| Auteur | Hédia Khadhar |
| Editeur | l’Harmattan |
| Date | 2026 |
| Pages | 141 |
| Sujets | Littérature française 19e siècle Thèmes, motifs Colonialisme (idée politique) Dans la littérature France XIXe siècle 1801 1900 Colonies françaises Dans les représentations sociales France XIXe siècle 1801 1900 |
| Cote | 70.465 |
Madame Hédia Khadhar, professeure émérite à l’Université de Tunis, est diplômée ès lettres et sciences politiques et elle s’intéresse à la colonisation, tant comme historienne que littéraire. Elle veut donc se consacrer à un domaine peu ou mal fréquenté, dit-elle, par les auteurs francophones et la critique, pour ce qui est du XIXe siècle, mais tout de même bien existant, comme l’atteste une bibliographie partielle sur ce sujet en développement ; domaine compliqué aussi, comme le reconnaît l’auteure, par les idéologies et les mentalités différentes de celles d’aujourd’hui.
Après une présentation de la situation littéraire et historiographique, montrant la situation intérieure de la France, Hédia Khadhar en vient à l’Expansion coloniale, à toutes les doctrines qui prennent leur essor, tant au lieu de rencontre de La Petite Vache, qu’avec les Missionnaires et surtout l’ouvrage de Paul-Leroy-Beaulieu, De la colonisation chez les peuples modernes. On s’interroge alors sur les sens de certains mots et leur distinction de Voyageur, Missionnaire, Explorateur, Soldat en face de Colon et Colonisateur, car chaque terme risque la confusion avec son synonyme et peut donner naissance à des interprétations tronquées et engendrer des mythes au-delà de la réalité, ce que montre très bien l’analyse présentée.
Deux exemples littéraires vont illustrer la réflexion de Madame Hédia Kadhar qui insiste sur le manque de contextualisation : Alphonse Daudet et Guy de Maupassant. Pourquoi eux et seulement eux ? Car, dira-t-on, on a eu Chateaubriand et les Natchez, pour l’Amérique, et encore d’autres en Afrique, comme Adolphe Belot et sa Vénus noire, ou Ernest Daudet, Eugène Fromentin uniquement présent dans la bibliographie. Sans doute parce qu’on peut trouver encore plus dans certains livres des idées raciales, voire racistes, comme pour le Code noir, cet ensemble tranchant avec l’humour parodique de Tartarin ; parce qu’on s’intéresse ici davantage à l’Algérie ; parce que les ouvrages cités de Tartarin et Bel ami sont d’une lecture fréquente même chez les jeunes ; parce que les mythes et les fantasmes de Tartarin sont plaisamment outranciers, comme les récits de Georges Duroy sont transposés et dignes des journaux et gazettes de l’époque. Reste que les commentaires de seulement quelques pages sur Daudet et Maupassant pourront laisser parfois les lecteurs sur leur faim… Ils devront à bon escient retourner à l’analyse générale et pertinente de l’imaginaire colonial.
En effet, deux autres chapitres apporteront alors une réflexion : le VI : « Politique coloniale et développement des thèmes colonialistes. Du Premier ministère Ferry jusqu’à l’exposition 1900 », et le VIII « Portrait du colonisé ». Le chapitre VI, concis mais d’une synthèse claire et consistante, montre le rôle essentiel de Jules Ferry, des économistes, des catholiques, ayant déjà contribué au développement colonial depuis le XVIe siècle, et celui de l’école pour la connaissance et l’expansion.
Le chapitre VIII s’efforce de montrer combien on a une image du colonisé qui reste dans celle du sauvage, du primitif, d’une sorte d’animal ; la colonisée n’a pas une meilleure image. On est donc en présence d’un mythe, celui qui renvoie à Rousseau, encore bien rapidement présent avec une seule citation, et à Hobbes et sa théorie du « loup pour l’homme ». On trouve ensuite une présentation courte mais assez représentative de la langue du colonisé, et un paragraphe sur le fonctionnement du mythe.
Un livre donc qui se veut une mise en relief sur une période et un thème considéré comme mal mis en valeur jusque-là, et sujet, surtout de nos jours, à des polémiques. Un livre parfois sobre, mais dense, d’une synthèse qui reste pratique et souvent appréciable.