Dans l'Empire Mongol

Recension rédigée par Yves Boulvert


L’historien Th. Tanase, spécialiste des missions occidentales vers l’Orient au Moyen-Age, présente ici l’ouvrage du moine franciscain né à l’ouest d’Assise, Jean de Plancarpin (1182-1252), ouvrage rédigé au retour de sa mission (1245-1247) vers le Grand Khan des Tartares. Les divers chapitres de son « Histoire des Mongols » en latin décrivent le pays des Tartares, sa population, leurs rites religieux, leurs mœurs, leur manière de gouverner l’Empire, leurs guerres, les pays passés sous leur domination et la manière de les combattre. Ce n’est que plus tard qu’il rajoutera un chapitre décrivant son propre voyage.

A la suite des raids d’un fils de Gengis Khan sur Kiev en 1240, jusqu’en Hongrie en 1241, l’Occident s’inquiéta légitimement. Le pape Innocent IV envoya donc – pour comprendre la situation – l’ambassade de Jean de Plancarpin. Parti en avril 1245 de Lyon, il s’adjoignit comme interprète un autre franciscain polyglotte, Benoît de Pologne. Kiev quittée le 3 février 1246, ils franchirent les fleuves Dniepr, Don et Ethil (Volga), et poursuivirent vers l’Est à travers la steppe, « les membres liés avec des bandelettes de manière à pouvoir supporter les peines d’une telle chevauchée » ! ... « Le jour des Apôtres Pierre et Paul (29 juin), il y eut de grandes chutes de neige et nous eûmes très froid ». Pour arriver à temps, à l’intronisation du Grand Khan Cüyük, pendant trois semaines (en juillet), « nous nous levions à l’aube et nous chevauchions toute la journée jusqu’à la nuit tombée, sans même prendre le temps de faire un repas ».

Correctement reçus mais très mal nourris, ils eurent le temps (quatre mois) d’étudier la cour, s’étonnant de voir le Grand Khan entouré de chrétiens : Nestoriens hérétiques mais aussi Orthodoxes, Arméniens, Géorgiens, Russes. Contacts pris, lettres échangées, ils prirent le 13 novembre 1246, le chemin du retour, parvenant à Lyon en novembre 1247.

On ne peut qu’admirer le travail de Th. Tanase : traduction, commentaires critiques, références bibliographiques, références aux voyageurs suivants : le franciscain français, Guillaume de Rubrouck, envoyé par le roi Louis IX (Saint Louis) et, bien sûr, Marco Polo (1271-1295). Il est notamment intéressant de confronter les lettres du Pape Innocent IV, qui exposaient les grands principes de la foi chrétienne et demandaient au Khan de se faire baptiser avec les siens, à la réponse de Cüyük : « Vous autres, Occidentaux, vous pensez que vous êtes les seuls à adorer Dieu ?... Nous qui adorons Dieu, par la force de notre Dieu nous avons dévasté la terre toute entière depuis l’Orient jusqu’à l’Occident. Sans la force de Dieu, qu’auraient pu faire de simples hommes ? ... Venez avec vos rois faire ici votre soumission ... ! ». Mutuelle incompréhension entre civilisations et religions qui persiste, hélas, presque huit siècles plus tard.

Yves Boulvert