Biogéographie de la flore du Sahara : une biodiversité en situation extrême

Recension rédigée par Yves Boulvert


Très documenté et abondamment illustré de belles photographies et de cartes en couleurs, cet ouvrage résulte d’une collaboration entre l’IRD ex ORSTOM et le Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève qui abritent la « Base de données des plantes d’Afrique » (BDPA). Cette base est parfois restrictive pour des espèces à vaste extension telle Faidherbia albida (cf. fig. 21) présente en RCA au nord de 9°30’ (signalée par A. Aubréville à Ouanda Djallé), maisriche en espèces sahariennes endémiques, localisées dans quelques massifs, espèces rares et vicariantes tels l’Olivier de Laperrine (Olea europaea subsp. laperrinei) ou le Cyprès de Duprez (Cupressus dupreziana), « seul conifère présent au Sahara », sans parler du chou-fleur de Bou Hamama (Fredolia aretioides) dont le curieux port en coussinet très dense rappelle l’Azorella compacta des Andes !

Évoquant les pionniers de l’exploration botanique du Sahara à la liste desquels on peut ajouter Oudney (en 1823-24), l’ouvrage consacre un chapitre à la mémoire d’un des co-auteurs P. Quézel (décédé en 2015). Ce dernier estimait – en 1978 à partir de 1620 taxons – que le spectre biogéographique de la flore saharienne comprenait 12% d’espèces endémiques, 23% saharo-arabiques, 4% irano-touraniennes, 21% méditerranéennes, 32% tropicales africaines, et 8% cosmopolites. La carte phytogéographique est établie avec près d’une vingtaine de subdivisions  ; outre les principales relatives au Sahara septentrional, central et méridional, sont mentionnées des latérales océaniques sur l’Atlantique et la mer Rouge ainsi que le Sahara altimontain.

Aux impacts climatiques ayant influencé la conservation de la flore saharienne, se sont surajoutés des impacts humains. Vers 9000 ans BP, la densité des sites archéologiques, avec abondance de meules, traduit la consommation de végétaux à graines. Le mil (Pennisetum glaucum) a été domestiqué il y a 8 000 ansBPet non 5 000. A partir de 7300 ans BP, l’aridification progressive a entraîné une concentration de population dans la vallée du Nil, ce qui a permis le développement de la civilisation pharaonique. Entre 3 000 et 1 500 BP, une agriculture oasienne fut établie par les Garamantes du Fezzan libyen (et non lybien ou lybique, p.293), avec – outre le palmier dattier (Phoenix dactylifera) – l’orge (Hordeum vulgare) et le blé amidonnier (Triticum dicoccon), ceci grâce à un réseau de canalisations (foggaras) que nous avions pu observer en déshérence dans l’oasis de Ghadamès, en raison du détournement abusif de nappes fossiles par la « grande rivière artificielle de Libye » (1984) pompant 4 millions de m3 d’eau par jour. Avec l’accroissement des populations sahariennes, certaines espèces ligneuses sont « victimes » de coupes de bois effrénées pour le bois de feu et le charbon de bois, et de l’impact inhérent à la présence des chèvres et des dromadaires. Après la décennie très sèche 1970-1980, on observe, depuis 2003, un certain « verdissement » du Sahara.

Le Sahara n’a pas toujours constitué une barrière étanche, infranchissable ; il fut aussi « une voie de migration ouverte à plusieurs reprises ». L’observation de la flore saharienne « plus diversifiée qu’il n’y paraît » reflète les évolutions du désert.

Ce riche et bel ouvrage est accompagné d’annexes : glossaire, bibliographie fournie, listes de végétaux, encadrés, index divers.

Yves Boulvert