photographies ; certaines mériteraient, certes, une définition meilleure, mais peut-être résultent-elles de difficiles conditions de capture. Des bibliographies particulières permettent une plongée dans des sources inattendues fort intéressantes.

Chaque partie et chaque chapitre sont précédés ou accompagnés de la biographie des auteurs : tous ont exercé dans les pays du Maghreb, ils appartiennent en grande partie, soulignons-le, au corps des forestiers issus de l’École forestière de Nancy ; certains dans leur jeunesse, ont déjà été formés par le Scoutisme au respect de la nature ; leur vision de l’avenir est commune, quelles que soient leur origine ou leur nationalité : c’est ce qui fait une des richesses de ce curieux ouvrage. En cette période où l’Homme s’interroge sur l’avenir de la planète, il donne, par l’exemple plus que par le discours, un grand souffle d’espoir face aux turbulences annoncées.

Il faut lire cet ouvrage.