Maintenir l'ordre aux confins de l'Empire. Pirates, trafiquants et rebelles entre Chine et Viêt Nam, 1895-1940

Recension rédigée par Olivier Grenouilleau


Issu d’une thèse de doctorat, l’ouvrage se subdivise en sept chapitres abordant, successivement : les racines réglementaires de l’ordre sur la frontière, les difficultés à le maintenir par l’administration coloniale, la question des bandits, pillards et malandrins, le bilan humain et matériel de l’insécurité sur la frontière, les trafiquants, les mesures préventives (se renseigner et quadriller l’espace, et, enfin, « réprimer le crime ». Sans doute y manque-t-il, ici ou là, des références à ce que l’on sait, de manière plus générale, sur les frontières en situation coloniale. De petits passages historiographiques de cette nature auraient en effet parfois permis de mieux saisir ce qui fait ou non l’originalité du cas présenté. Certains concepts ou certaines notions (qu’est-ce qu’un « crime » en situation coloniale, comment est-il peu à peu défini ? …) auraient pu être questionnés. Et d’autres sources, plus susceptibles de nous renseigner sur le vécu des populations auraient également été utiles à mobiliser. Mais, quoique analytique, l’ensemble est très structuré et solide, couvrant la quasi-totalité des aspects du sujet.

On y voit que les effectifs théoriques de présence militaire sur la frontière se situaient à environ 740 hommes. Ils évoluent constamment (823 hommes au plus bas, 2 827 au plus haut), mais paraissent toujours nettement supérieurs aux besoins théoriques. La tendance est néanmoins à la décroissance, du côté de la présence européenne. L’essentiel est donc assuré par des troupes recrutées localement ; comme cela est le cas dans l’Empire, en général. On va ainsi, ici, jusqu’à armer les habitants de certaines communes jugées loyales à l’ordre colonial. Mais « l’évanescence » du tracé frontalier, la méconnaissance de l’environnement linguistique et culturel, expliquent la persistance, chronique, d’une insécurité suscitée par la multiplicité des trafics contribuant par ailleurs à la structuration de l’économie régionale. D’où des réactions parfois épidermiques, excessives, usant d’un droit de suite peu consolidé. Au quotidien, le maintien de l’ordre colonial s’avère ainsi, sur les frontières, ressortir d’un « défi permanent ». Signe, sinon de la fragilité de la domination coloniale, mais, du moins, de son caractère toujours en partie précaire, y compris à l’époque de son apparente apogée.