La foi des ancêtres : chrétiens et catholiques dans la société villageoise japonaise, XVIIe-XIXe siècles

Recension rédigée par Jean-Noël Capdevielle


Le livre « La foi des ancêtres » de Martin Nogueira Ramos se distingue par une étude minutieuse de la vie des chrétiens souvent cachés dès 1614. La première arrivée des navires Portugais apportant le catholicisme se manifeste en 1549 (6 ans après le débarquement des premiers marchands portugais), les protestants arrivant ultérieurement au 18ème siècle. L’auteur met ainsi l’accent sur les villages et non sur les villes, fixant une seconde évangélisation qui restera différente de la première évangélisation retrouvée deux siècles plus tard.

Un travail considérable après une longue compilation des clandestinités et des éliminations met déjà à jour la "foi des ancêtres". Une thèse bien longue, mais indispensable, a précédé l'ouvrage qui est fort bien présenté avec une attention minutieuse. Une introduction à la survie des villageois japonais identifie les découvertes massives des chrétiens cachés entre 1657 et 1682, puis prend en compte les succès et les drames du 17ème au 19ème siècle. L’histoire de ces communautés est bien l’apanage de Martin Nogueira Ramos qui nous livre une approche détaillée dans ses chapitres.

Classée en premier, l’origine du crypto-christianisme est suivie des fragments d’histoire crypto-chrétienne jusqu’à 1865. Trois chapitres suivent ensuite rétablissant le retour du clergé et la fidélité aux ancêtres, puis le comportement des autorités inquiètes du « péril chrétien » entre 1865 et 1889. Le dernier chapitre fait le bilan d’une évolution partagée du catholicisme dans le monde villageois suivi avec raison dans son comportement jusqu’au début du 20ème siècle.

Une période favorable, puis réduite, semble alternée par l'auteur en 1850-1870. Nous remarquons que dans la même période, un "Ambassadeur" du Japon s'est installé auprès de Napoléon III, rattrapant un cheval qui s'était emballé  dans le parc de l'Elysée. Après l’échec des troupes françaises en 1870, l'intérêt du Japon est vite devenu contraire pour la France. Il s'agit probablement d'un rejet des capacités militaires de la France et d'une orientation des japonais qui entreront en guerre dès 1894. L’élan de l’armée impériale japonaise ira alors jusqu’à 1945…

Quelques limites dans les souvenirs traversent les siècles : 26 chrétiens ont été exécutés dès 1597 près de Nagasaki, le pays étant en apparence fermé jusqu’à 1853. Une évaluation de 30000 chrétiens cachés sort de l’ombre en 1873 après la restauration de Meiji.

Comme indiqué par l’auteur, « la foi des ancêtres » ne dépasse pas ici le 19ème siècle.

Fort de la conclusion de son étude, notre maître de conférences souligne la coïncidence avec la première Constitution moderne du Japon promulguée en 1889. Après le préalable de l’invasion de la Mandchourie en 1931, la suite avant et après la 2ème guerre mondiale nous a montré, à partir de 1937, la violence de la guerre sino-japonaise, puis l'extension aux dépendances asiatiques françaises. Les destructions d'Hiroshima et de Nagasaki, ainsi que des environs de l'église catholique de Nagasaki moins touchés par les bombes atomiques, encourageront probablement un nouvel ouvrage du 20ème siècle de Martin Nagueira Ramos. 

Une réunion à Tokyo en Avril 1979 avec Xavier de La Chevalerie, notre Ambassadeur « extraordinaire et plénipotentiaire » nous a permis d’échanger quelques réflexions sur les comportements des japonais et des français. Nombre de diplomates français, ainsi que les ecclésiastiques français et polonais du Kyushu, ont pu mesurer les menaces et les risques entre 1939 et 1945, tout comme reconnaître la protection des amis qui nous restaient au Japon.

Après les 416 pages de « La foi des ancêtres », un ouvrage consacré à la première moitié du 20ème Siècle, serait le bienvenu.

Nous pouvons compter sur le passage de Martin Nagueira Ramos à l'Université de Kyoto particulièrement utile, comme de même à l'École Française d'Extrême Orient pour la prochaine réussite.