L'éveil politique de la société algérienne : révoltes, soumission, assimilation et nationalisme, 1830-1936

Recension rédigée par Michel Bousquet


Fruit d’une thèse soutenue en 2015 par Madame Abla Gheziel, ce livre essaie de décrire l’éveil à la politique de la société algérienne musulmane entre 1830 et 1936. Il part d’une position que l’auteure soutient : en 1830, la nation algérienne musulmane n’existe pas, contrairement à l’historiographie officielle actuelle de l’Algérie. Elle admet cependant que l’Algérie était un état autonome, mais pas une nation. En cela elle s’oppose à Si-Hamdan Khodja qui dès 1833 dans un livre, écrit en français, s’oppose à cette idée.

L’auteure s’appuie pour le démontrer, sur les deux principaux mouvements de résistance, à la conquête française :

- Celui d’Ahmed Bey de Constantine qui défend l’identité ottomane de l’Algérie

- Celui de l’Émir Abdelkader qui tente de construire un état musulman rejetant la souveraineté ottomane en s’appuyant sur le sultan du Maroc.

Quand ces deux grands chefs se rendirent aux français, les mouvements de résistance, quoique nombreux et forts, ne furent plus que des combats localisés, au nom du djihad, contre les infidèles, avec une quasi disparition dès les années 1880 ; à l’opposé d’une résistance nationale continue, que postule l’histoire nationale algérienne actuelle.

Selon l’auteure, il faut ensuite attendre 1907 pour voir apparaitre un véritable sentiment politique qui se développe entre 1926 et 1936 avec Messali-Hadj et Ferhat Abbas.

Ce livre, d’une très grande richesse, aborde aussi, les très nombreuses questions soulevées par le fait que les colonisateurs ne savaient que faire de l’Algérie.

Entre 1830 et 1840, aucune stratégie. En 1833, une mission était chargée de décider s’il fallait coloniser ou négocier de façon avantageuse avec la Sublime Porte. Il faut attendre 1834 pour que l’Algérie soit déclarée possession française et 1848 pour être déclaré territoire français, mais sans définir une stratégie. Tocqueville et de Bourmont s’opposent sur la méthode coloniale.

C’est sous la 2ème république qu’apparaitra une stratégie politique de la France, qui met fin à la colonisation sans encadrement «une ruée vers l’or» et met en place une colonisation sélective. Les émigrants devaient remplir des conditions bien définies. En 1848, c’est l’arrivée de Napoléon III qui amorce de nouvelles réflexions sur la création d’un royaume arabe sous l’inspiration des «indigénophiles» mené par Ismayl Urbain.

L’auteure aborde de façon très détaillée le comportement des Algériens musulmans pendant la 1èreguerre mondiale, l’influence de la propagande turco-allemande, et la naissance dès 1912, du mouvement des «jeunes algériens» réservé aux élites musulmanes. Elle a pu trouver dans les archives administratives de cette période des classements comme «nationaliste» de simples personnes qui voulaient améliorer leur sort, et se plaignaient à l’administration locale.

Abla Gheziel va à l’encontre de l’historiographie officielle de l’Algérie, qui, marquée par une méconnaissance profonde de son histoire, même proche, est influencée par la glorification des «héros martyrs». Mais, même cette histoire récente tend à passer à l’oubli. Le président Abdelaziz Bouteflika a fait ce constat lors des obsèques du président Ben Bella «la jeunesse algérienne ignorait qui était Ben Bella et son parcours politique».

Ce livre, plein d’informations rares et documentées, est à recommander à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Algérie et à sa période coloniale.